Abeille sauvage © Matthias Sorg

«Mission B»: En mission secrète dans le verger

02.09.2018

De plus en plus d’arboriculteurs du nord de la Suisse commandent des abeilles sauvages à des élevages pour remplacer les pollinisateurs naturels qui se font rares dans les vergers. Pour la production de fruits, de légumes et de fourrage, nous sommes dépendants de la diversité des abeilles sauvages.

Mike Hermann, entrepreneur indépendant, élève et vend des osmies indigènes. Les arboriculteurs suisses s’intéressent de plus en plus aux parentes sauvages des abeilles mellifères. En effet, l’osmie rousse et l’osmie cornue sont d’excellentes pollinisatrices des arbres fruitiers. Elles récoltent assidûment du pollen, fécondent les fleurs en volant de l’une à l’autre, et «produisent» ce faisant de délicieux fruits.

L’osmie cornue (Osmia cornuta) ne dédaigne pas de voler par temps frais; c’est donc elle qui féconde les abricots, les pêches, les prunes et les cerises. L’osmie rousse (Osmia bicornis) aime un temps un peu plus chaud. Elle éclot un mois plus tard, en avril, au bon moment pour les pommes et les poires. Elle «produit» jusqu’à 5’000 fruits par jour. Assez pour fournir des pommes toute l’année à 50 personnes.

Où sont passées les cavités?

Mike Hermann élève les osmies dans des succédanés de nids qu’il a mis au point lui-même. Comme beaucoup d’autres abeilles sauvages, les osmies ne trouvent plus de trous pour construire leur nid dans notre paysage propre en ordre, et cela malgré le fait que les deux espèces, peu difficiles dans leur choix, ne rechignent pas à s’installer dans des trous de serrures, des flûtes à bec ou des boîtes d’allumettes vides.

« Mission B - pour plus de biodiversité » est l'un des thèmes prioritaires de la SSR dans le domaine de la biodiversité en Suisse. Le projet est soutenu par diverses organisations du monde de l'économie, de la science et de la protection de la nature; Pro Natura fournit des conseils techniques aux rédactions.



Abeille sauvage © Matthias Sorg © Matthias Sorg
Une abeille peut «produire» quotidiennement jusqu'à 500 fruits.

La forte demande en osmies laisse Mike Hermann songeur. Pour lui, cela montre que les pollinisateurs naturels manquent cruellement dans les vergers. Qu’en est-il de l’abeille mellifère?

Outre la mort des abeilles, les apiculteurs, par crainte de la présence de résidus de pesticides dans le miel, sont de moins en moins nombreux à être prêts à installer leurs ruches dans des pommeraies.

Le rôle des abeilles sauvages est plus étendu que celui des abeilles mellifères: les bourdons sont utilisés pour féconder les fraises, les tomates et les groseilles à maquereau; ils détachent le pollen en faisant vibrer leurs ailes. L’abeille américaine (Nomia melanderia) est une excellente pollinisatrice de la luzerne, un important fourrage pour le bétail.

Au Canada, on s’est intéressé aux abeilles lorsqu’on a vu la récolte de luzerne chuter de 1000 à 15 kg par hectare. La culture intensive avait littéralement détruit leurs sites de nidification: l’abeille a besoin d’un terrain couvert d’une végétation pas trop dense pour creuser son nid entre les plantes clairsemées.

Des pollinisatrices spécialisées

Mike Hermann est convaincu qu’il dort encore bien des trésors cachés devant notre porte. Il se pourrait bien que d’autres espèces d’abeilles qui nous paraissent actuellement sans intérêt se révèlent très utiles à l’avenir. La mort des abeilles mellifères a poussé les 585 espèces d’abeilles sauvages au centre de l’attention.

Un tiers d’entre elles sont des pollinisatrices spécialisées qui ne fécondent que certaines espèces. En outre, la période de vol des abeilles est courte: l’osmie rousse vole à l’époque de la floraison des pommiers; comme les pêchers ne sont plus en fleurs à ce moment, elle n’a aucune incidence sur ce fruit.

Les abeilles sauvages ont des exigences très précises quant à leur environnement. Les besoins de chaque espèce en matière de possibilités de nidation, de plantes à pollen et à nectar sont différentes. Seul un paysage diversifié est susceptible de les leur offrir. Si nous voulons pouvoir à l’avenir profiter des services pollinisateurs des abeilles sauvages, il faut nous préoccuper de la conservation de l’environnement – car chaque espèce compte.