Moins de pesticides pour une eau potable de qualité - c'est ce que demande l'initiative pour l'eau potable ©Michel Roggo

©Michel Roggo

Parution d’une étude sur les enjeux de «l'Initiative pour une eau potable propre» pour l’agriculture

20.06.2019

Avec l’Initiative pour une eau potable propre, le peuple suisse se prononcera très prochainement sur un changement d’orientation de l’agriculture suisse. Alors que le débat s’ouvre au Conseil national, la Confédération publie une étude qui analyse les conséquences économiques de l’initiative. Marcel Liner, expert des questions agricoles chez Pro Natura, se montre critique.

2’000 tonnes de pesticides, 110’000 tonnes d’excédents d’azote, 6’000 tonnes d’excédents de phosphore: l’agriculture suisse déverse chaque année ses intrants en quantité beaucoup trop élevée dans l’environnement. Leurs effets sont dévastateurs pour la biodiversité, les eaux et les sols. Ces chiffres sont connus depuis longtemps, mais les politiciens se sont  trop peu préoccupés des problèmes jusqu’ici.

L’Initiative pour une eau potable propre ouvre une perspective de changement: les signatures nécessaires ont été récoltées en un temps record, et le Conseil national s’apprête à en débattre lors de la session d’été – les 18 et 19 juin 2019 – conjointement à «l'Initiative pour une Suisse libre de pesticides de synthèse». L’acceptation de l’une ou l’autre de ces initiatives, voire des deux, aura un impact majeur sur l’agriculture suisse.

Parallèlement au débat parlementaire, Agroscope, le centre de compétences de la Confédération pour la recherche agricole, publie une étude portant sur l’Initiative pour une eau potable propre. Un exercice délicat, comme en témoigne Marcel Liner, expert des questions agricoles chez Pro Natura. En tant que membre du groupe d’accompagnement, il a pu suivre de près le déroulement de l’étude.

Marcel Liner, quel est le but de l’étude d’Agroscope?

Cette étude se fonde sur des modèles et des hypothèses pour évaluer les conséquences qu’aurait l’acceptation de l’Initiative pour une eau potable propre sur l’agriculture.

Que peut-on attendre d’une telle étude?

Ses conclusions contribuent utilement à la discussion. Les scénarios 1 à 9 qu’elle décrit montrent bien quelles conditions-cadres devraient être adaptées si l’initiative était acceptée, afin de promouvoir l’écologie tout en améliorant les revenus des paysans et des paysannes.

Marcel Liner ©Manu Friedrich Manu Friedrich

«On sait depuis longtemps qu’il faut faire quelque chose, mais le système met beaucoup trop de temps à changer.»

Marcel Liner, expert agriculture Pro Natura

L’étude parvient à des résultats intéressants. Lesquels sont les plus prometteurs pour Pro Natura?

Si l’initiative est acceptée, en fonction des conditions-cadres mises en place, la Suisse pourra réaliser les progrès que nous jugeons nécessaires dans le domaine écologique. Il s’agirait d’une avancée majeure, dont la nature et la biodiversité ont urgemment besoin. C’est la conclusion que je retire de l’étude, et c’est également ce que vise l’initiative.

Mais vous pensez également que cette étude doit être considérée d’un œil critique. Pourquoi?

L’étude se fonde sur des scénarios qui ne correspondent pas à ce que demande l’initiative. Celle-ci n’a jamais eu pour but de diminuer les paiements directs que la Confédération verse aux agriculteurs. Agroscope prétend qu’aucun moyen de lutte biologique contre les ravageurs ne serait plus autorisé. En conséquence, elle calcule des pertes de rendement beaucoup trop élevées pour certains produits. Ce n’est nullement ce que prévoit l’initiative pour une eau potable propre.

La reconversion sera-t-elle difficile pour les agriculteurs et les agricultrices?

Il y aura bien sûr de gros défis à relever. Partout où le sol est soumis à une culture intensive, il faut repenser les pratiques agricoles. C’est le cas en de nombreux endroits : que ce soit pour la culture des fruits, des légumes, des pommes de terre, des betteraves sucrières ou des graines oléagineuses, les paysans et paysannes utilisent de grandes quantités de pesticides. Avec l’acceptation de l’initiative, ils devront y renoncer, ou perdre leur droit aux subventions de la Confédération.

Que se passerait-il si l’initiative échoue? Va-t-on poursuivre dans la voie actuelle?

Le secteur agricole doit évoluer, d’une manière ou d’une autre. Parmi les 13 objectifs environnementaux qu’il s’est fixés, aucun n’a encore été atteint. On sait depuis longtemps qu’il faut faire quelque chose, mais le système met beaucoup trop de temps à changer. Au Parlement, le lobby agricole rejette obstinément les solutions proposées. Dès 2022, la politique agricole dite « AP22+ » devra y remédier en introduisant les garde-fous nécessaires. Si l’initiative échoue, la pression va sans doute diminuer à court terme, mais il restera toujours aussi urgent d’agir.

Ce que demande l’Initiative «pour une eau potable propre»:

L’initiative populaire fédérale «Pour une eau potable propre et une alimentation saine – Pas de subventions pour l’utilisation de pesticides et l’utilisation d’antibiotiques à titre prophylactique» (Initiative pour une eau potable propre) demande une réforme en profondeur de l’agriculture suisse. Les subventions fédérales ne seront désormais versées qu’aux exploitations agricoles

  • qui n’utilisent aucun pesticide
  • qui n’administrent aucun antibiotique préventif à leur bétail
  • dont la taille du cheptel n’excède pas la quantité de fourrage pouvant être produit sur place.

Le Conseil des délégués de Pro Natura a décidé à l’unanimité de recommander de voter OUI à l’initiative «Pour une eau potable propre» et à l’initiative «Pour une Suisse libre de pesticides de synthèse». Si le Parlement parvient à s’accorder sur un contre-projet consistant, Pro Natura approuverait également cette voie.