Physisporinus vitreus © Gerhard Koller

«Mission B»: Des sons de Stradivarius grâce à des champignons

30.12.2018

Les champignons lignivores peuvent causer la chute d’arbres. Un chercheur a exploité les propriétés de ces champignons nuisibles: en infectant du bois de résonance avec ces champignons, il a obtenu un violon donnant le son d’un véritable stradivarius. Cela aurait été impossible sans diversité fongique.

Les champignons lignivores sont souvent considérés comme des ravageurs, car ils peuvent causer la chute d’arbres. Pour éviter les accidents, on ausculte régulièrement les arbres des avenues pour détecter toute attaque fongique.

C’est dans ce contexte que Francis Schwarze a effectué des mesures acoustiques: le bois attaqué par des champignons transmet moins bien le son. Ce faisant, il découvrit des champignons qui diminuent la densité du bois sans réduire la rapidité de transmission du son dans le bois. Voilà qui conviendrait parfaitement pour développer un bois de résonance idéal.

Mais la caisse de résonance du violon se compose de deux bois différents, le plus souvent de l’érable et de l’épicéa, ce qui corse le problème. Le champignon Xylaria longipes ne se développe que sur l’érable, utilisé pour le fond du violon. On trouve cette espèce indigène sur les branches mortes de certaines espèces de feuillus. Pour la table du violon, en épicéa, il a fallu chercher un autre champignon.

Nuisible ou bénéfique, tout dépend de l'utilisation!

A nouveau, Francis Schwarze a trouvé ce qu’il cherchait parmi les nuisibles: le Polypore vitreux Physisporinus vitreus, qui avait fait pour des millions de francs de dégâts dans une tour de refroidissement. Francis Schwarze utilisa le potentiel de destruction de ce polypore pour le bois d’épicéa de la table du violon. Le résultat final des efforts conjoints de ces deux champignons fut un violon qui surpasse même les qualités acoustiques d’un stradivarius.

Ce son extraordinaire est dû aux particularités destructrices spécifiques de ces champignons, qui tous deux attaquent les cellules du bois depuis l’intérieur, laissant la couche intermédiaire des cellules intactes, explique Francis Schwarze. En outre, ils réduisent la densité du bois, augmentant par là l’absorption du son. Il en résulte un bois de résonance idéal.

Les champignons considérés jusque-là comme nuisibles peuvent aussi améliorer le bois pour d’autres usages, comme le montre un récent projet de Francis Schwarze. Les sapins et les épicéas, qui pourtant représentent plus de la moitié de la surface forestière, ne sont que peu exploités. C’est que leur bois absorbe mal les produits d’imprégnation, ce qui ne permet pas de l’utiliser dans la construction à l’extérieur.

Un champignon bientôt producteur de textile

Francis Schwarze a découvert qu’un traitement au polypore vitreux peut remédier à cet inconvénient. Le champignon rouvre les voies de communication entre les cellules, qui sont fermées dans le bois mort. Les produits de protection peuvent ainsi pénétrer plus profondément dans le bois. Francis Schwarze est encore plein d’idées pour utiliser les champignons lignivores. En ce moment, il fait des expériences avec une espèce qui permettrait peut-être d’obtenir des textiles.

Les champignons lignivores capables d’envahir un arbre vivant sont peu nombreux. Dans la nature, ils poussent sur le bois mort. On en compte plus de 2’500 espèces. Le bois mort est donc un biotope particulièrement riche en espèces.

Beaucoup de champignons lignivores ne poussent que sur certains arbres, comme le montre le projet du violon. Si on veut les utiliser, il est donc capital d’en conserver la diversité. Une autre raison de se préoccuper activement de la protection de la biodiversité – chaque espèce compte.

« Mission B - pour plus de biodiversité » est l'un des thèmes prioritaires de la SSR dans le domaine de la biodiversité en Suisse. Le projet est soutenu par diverses organisations du monde de l'économie, de la science et de la protection de la nature; Pro Natura fournit des conseils techniques aux rédactions.