Site de la Deutsche Bahn, le lit de la voie sur lequel les plantes sauvages se répandent ©Raphael Weber/Pro Natura

Succès «collatéraux» pour la nature

16.07.2019

De nombreuses espèces animales et végétales menacées ont trouvé un dernier refuge dans des zones qui n’ont pas été conçues pour la nature. Les friches industrielles, les voies ferrées, les places d’armes, les carrières, les gravières, les mines de gypse et les glaisières offrent d’importants habitats de substitution – mais là aussi, la pression sur la nature s’intensifie.

On trouve parfois des valeurs naturelles importantes là où on s’y attend le moins: dans les zones industrielles et commerciales ou sur les terrains d’aviation et les places d’armes. C’est justement dans ces milieux créés par l’homme que des espèces rares trouvent refuge.

Le crapaud calamite, par exemple, se serait éteint après les grandes corrections des eaux qu’a connues la Suisse s’il n’avait pu se réfugier dans les gravières, les chantiers, les terrains d’entraînement militaires ou les friches industrielles. Il trouve dans ces habitats de substitution ce que les zones alluviales dynamiques lui offraient autrefois: des surfaces graveleuses et rudérales, des sols sablonneux, des mares temporaires.

Les surfaces rudérales sont de plus en plus rares dans notre pays.

Les mines d’argile et de gypse, les glaisières, les carrières et les zones ferroviaires peu utilisées servent également d’habitats alternatifs pour des animaux et des plantes rares. Les espèces thermophiles et les plantes pionnières, en particulier, tirent un profit des surfaces rudérales, de plus en plus rares dans notre pays. Les prairies maigres se raréfient également: quelques-unes des dernières grandes prairies maigres du Plateau se trouvent sur les aérodromes et les places d’armes. L’aérodrome militaire de Dübendorf, par exemple, possède les plus grandes prairies sèches du canton de Zurich.

Ces milieux naturels de valeur n’ont pas été créés délibérément: il s’agit soit des vestiges d’un paysage autrefois riche en espèces (places d’armes et aérodromes), soit du résultat inattendu de l’exploitation par l’homme (extraction de gravier, carrières, etc.), c’est-à-dire d’un succès quasi «collatéral».

Les valeurs naturelles élevées doivent être prises en compte

C’est le caractère fortuit de ces biotopes qui les précarise, car leur exploitation peut changer. Il est par exemple question d’utiliser l’aérodrome de Dübendorf pour l’aviation civile et de construire des pistes et des bâtiments supplémentaires. Les gravières aussi sont exposées à des changements. Au cours des dernières années, l’extraction de gravier s’est intensifiée et on remblaye juste derrière la limite d’extraction: d’une part sous la pression des propriétaires fonciers, d’autre part parce que le remblayage est aujourd’hui au moins aussi lucratif que l’extraction de gravier et de sable. En effet, il y a trop peu de fosses pour accueillir la terre des nombreux chantiers de construction.

Pro Natura demande que les valeurs naturelles élevées soient prises en compte et encouragées dans l’utilisation et le développement de ces sites – les gravières, les carrières, les places d’armes et les aérodromes sont les derniers refuges de nombreuses espèces animales et végétales menacées, en particulier dans des régions de plaine intensément utilisées.

Certains exploitants craignent que des obligations légales et des coûts supplémentaires ne découlent de leur engagement et du succès qui en résulte. Par exemple, que les plans d’eau ou prairies sèches nouvellement créés soient immédiatement placés sous protection, ce qui limiterait le développement. Telle n’est pas l’intention de Pro Natura. Il s’agit plutôt de trouver des solutions en faveur d’une coexistence harmonieuse de la nature et de l’industrie. Sur la base de sept exemples, nous souhaitons montrer dans les pages suivantes comment cette synergie peut fonctionner et quels sont les risques liés à un changement d’utilisation.

Cet article a été publié dans le Pro Natura Magazine.

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