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À la veille de la Conférence internationale sur la diversité biologique, la Suisse à la traine
La Conférence de l’ONU sur la diversité biologique (CBD COP16) s’ouvre le 21 octobre. Elle sera l’occasion de dresser un bilan des mesures que les États membres ont inscrites dans leurs plans d’action pour atteindre les 23 cibles du Cadre mondial de la biodiversité décidées ensemble il y a deux ans. La communauté internationale a fixé le délai à 2030. La Suisse a adopté ces objectifs et sa législation nationale lui impose également d’en faire plus pour sauvegarder la biodiversité, la base de notre vie.
Délai non respecté, mesures annoncées totalement insuffisantes
Depuis, 83 pays ont adapté leurs plans nationaux pour concrétiser les objectifs de biodiversité ou ont défini de nouveaux objectifs nationaux. Parmi eux, trois voisins de la Suisse: la France, l’Italie et l’Autriche. Mais notre pays n’a pas respecté le délai et a déjà laissé s’écouler un quart du temps imparti sans initier les mesures efficaces nécessaires, pour ne pas parler de les mettre en œuvre.
Les projets du Plan d’action Biodiversité connus jusqu’ici sont tout à fait insuffisants. Au lieu de prendre des mesures pour protéger et restaurer la nature dans les zones urbaines, les forêts, les campagnes et les milieux aquatiques, il n’est question que de mener de nouvelles études ou de constituer des bases supplémentaires. L’état de la recherche montre pourtant clairement que la Suisse a assez de connaissances sur la biodiversité pour pouvoir agir immédiatement.
Avec un tel plan d’action, la Suisse ne peut ni atteindre ses propres objectifs de biodiversité inscrits dans sa Constitution et ses lois, ni contribuer de façon significative aux objectifs mondiaux communs. Ajoutons que cette année même, le Conseil fédéral et le Parlement ont supprimé au dernier moment un crédit de 68 millions de francs annuels pour la nature déjà décidé dans le plan financier. Ce qui fait craindre une détérioration catastrophique de la qualité des aires protégées existantes pour des décennies.
La Suisse jouera-t-elle franc jeu lors de la Conférence sur la biodiversité?
Nonobstant la situation désolante du plan d’action Biodiversité et l’affaiblissement en cours de la protection de la nature en Suisse, le Conseil fédéral se montre ambitieux sur le plan international: il veut s’engager en faveur de la mise en œuvre des objectifs de biodiversité à l’échelle mondiale et soutenir la création d’un mécanisme de contrôle permettant d’apprécier les effets des mesures nationales et d’en tirer des enseignements. Il reste à voir si la Suisse communiquera honnêtement sur ses propres mesures insuffisantes lors de la Conférence.
«Il est inadmissible qu’on exige d’autres pays beaucoup plus pauvres qu’ils en fassent davantage pour protéger la biodiversité, alors qu’on a soi-même négligé ses devoirs», critique Friedrich Wulf, responsable de projets Politique de protection de la nature chez Pro Natura. «Notre pays doit certes s’engager plus vigoureusement pour les objectifs mondiaux de biodiversité. Mais le Conseil fédéral et le Parlement sont surtout tenus par notre législation de sauvegarder nos bases de vie en Suisse même, où elles sont particulièrement menacées», souligne Raffael Ayé, directeur de BirdLife Suisse.
Informations complémentaires:
Convention on Biological Diversity (cbd.int)
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Communiqué de presse commun de Pro Natura, BirdLife Suisse et WWF Suisse
Le péril sur les espèces s’aggrave - peu de progrès lors de la conférence mondiale sur la biodiversité
Les résultats de la COP16 sont totalement insuffisants pour mieux préserver la biodiversité mondiale: alors que des indicateurs minimaux de la biodiversité sont établis, les positions sur les questions cruciales du financement et du mécanisme de mise en œuvre obligatoire sont restées trop divergentes. Nos bases vitales restent ainsi gravement menacées.
La Suisse sans plan d’action pour la conservation de la biodiversité.
Lors de la COP16, les États contractants étaient tenus de présenter leurs plans d’action nationaux avec des mesures – à ce stade 119 pays les ont présentés, mais pas la Suisse.
«Alors que d’autres pays ont communiqué leurs mesures nationales, le plan d’action suisse est toujours absent – un signe inquiétant. Sans mesures réelles, la protection de la biodiversité reste une vaine promesse», souligne Raffael Ayé, directeur de BirdLife Suisse.
La Suisse risque d’échouer dans la réalisation des 23 objectifs de biodiversité
Lors de la dernière conférence, il y a deux ans, 23 objectifs ont été adoptés pour stopper et inverser le déclin de la biodiversité d’ici 2030. Le bilan à mi-parcours sera déjà dressé dans deux ans lors de la prochaine conférence de l’ONU. Le temps presse.
«Il est urgent que la Suisse en fasse plus si elle veut parvenir à satisfaire les 23 objectifs de biodiversité», déclare Friedrich Wulf, chef de projet pour la politique internationale de la biodiversité chez Pro Natura. «Le deuxième plan d’action du Conseil fédéral, qui a été retardé, doit encore être fortement amélioré par rapport au projet qui a été rendu public.»
Le plan d’action annoncé par le Conseil fédéral se limite à des rapports et des études plutôt qu’à des mesures concrètes. De plus, les moyens pour assurer la biodiversité en Suisse sont complètement insuffisants.
Les scientifiques constatent qu’il est urgent d'agir
«La situation de la biodiversité en Suisse est particulièrement mauvaise: plus d’un tiers des espèces sont menacées ou éteintes, et la moitié des habitats sont en danger», rappelle Jonas Schmid du WWF. «Le conseiller fédéral Albert Rösti n’a cessé de répéter, lors du débat sur la votation relative à l’initiative sur la biodiversité, qu’il protégerait la biodiversité avec les lois en vigueur – mais il n’y a aucune preuve par l’acte.»
Plus de 400 scientifiques ont souligné dans une prise de position commune la nécessité de prendre des mesures rapides et efficaces.
Rösti prône les autoroutes plutôt que la biodiversité
La Suisse était représentée à la COP16 par la directrice de l’OFEV, Karin Schneeberger. Contrairement à plus de 100 autres ministres de l’environnement et à plusieurs chefs d’État, le ministre de l’environnement Albert Rösti n’a pas daigné participer à la plus grande conférence mondiale jamais organisée sur la biodiversité. Au lieu de cela, il s’est engagé en faveur de l’extension des autoroutes, qui conduirait à la destruction de précieuses surfaces agricoles et forestières du Plateau.
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Communiqué de presse commun de Pro Natura, BirdLife Suisse et WWF Suisse
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«Je sais que l’on peut lutter contre le démon»
Cette Argentine de 50 ans (au milieu sur la photo), employée administrative dans un dispensaire municipal de Cordoba, la deuxième ville du pays, a vu son existence chamboulée à la naissance de sa fille Nandy: la petite décède trois jours seulement après être venue au monde en raison d’un dysfonctionnement grave des reins. Sofía Gatica est vite convaincue que l’exposition aux pesticides en est la cause. Depuis, sa vie est un combat acharné contre le géant agroalimentaire Monsanto, qui recourt à ces produits chimiques dans sa région notamment, mais aussi ailleurs dans le pays.
Pro Natura: en 2013 et en 2015, vous avez été victime d’agressions physiques et de menaces graves. Pour quelles raisons?
Sofía Gatica: en 2012, dans la localité de Malvinas Argentinas, j’ai décidé de bloquer l’accès au terrain sur lequel Monsanto prévoyait de construire la plus grande fabrique du monde de semences transgéniques. La multinationale avait causé la mort de ma fille, et par leur faute, mes fils avaient des résidus chimiques dans le sang. Avec d’autres militants, nous avons empêché Monsanto de construire sa fabrique de la mort en prenant possession des lieux. Alors j’ai été menacée avec des armes à feu. Depuis, je suis accompagnée, comme mes enfants, par des gardes du corps. Malgré cela, des hommes de main de la multinationale m’ont frappée, et j’ai été hospitalisée à plusieurs reprises. Une plainte a été déposée contre moi pour les dommages que j’aurais soi-disant causés. Mais ce sont eux qui empoisonnent et tuent des gens!
Vous affirmez que le glyphosate est responsable de multiples maladies et de la mort de centaines de personnes. Sur quelles bases vous appuyez-vous?
Autour de chez moi, dans le Barrio Ituzaingo, j’ai personnellement pu vérifier, en faisant du porte à porte et en menant une véritable enquête épidémiologique, que la plupart des personnes avaient le cancer, en raison de la proximité des plantations de soja transgénique aspergées par des millions de litres de glyphosate. On ne savait pas que le soja pouvait être mauvais pour la santé: on en mangeait en salade, les petits jouaient dans les champs après ou pendant les pulvérisations. Se basant sur une étude officielle, le gouvernement régional de Cordoba a établi que 33 % de la population locale avait le cancer, et que le sang de 80 % des enfants était contaminé par des produits phytosanitaires.
En 2012, vous avez reçu le Prix Goldman, le «Nobel» de l’environnement. Cela vous a-t-il aidée dans votre combat?
Je me suis sentie reconnue, protégée et cela m’a donné la force de continuer à lutter. J’ai aussi le soutien inconditionnel de l’association «Madres de Ituzaingo» qui parcourt le monde pour dénoncer les méfaits de Monsanto. Grâce à notre ONG, des responsables locaux de Monsanto ont été en prison, mais la multinationale en tant que telle n’a pas été condamnée. A un niveau plus global, nous avons freiné l’expansion de Monsanto dans plusieurs pays. Je sais désormais que l’on peut lutter contre le démon.
François Musseau
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Cet article a été publié dans le Pro Natura Magazine.
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Palmiers à huile et huile de palme
Affaires internationales
Partenariat pour la mise en œuvre de l'Agenda 2030
Avec l’agenda de l’ONU pour le développement durable (Agenda 2030 et les objectifs de développement durable ODD), un cadre commun pour la collaboration de tou-te-s les acteurs/-trices a été tracé. La Suisse s’est engagée à mettre en œuvre cet agenda au niveau national et à en faire rapport. Le rapport national du Conseil fédéral au « High Level Political Forum (HLPF) » de l’ONU confirme que la Suisse est sur la bonne voie. Dans de nombreux domaines, il y a déjà une coopération réussie entre entreprises et Etat ou entreprises et ONG, ce qui donne lieu à des solutions modèles ; citons par exemple le système dual de formation, le partenariat social ou le financement relativement stable du système de prévoyance. La Suisse n’a pas à rougir en comparaison internationale et elle montre le bon exemple dans de nombreux domaines, comme la protection technique de l’environnement, la cohésion sociale, la qualité de vie et l’économie durable.
Malgré tout, des actions restent nécessaires en Suisse aussi. Les acteurs/-trices non étatiques du groupe d’accompagnement ont identifié ensemble des défis dans huit domaines thématiques, défis qu’il faudrait aborder en priorité dans le cadre de la mise en œuvre:
- Société solidaire
- Produire et consommer durablement
- Ménager les ressources naturelles
- Garantir l’accès aux soins pour tou-te-s
- Renforcer la place économique et le marché de l’emploi
- Concevoir une urbanisation durable
- Renforcer l’économie durable
- Renforcer la formation
Ces défis sont détaillés dans le chapitre 10 de la base au rapport national que le DFAE a publié séparément (cf. annexe).
Pour gérer ces défis, une approche partenariale est nécessaire. Le fait que des secteurs si différents se soient accordés sur les domaines thématiques et la procédure montre que cela est possible. Mais il faut aussi un ancrage institutionnel clair dans la politique suisse, plutôt que des activités parallèles variées de la part des différents offices, et une intégration de la mise en œuvre des ODD dans le processus politique ordinaire. Sans cela, la Suisse n’exploitera pas son potentiel et gaspillera ses ressources dans des démarches parallèles. Ainsi, au lieu d’avoir un plan de développement durable, le programme de la législature devrait s’aligner sur les ODD. Il est impératif d’ancrer de manière stratégique et qualitative l’Agenda 2030, de mettre à disposition et de regrouper les moyens nécessaires et d’atteindre une meilleure cohérence au niveau des décisions politiques. Cela permet de comprendre les ODD comme un cadre de référence mondial et non pas comme un corset règlementaire.
Pour des renseignements supplémentaires:
A New York au HLPF (CEST-6h):
- Thomas Pletscher, economiesuisse, tél. +41 78 603 84 45
- Sophie Neuhaus, CSAJ, +41 79 846 80 66
- Mark Herkenrath, Alliance Sud, +41 78 699 58 66
- Peter Messerli, CDE Uni Berne, +41 79 785 71 34
In der Schweiz:
- Renate Schubert, EPF Zurich, tél. +41 44 632 47 17
- Friedrich Wulf, Pro Natura, tél. +41 61 317 92 42 ou +41 79 216 02 06
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Les offices compétents ARE et DDC ont constitué un groupe d’accompagnement pour encadrer la mise en œuvre des Objectifs de Développement Durable de l’ONU. Dans ce groupe, les membres expriment leur opinion personnelle et consultent donc constamment les parties qu’ils représentent. Les membres sont (état juillet 2018) : Antonio Hautle, Global Compact Network Switzerland, öbu ; Mark Herkenrath, Alliance Sud ; Marianne Hochuli, Caritas Suisse ; Peter Messerli, Académie des sciences, Uni Berne ; Sophie Neuhaus, CSAJ ; Thomas Pletscher, ICC Switzerland/economiesuisse ; Friedrich Wulf, Alliance-Environnement (Pro Natura) ; Renate Schubert, Académie des sciences, EPFZ
Biodiversité mondiale: «Poursuivre la même trajectoire n’est pas une option»
La Plateforme intergouvernementale sur la biodiversité et les services écosystémiques IPBES a adopté aujourd’hui deux rapports d’évaluations qui abordent la crise de la biodiversité sous un angle novateur et proposent des solutions pour la surmonter. Ces publications sont le fruit d’années de recherches menées par deux équipes internationales réunissant chacune plus d’une centaine d’experts renommés. Leurs travaux vont au-delà de la protection de la nature au sens classique et prouvent que la sauvegarde de nos ressources vitales passe par un profond changement dans la société.
Les clés du changement
Le premier rapport d’évaluation («Nexus») expose les liens d’interdépendance entre biodiversité, climat, alimentation et santé. Il montre que les principaux moteurs du déclin de la biodiversité sont à chercher dans les évolutions socioéconomiques: augmentation de la production de déchets, surconsommation, croissance de la population mondiale, besoins toujours plus élevés en ressources. Le second rapport d’évaluation («Transformative Change»)se penche sur les transformations nécessaires à une économie mondiale durable et à la sauvegarde de la biodiversité, base naturelle de la vie. Les experts préconisent cinq stratégies clés pour réaliser les changements systémiques indispensables:
- Protection de la nature à l’échelle des régions
- Réforme des secteurs les plus directement impliqués dans la chute de la biodiversité (modification du plan d’occupation des sols, chasse, changement climatique, pollution et espèces invasives)
- Réforme des systèmes économiques et financiers
- Gouvernance: inclusion, responsabilité et adaptation
- Changement de regard de la société
Actions à mener en Suisse
En Suisse, les organisations de protection de la nature comme Pro Natura travaillent déjà à des mesures qui vont dans le sens des évaluations du IPBES, et ceci à plusieurs niveaux: sur le terrain, en sauvegardant et en restaurant de précieuses surfaces naturelles, mais aussi dans l’arène politique, en promouvant des lignes directrices pour une exploitation des terres agricoles, des forêts et des eaux respectueuse de la biodiversité. Avec l’initiative sur la responsabilité environnementale, la seconde initiative pour des multinationales responsables, l’initiative sur la place financière ainsi que des interventions parlementaires contre les subventions dommageables à la biodiversité, ces organisations soutiennent les injonctions de l’IPBES à aligner l’économie sur les principes de la durabilité. Elles proposent diverses offres d’éducation à l’environnement pour sensibiliser à l’importance de la nature et surtout, à sa valeur inestimable en tant que base de la vie. Ce sont autant de pièces de puzzle qui s’assemblent les unes aux autres pour construire une société durable et économe en ressources. Mais comme le souligne l’IPBES, l’efficacité de toutes ces actions dépend d’une prise de conscience fondamentale: «Si nous ne nous préoccupons pas sérieusement de ces problèmes et ne les traitons pas rapidement et radicalement, nous détruirons les conditions mêmes de notre vie sur Terre.»
Informations complémentaires:
- Communiqués de l’IPBES sur le rapport d’évaluation «Nexus» et sur le rapport d’évaluation «Transformative Change»
Contact:
- Friedrich Wulf, responsable de projet Politique de la biodiversité internationale Internationale, 079 216 02 06, @email
«Les plantations ne sont pas des forêts!»
Au Ghana comme dans de nombreuses régions du Sud, les populations locales luttent contre la destruction des forêts et l’accaparement de leurs terres, transformées notamment en immenses plantations de palmiers à huile, avec des conséquences désastreuses tant au niveau social qu’environnemental.
C’est par ce cri du cœur, imprimé sur des t-shirts, que Friends of the Earth Ghana exprime son engagement contre les plantations en monoculture dont souffrent tant de communautés de ce pays.
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Cet article a été publié dans le Magazine Pro Natura.
Le Magazine Pro Natura vous dévoile les petites merveilles de la nature, vous informe au sujet de gros projets et vous présente des personnalités captivantes. Il porte un éclairage sur les dessous des décisions politiques et révèle où, comment et pourquoi Pro Natura lutte pour la nature. Tous les membres Pro Natura le reçoivent cinq fois par an.
Membre du réseau Amis de la Terre International, Pro Natura soutient depuis 2016, en collaboration avec l’organisation suisse de développement EPER – Pain pour le prochain, des projets visant à renforcer la résistance au modèle agro-industriel non seulement au Ghana, mais aussi dans d’autres pays d’Afrique de l’Ouest ainsi qu’au Honduras et en Malaisie.
«L’un des axes de travail se situe à un niveau très local et consiste à aider les communautés directement concernées à défendre leurs droits et à mettre en œuvre des pratiques agro-écologiques», explique Bertrand Sansonnens, chef de projet Politique et affaires internationales à Pro Natura.
Des communautés bafouées
Lui-même s’est rendu au Ghana en 2022 dans le cadre du projet mis en œuvre par la coordination africaine des Amis de la Terre. Là-bas, il a eu l’occasion de rencontrer les habitantes et habitants du petit village d’Abo-Abo, dont la vie a radicalement changé depuis l’établissement de la plantation d’Okumaning par la Ghana Oil Palm Development Company (GOPDC), détenue majoritairement par la multinationale belge SIAT. «SIAT fait partie des cinq grandes entreprises qui contrôlent à elles seules 75% des plantations de palmiers à huile en Afrique», souligne Bertrand Sansonnens.
Un constat que viennent corroborer les témoignages qu’il a recueillis à Abo-Abo: à force de promesses, de nombreuses paysannes et paysans ont finalement accepté que la GOPDC utilise leurs terres, mais peu ont reçu les compensations financières prévues dans les contrats pour compenser l’absence de récoltes. «Avec l’aide de FoE Ghana, l’affaire a été portée devant les tribunaux, mais le verdict n’a toujours pas été rendu, après des années d’attente.» Trois villages des alentours ont été détruits, leur population expulsée et les écoles fermées. «Les chômeurs sont nombreux et la consommation de drogues et d’alcool fait des ravages parmi la jeunesse. Beaucoup regrettent le temps où la culture du manioc, de plantains, d’ignames, de cacao et même de palmiers à huile pour la production locale leur rapportait assez de revenus pour mener une vie digne.»
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Bertrand Sansonnens
- Au Ghana, le palmier à huile était cultivé par les locaux bien avant la colonisation.
Résistance à l’agro-business
Force est de constater que la vie d’un tel projet est semée d’embûches. «Le Covid en particulier n’a pas aidé, limitant le travail sur le terrain», relève Bertrand Sansonnens. «En revanche, la collaboration entre les organisations locales s’est accentuée. Avant ma visite dans les plantations, j’ai pu prendre part au Forum communautaire de résistance aux monocultures, organisé par le réseau africain pour échanger les expériences et renforcer la mobilisation.» Forts de ce bagage et de celui des autres pays impliqués, les Amis de la Terre ont pu également mettre en avant les responsabilités de l’agro-business sur la scène internationale, notamment lors de la Conférence des Nations Unies sur la biodiversité en 2022 à Montréal (COP15).
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Bertrand Sansonnens
Mais le combat est loin d’être gagné. «Une nouvelle phase de ce programme est en cours d’élaboration. Elle visera à systématiser les expériences régionales pour une lutte mondiale contre les multiples facteurs qui menacent de plus en plus les forêts et les terres communautaires.» Bertrand Sansonnens précise aussi que le projet s’inscrit parfaitement dans la stratégie globale des Amis de la Terre, à savoir la transformation du système dominant actuel vers des sociétés soutenables sur le plan environnemental et socialement justes. «La responsabilité de nos sociétés riches du Nord est écrasante: nous devons évoluer vers plus de sobriété, tout en contrôlant les agissements des entreprises multinationales qui provoquent la surconsommation et en profitent.»
TANIA ARAMAN, rédactrice du Magazine Pro Natura
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Fin de la COP16: commentaires des organisations de protection de la nature
Nous nous réjouissons que les 196 États membres de la Convention de l’ONU sur la diversité biologique aient pu s’accorder sur la mise en œuvre et le monitoring des 23 objectifs à atteindre pour enrayer le déclin mondial des espèces d’ici 2030. La Suisse a apporté sa contribution, malgré un plan d’action national pour la biodiversité qui s’apparente à un «plan d’inaction», sans indicateurs ni mesures concrètes pour de nombreux d’objectifs et qui fait pâle figure en comparaison internationale. Pour Pro Natura, BirdLife Suisse et le WWW Suisse, la décision sur les financements est insuffisante. Les pays industrialisés, dont la Suisse, se sont opposés à la création d’un fonds au sein duquel les pays du sud global auraient pu participer aux décisions. Il a été convenu à la place d’un processus de financement avec les fonds existants, à réévaluer en 2028. Les pays devront rendre compte de leurs efforts pour atteindre 23 objectifs d’ici la prochaine COP en 2026 en Arménie. Les organisations de protection de la nature attendent de la Suisse qu’elle s’implique de manière constructive dans le processus de financement. Notre pays doit produire un rapport montrant sur la base de nouveaux indicateurs ce qu’il entreprend réellement pour sauvegarder la biodiversité en danger. Les preuves de son action font aujourd’hui cruellement défaut.
Informations complémentaires
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- Friedrich Wulf, responsable de projet Politique internationale de la biodiversité, 079 216 02 06, @email
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Commentaire commun de Pro Natura, BirdLife Suisse et WWF Suisse
«La colère est mon carburant!»
En Norvège, il est question d’immerger plusieurs centaines de millions de tonnes de déchets miniers contaminés dans le fjord de Førde. Le gouvernement norvégien prévoit d’autoriser l’extraction d’éclogite pour la production de dioxyde de titane dans la montagne d’Engebø, proche du fjord, mais les dernières autorisations n’ont pas encore été délivrées. Les Instituts norvégiens de l’environnement, de la recherche marine et de la pêche se sont prononcés contre ce projet – tout comme 60 entreprises régionales du secteur de la pêche, leur association faîtière nationale et la Fédération du tourisme. Mais en première ligne de cette coalition, on trouve le mouvement citoyen cofondé par Anne-Line Thingnes Førsund. L’organisation collabore avec «Friends of the Earth Norway», partenaire de Pro Natura au sein du réseau global de protection de la nature.
Pro Natura: quand vous étiez à l’école, faisiez-vous déjà partie des élèves rebelles qui se révoltaient contre toute forme d’injustice?
Anne-Line Thingnes Førsund: il pouvait m’arriver de faire de la résistance en classe, non pas parce que j’étais une enfant rebelle, mais plutôt parce qu’on m’a toujours appris que ma voix était aussi importante que celle des autres.
Est-ce vos parents qui vous l’avaient appris?
Mes parents, mais aussi la famille plus élargie avec mes grandsparents, mes oncles et tantes, ainsi que les gens du village où j’ai eu la chance de grandir. J’ai appris à les écouter et ils m’ont aussi écoutée. Un proverbe norvégien dit qu’il faut tout un village pour élever un enfant. J’en suis la meilleure preuve.
Vous avez donc naturellement élevé la voix quand vous avez su que des centaines de millions de tonnes de déchets miniers contaminés devaient être immergés dans «votre» fjord?
Absolument, j’ai compris immédiatement que ce projet absurde représentait non seulement la plus grande menace de tous les temps pour notre merveilleux fjord, mais aussi pour l’ensemble des fjords norvégiens, menacés de devenir des décharges. J’ai donc agi sans hésiter.
Jusqu’ici, le gouvernement a maintenu sa volonté de réaliser ce projet très contesté. Est-ce que vous n’avez jamais cédé à la frustration?
Pas à la frustration, mais à la colère – parfois je suis carrément furieuse! Mais Johnny Rotten chantait déjà: «Anger is an energy !» (La colère est un carburant!) Ça m’a fait avancer. Tout ce projet montre à quel point la politique est étroitement liée à l’industrie et aux investisseurs. La Norvège, le pays des fjords, qui exporte chaque jour 38 millions de repas à base de poisson, est d’accord de brader ses fjords et de les polluer pour une entreprise qui compte actuellement trois employés. Nous allons continuer à nous y opposer de toutes nos forces car des demandes comparables émanent déjà d’autres régions.
D’où tirez-vous l’énergie qui nourrit votre engagement?
Le fjord lui-même est une grande source d’énergie. Pour revenir à mon enfance: je pouvais passer des heures devant notre maison à observer les oiseaux, les poissons et d’autres animaux. J’étais déjà consciente que les êtres humains faisaient partie d’une grande communauté d’espèces. Si je m’engage, c’est aussi par souci de faire perdurer l’équilibre de cette communauté et d’éviter que le fossé se creuse entre nous les humains et les autres espèces animales et végétales.
Raphael Weber, rédacteur en chef du Magazine Pro Natura.
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Cet article a été publié dans le Pro Natura Magazine.
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