14.10.2020

L'eau potable n'est pas une priorité pour la Commission du Conseil national

Malgré tous les résultats scientifiques alarmants, une majorité de la Commission pour l’économie du Conseil national ne veut pas protéger plus efficacement l'eau potable contre les pesticides et les excédents de fertilisants.
  • L'amélioration de la protection de l'eau potable proposée par le Conseil des Etats a été vidée de son sens.
  • L’adoption d’une trajectoire de réduction pour les excédents de fertilisants est positive, mais les instruments proposés sont loin d'être assez ambitieux.
  • Le statu quo défendu par le lobby agricole met les insectes et les oiseaux encore plus en danger et nuit à la qualité de l'eau.


En Suisse, plus d'un million de personnes boivent de l'eau qui ne répond pas aux exigences légales en matière d'eau potable. Pourquoi? Parce que l'eau contient plus de résidus de pesticides que ce qui est légalement autorisé. «La protection de l'eau potable devrait figurer tout en haut de l’agenda politique. Sans amélioration du principe de précaution, nous ne pourrons pas éviter d'autres cas catastrophiques comme celui du chlorothalonil», déplore Eva Wyss, responsable Agriculture au WWF Suisse. Mais au lieu de mieux protéger la santé publique et la nature des effets nocifs des pesticides, la majorité de la commission du Conseil national a aujourd'hui réduit à néant les améliorations visant une protection accrue de l'eau potable.

La majorité de la Commission propose également une solution absolument minimale pour les excédents d’éléments fertilisants. Pourtant, la Suisse est confrontée à d'énormes excédents d'azote et de phosphore. «Avec 97'344 tonnes de surplus d'azote par an et ce depuis 20 ans, la Suisse est l'un des plus grands émetteurs d'Europe par superficie», déclare Alexandra Gavilano, responsable Agriculture à Greenpeace Suisse. Les excédents mettent en danger la biodiversité et ont un impact négatif sur la qualité de l'air et de l'eau ainsi que sur le climat. Les conséquences pour l'environnement et pour nous, les humains, sont graves.

Au vu de ces faits, la Commission aurait dû préconiser une trajectoire de réduction ambitieuse pour les fertilisants en plus de la trajectoire de réduction incontestée pour les risques liés aux pesticides. Cependant, le résultat est inadmissible: aucun objectif n'est fixé dans la loi, aucun suivi n'est prévu pour évaluer si les objectifs ont été atteints, et aucune mesure n'est prévue dans le cas où les objectifs ne seraient pas atteints. Même les taxes incitatives demandées par les cantons n'ont pas trouvé de majorité. Cette trajectoire de réduction ne sera pas suffisante pour résoudre les immenses problèmes.

«Une réduction d'au moins 40 % est nécessaire pour garantir que la capacité de charge des écosystèmes soit respectée et que la législation environnementale en vigueur soit appliquée», explique Patrik Peyer, responsable Agriculture chez BirdLife Suisse.

«Le lobby agricole a déjà empêché que la politique agricole PA22+ soit discutée à la Commission du Conseil des Etats et il s’est engagé pour que la proposition du Conseil fédéral soit suspendue. Il prouve une fois de plus qu'il ne voit aucun intérêt à réformer durablement et écologiquement l'agriculture suisse», affirme Marcel Liner, responsable de la politique agricole chez Pro Natura. Le lobby agricole défend un statu quo qui met les insectes et les oiseaux en danger et dégrade la qualité de l'eau. Un signal d'alarme parmi tant d'autres: l'année dernière, la perdrix grise a officiellement disparu de Suisse car elle n'a plus trouvé d'habitat, faute à l'agriculture intensive.

Le Conseil national doit maintenant absolument corriger le projet de loi.

Personnes de contact

  • Eva Wyss, responsable Agriculture, WWF Suisse, @email, 079 352 09 47
  • Marcel Liner, responsable de la politique agricole, Pro Natura, @email, 061 317 92 40
  • Alexandra Gavilano, responsable Agriculture et Climat, Greenpeace Suisse, @email, 078 821 76 13
  • Patrik Peyer, responsable Agriculture, BirdLife Suisse, @email, 079 810 04 80

Informations complémentaires

Info

Comuniqué commun de Pro Natura, WWF Suisse, BirdLife Suisse et Greenpeace Suisse