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Uno dei quattro pilastri di Pro Natura è la protezione attiva dei biotopi e delle specie.
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Alpe del Lago TI
17.10.2025 Agriculture

Écouter les agriculteurs de montagne

Responsable des grands prédateurs au WWF, la Tessinoise Silvia Gandolla est chargée d’assurer une meilleure coexistence dans son canton entre le loup et les éleveurs. Une tâche difficile, qui nécessite avant tout de cultiver un dialogue ouvert et constructif.

«Il faut à tout prix dépolariser le débat.» Pour Silvia Gandolla, la gestion du loup passe avant tout par le dialogue. Voilà trois ans que la biologiste se démène au sud des Alpes pour assurer une meilleure cohabitation entre le canidé et les agriculteurs de montagne. Une tâche loin d’être évidente, à l’heure où la polémique gonfle et que l’incompréhension se creuse entre citadins et éleveurs, entre pro- et anti-loups, entre adeptes d’une régulation massive et acteurs de la conservation de la nature. 

Une histoire de famille 

Mais Silvia Gandolla a un avantage: si elle se réjouit bien entendu du retour du prédateur en Suisse, son histoire familiale la rend particulièrement sensible aux arguments des éleveurs. «Ma grand-mère a grandi à Cerentino, un petit village de haute montagne dont l’économie dépendait de l’agriculture de subsistance. Elle-même avait des vaches et des chèvres. Elle n’a jamais connu le loup, mais ses grands-parents lui avaient parlé d’attaques sinistres et pour elle, son extinction représentait un immense progrès.» Lors de ses études, la biologiste s’est donc sentie tiraillée entre l’expérience de ses ancêtres et ses propres convictions: «À l’époque, j’avais des idées très radicales sur la conservation. Mais en protégeant le loup, j’avais aussi l’impression de trahir ma grand-mère.»

Schafe Matthias Sorg

Il n’empêche qu’aujourd’hui, cette double sensibilité l’aide dans les discussions avec les agriculteurs. D’autant qu’elle-même possède des poules et des ânes et que de son propre aveu, elle ne sait pas comment elle réagirait si un loup s’attaquait à eux. «Lorsque les éleveurs prennent conscience que je comprends le rapport qu’ils entretiennent avec leurs bêtes, ils m’écoutent plus volontiers. Davantage que si je venais de la ville pour leur donner des leçons…» Elle n’hésite pas non plus à se rendre chaque été dans un alpage pour donner un coup de main. «Durant quelques jours, je vis à leur rythme, ça favorise le dialogue, surtout après une journée de travail, quand on se retrouve pour manger un morceau.»

L’importance du respect mutuel 

Quand le WWF lui a confié la gestion du dossier «loup» au Tessin, il lui a donné carte blanche. À elle de trouver le moyen d’assurer une meilleure cohabitation entre le canidé et les éleveurs. Très vite, elle a compris que son rôle n’était pas de protéger le prédateur – «suffisamment de personnes travaillent dans ce domaine», précise-t-elle – mais plutôt d’aider les agriculteurs à accepter sa présence. Un long processus, qui a commencé dès son premier jour de travail, lorsqu’elle a reçu l’appel d’une agricultrice demandant de l’argent pour mieux protéger son troupeau. Rendez-vous est pris pour le lendemain. «Nous avons discuté pendant tout un après-midi», se souvient Silvia Gandolla. «Elle a apprécié d’être écoutée et nous nous sommes toutes les deux exprimées franchement, avec beaucoup de respect mutuel. Même si elle continue à s’opposer au loup, elle comprend que maintenant qu’il est là, il n’y a pas de retour en arrière possible et qu’il faut s’adapter à cette situation.»

Le loup dans la forêt bavaroise iStock

L’écoute. Voilà bien le maître-mot de sa mission. Même si cela implique de recevoir occasionnellement les foudres de ses interlocuteurs, comme cet agriculteur en colère dont le troupeau venait de subir une lourde attaque. «Je l’ai laissé crier pendant une heure. À la fin, il m’a quand même dit que c’était la première fois que le WWF lui demandait son avis et qu’il appréciait la démarche. Pour moi, c’est primordial qu’ils se sentent entendus. Sinon, ils nourrissent une certaine frustration: ils se sentent précipités dans cette nouvelle réalité qui les dessert, sans qu’on leur donne le droit de s’exprimer. Cela les incite à réagir de manière parfois violente, ce qui nourrit la polémique. On entre alors dans un cercle vicieux.»

Pas de solution miracle 

Voilà pourquoi un système de tables rondes a aussi été mis sur pied, visant à donner la parole aux agriculteurs. «Nous avons notamment organisé une soirée pour recueillir leurs témoignages. Ils ont pu parler sans filtre des attaques qu’ils ont vécues, de la douleur qu’ils ont éprouvée, de la dépression dans laquelle certains ont plongé. Un psychologue était présent, qui a validé leur ressenti.» Une relation de confiance et de respect ayant pu être établie, d’autres rencontres ont eu lieu, intégrant des biologistes, ainsi que des représentants du canton et des communes concernées. «C’est ensemble que nous devons réfléchir pragmatiquement à une nouvelle manière de fonctionner. Il n’y a pas de solution miracle, d’autant que la réalité change d’une vallée à l’autre: dans certains cas, la protection ne fonctionne pas, il faut avoir recours à la régulation. Et il ne s’agit pas uniquement de convaincre les éleveurs de mieux protéger leur troupeau. Par exemple, la population aussi doit accepter la présence de chiens de protection en montagne et dans ce domaine, le secteur du tourisme a un rôle à jouer auprès des randonneurs et des cyclistes, certains d’entre eux criant au scandale lorsqu’ils doivent descendre de vélo pour traverser un pâturage.»

D’ailleurs, ce que Silvia Gandolla fustige avant tout, ce sont les positions radicales, quelles qu’elles soient. «Nous devons cesser de pointer systématiquement du doigt les agriculteurs. Parmi ces derniers, ceux qui ont grandi avec les réseaux sociaux souffrent particulièrement des attaques parfois virulentes qu’ils y subissent. Les extrémistes pro-loups font tout autant de dégâts que les extrémistes anti-loups.» 

Tania Araman, rédactrice du Magazine Pro Natura.

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Cet article a été publié dans le Magazine Pro Natura.

Le Magazine Pro Natura vous dévoile les petites merveilles de la nature, vous informe au sujet de gros projets et vous présente des personnalités captivantes. Il porte un éclairage sur les dessous des décisions politiques et révèle où, comment et pourquoi Pro Natura lutte pour la nature. Tous les membres Pro Natura le reçoivent cinq fois par an.

Agriculture

Politique agricole en Suisse

Coquelicots dans un champ de céréales
Il était prévu cette année qu’une nouvelle politique agricole entre en vigueur pour les années 2022 à 2025 (PA 22-25), mais le Conseil des États a suspendu les délibérations. Pro Natura continue de s’engager activement sur le plan politique pour une agriculture favorable au climat et à la biodiversité, pour le bien de l’être humain et de la nature.

Si nos denrées alimentaires étaient produites de sorte à favoriser la biodiversité et à protéger le sol, l’eau et l’air, cela garantirait un mode de production respectueux de la nature sur la durée. La réglementation en vigueur ne tient pas compte des bases de production à l’échelle régionale ni des effets des exploitations agricoles sur l’environnement. Cela doit changer.

Politique agricole 2014–17 et 2018–21

Avec la politique agricole 2014–17 (PA 14-17), les paiements directs ont été alloués aux exploitations agricoles de façon ciblée et en fonction des prestations. Les contributions pour la détention d’animaux, désuètes et dommageables, ont été supprimées. Mais la PA 14–17 et la PA 18-21 qui lui succède ne vont pas pour autant résoudre les problèmes écologiques. Trop d’incitations à effet pervers, trop d’animaux de rente, trop de pesticides: les lacs continuent d’être surfertilisés, les cours d’eau pollués et la biodiversité mise à mal.

Notre vision d’une agriculture suisse 2030

  • Les sols suisses fertiles sont protégés en tant que patrimoine naturel mondial. Ils sont exploités en fonction de leur emplacement. L’érosion, la densification et la pollution appartiennent au passé.
  • Les cheptels d’animaux de rente sont réduits à un niveau supportable par la nature. La charge en ammoniaque a également fortement diminué. Grâce à des besoins en nourriture réduits, davantage de calories sont à disposition de l’alimentation humaine. 
  • La biodiversité et la production sont étroitement liées et imbriquées.
  • La surface herbagère en Suisse permet d’exploiter le potentiel sur place de façon optimale et de ne pas importer d’aliments concentrés, et ne souffre pas des effets de la crise climatique.
  • Les dégâts environnementaux occasionnés par l’agriculture ne sont pas supportés par la collectivité, mais à la charge de l’agriculture. 
  • Les agricultrices et les agriculteurs sont fiers de leurs prestations. Ils perçoivent des salaires corrects. La relève est activement encouragée par la Confédération.

PA 22-25: des incitations négatives à corriger

Nous poursuivrons notre engagement durant ces prochaines années afin que les incitations trompeuses et onéreuses soient corrigées avec la PA 22–25. Seule une agriculture favorable au climat et la biodiversité peut justifier un budget agricole de plusieurs milliards et être concurrentielle sur le marché. Nous luttons pour une agriculture de production alimentaire en accord avec la nature.

25
Apr
2026
-
26
Apr
2026
Chèvre à la ferme

Groupes Jeunes+Nature

COMPLET - Weekend à la ferme

Luogo
Ferme de la Lizerne, Dizy
Costo
Da CHF 50.00
Dal
25.04.2026
Al
26.04.2026
Iscrizione entro
N'oublie pas tes bottes!

À la ferme, l'activité ne manque pas! Observer la traite des vaches, pailler, ramasser les œufs des poules, biberonner les cabris, découvrir les machines, etc. La ferme bio de La Lizerne nous accueille le temps d'un weekend, pour s’immerger dans le quotidien paysan. Aux côtés de la propriétaire, le groupe s'activera pour l'aider et profitera de toutes ses connaissances sur les animaux de la ferme.

Réservé à celles et ceux qui n'y ont pas encore participé.

Merci de préciser les régimes alimentaires particuliers lors de l'inscription. Souper et petit-déjeuner inclus dans le séjour.

Pour qui?

Tout enfant entre 6 et 12 ans, membre ou non de Pro Natura. A partir de 13 ans possibilité d'être aide-moniteur-trice.

Avec qui?

Des monitrices et moniteurs bénévoles super motivé-e-s qui ont pleins d'idées trop top et qui adorent la nature, bien sûr!

Comment?

En t'inscrivant jusqu'à deux semaines avant le weekend.
Si le séjour est déjà complet, tu peux demander à figurer sur la liste d'attente.
Les détails de la sortie te seront communiqués par e-mail, une semaine avant le jour du départ.

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Info

Pro Natura Vaud
Av. du Théâtre 2-4
1005 Lausanne
Tél: 021 963 19 55
[email protected]

Contatto

Nathalie Mauri
Responsable du groupe J+N
@email
+41 21 566 82 50

Documenti scaricabili

Conditions de participation

Dettagli dell'evento

Data

DAL
Sabato, 25.04.2026
A
Domenica, 26.04.2026
INIZIO
10:00
FINE
15:00

Luogo

Ferme de la Lizerne, Dizy

Dettagli

Tipo di evento
Stagione
Grado di difficoltà

Preparazione

Indirizzo
Gare de Lausanne ou gare de Cossornay-Penthalaz
Da prendere con sé
Billets de transport, affaires pour la nuit, repas pour les midis et collations

Costo

CHF 50.-

Vue sur le lac de Constance
07.01.2026 Agriculture

Inquiétudes croissantes autour des polluants éternels

Il apparaît de plus en plus clairement que les substances per- et polyfluoroalkylées (PFAS) sont largement répandues dans notre environnement. Les effets de ces composés chimiques sur notre santé sont encore trop peu étudiés, malgré des risques considérables.

Jusque dans les années 1990, les boues d’épuration étaient vantées comme un produit miracle auprès des agriculteurs: aussi efficaces que le lisier et les engrais minéraux, et avec cela, disponibles gratuitement dans les stations de traitement des eaux usées. Mais l’épandage de ces substances s’est révélé tout sauf inoffensif. Riches en éléments nutritifs tels que le phosphore et l’azote, les boues d’épuration contiennent également des métaux lourds et des composés organiques très peu dégradables, dont les PFAS. Leur utilisation pour fertiliser les cultures est désormais interdite en Suisse depuis 2006. Elles sont aujourd’hui assimilées à des déchets et doivent être incinérées dans des fours à près de 1000 degrés Celsius.

L’affaire n’est pas réglée pour autant. Vingt ans après leur bannissement, les engrais issus des eaux usées continuent à polluer l’environnement et menacent notre santé: les champs autrefois traités avec des boues d’épuration sont contaminés par les PFAS. Le lessivage des sols entraîne les substances problématiques dans la nappe phréatique et par ce biais, dans l’eau que nous buvons.

Omniprésentes et toxiques

Les PFAS sont des composés chimiques artificiels dont il existe des milliers de variantes. Leur résistance à l’eau, à la graisse et aux températures élevées en fait des auxiliaires appréciés dans les processus industriels. Présentes notamment dans les mousses d’extincteurs, elles sont utilisées dans la fabrication des poêles à frire, des emballages alimentaires, des cosmétiques et des vêtements imperméables. On les retrouve aussi dans certains pesticides. Le hic: ces substances ne se dégradent pas une fois dispersées dans l’environnement, d’où leur nom de polluants éternels. Et toutes sont plus ou moins toxiques.

Seules quelques PFAS ont fait l’objet d’études scientifiques pour déterminer leurs effets sur notre santé. Les analyses ont révélé une toxicité chronique dans presque tous les cas. Cela signifie qu’une exposition isolée ne provoque pas d’intoxication aiguë, mais que ces produits s’accumulent dans l’organisme. Certains sont soupçonnés de causer des cancers, d’autres d’endommager le foie ou les reins, d’autres encore d’affecter l’efficacité des vaccins. Il apparaît de plus en plus probable qu’ils diminuent la fertilité.

Des polluants toujours utilisés

Bien qu’elles suscitent de plus en plus de crainte, les PFAS continuent à se répandre dans l’environnement. Elles se propagent directement dans l’air ou dans l’eau lors de leur fabrication ou de leur traitement via les gaz d’échappement et les effluents. Mais aussi indirectement via les produits contenant des PFAS, par exemple quand on lave des textiles imprégnés. Les polluants éternels sont encore beaucoup employés, bien que des alternatives existent dans de nombreux cas.

On recense des milliers de composés PFAS différents. Les risques ne sont connus que pour une poignée d’entre eux. Quelques rares valeurs limites ont été fixées çà et là, alors que la présence de ces substances dans l’environnement est de plus en plus souvent attestée. Ces derniers mois, un polluant éternel appelé TFA (acide acétique trifluroré) a fait parler de lui. Des analyses de routine ont révélé son omniprésence en Suisse dans les nappes phréatiques et l’eau du robinet, mais aussi récemment dans des aliments tels le pain et le vin.

D’où provient le TFA mis en évidence dans le sol et les eaux souterraines? Agroscope, l’Institut de recherches sur l’agriculture de la Confédération, se penche depuis peu sur la question. Les scientifiques se sont surtout intéressés aux pesticides, car ils peuvent contenir des substances actives persistantes classées comme polluants éternels. Selon l’étude, la majeure partie du TFA présent dans l’environnement est issue des fluides frigorigènes à base de fluor des climatiseurs et des réfrigérateurs. Libérées dans l’atmosphère, ces substances se transforment en TFA, qui contamine le cycle de l’eau via les précipitations. La seconde source la plus importante de TFA est le processus de dégradation des pesticides.

Le monde politique fait l’autruche

Même s’il reste encore beaucoup d’inconnues sur les conséquences des PFAS, l’omniprésence des polluants éternels suscite une inquiétude croissante chez le public. Le Conseil national s’est saisi du dossier lors d’une session spéciale en septembre dernier, avec un résultat pour le moins curieux: toutes les propositions visant à empêcher la propagation des PFAS ont été rejetées. Les parlementaires ont en revanche accepté de soutenir l’agriculture aux prises avec ces substances. Car, ironie du sort, les paysans sont aujourd’hui les premières victimes des boues d’épuration qu’ils répandaient autrefois sur leurs champs. En août 2024, les autorités saint-galloises ont détecté des PFAS dans les sols et les sources de certaines exploitations du canton. Des valeurs préoccupantes ont été attestées dans la viande de quelques vaches, bœufs et veaux, déclenchant une interdiction de vente. Le Conseil national a alors décidé d’allouer des compensations financières aux agriculteurs dont les produits présentent des concentrations trop élevées de polluants éternels.

KASPAR MEULI est journaliste indépendant.
 

Du nouveau sur les PFAS dans les denrées alimentaires
L’Association des chimistes cantonaux de Suisse a analysé l’année dernière environ 900 denrées alimentaires d’origine animale disponibles sur le marché suisse afin de détecter la présence de PFAS. 30% des produits étaient importés. Il en ressort que les PFAS sont largement répandues et détectables en faibles concentrations dans toutes les catégories (viande, œufs, poisson). La grande majorité des échantillons respectaient les valeurs maximales légales. Sept échantillons dépassaient la valeur limite, parfois de manière significative, indiquant l’existence de hotspots régionaux.
Parallèlement à ces analyses, l’Office fédéral de la sécurité alimentaire et des affaires vétérinaires a examiné 276 produits laitiers. Divers composés PFAS ont été détectés dans tous les produits. Trois d’entre eux dépassaient la valeur indicative de l’UE (il n’existe pas encore de valeurs limites légales pour les produits laitiers en Suisse). La principale source serait les boues d’épuration contaminées qui ont été épandues dans les champs pendant des décennies.
Une étude menée séparément par le Canton de Zoug (2025) a montré que les perches et les brochets du lac de Zoug sont fortement contaminés par les PFAS. Chez les poissons prédateurs, les PFAS s’accumulent via les poissons proies contaminés. Depuis novembre, les brochets et les perches pêchés dans le lac de Zoug ne peuvent plus être vendus comme denrées alimentaires. Le Canton considère que les terrains d’entraînement des pompiers et les anciennes zones industrielles situées à proximité du lac sont à l’origine de ces niveaux élevés de PFAS.
Nicolas Gattlen

Lièvre

«Action Lièvre & Cie» pour un paysage rur­al diversifié

26.02.2019 Agriculture

Une nouvelle politique agricole pour l’environnement, non contre, est nécessaire

Trop de pesticides se retrouvent dans nos rivières et ruisseaux. L’azote produit par des troupeaux de bétail surdimensionnés nuit à nos forêts et nos marais. Les insectes dépérissent et la disparition des espèces se poursuit. Le secteur agricole émet d’importantes quantités de gaz à effet de serre. Le Conseil fédéral a détaillé dans son rapport explicatif, «Consultation relative à la Politique agricole à partir de 2022», comment il comptait résoudre ces problèmes environnementaux. Malheureusement, ses propositions sont loin de régler la situation. Dans leur prise de position, les organisations de défense de l’environnement exigent donc une politique agricole nettement plus ambitieuse.

Le Conseil fédéral constate qu’aucun des 13 objectifs environnementaux définis pour l’agriculture en Suisse n’a été réalisé. C’est ce qui ressort du rapport explicatif publié à l’ouverture de la procédure de consultation sur la Politique agricole à partir de 2022 (PA22+). Ces objectifs figurent dans le rapport d’état 2016 des Offices fédéraux de l’environnement et de l’agriculture sur les objectifs environnementaux pour l’agriculture. Le Conseil fédéral note par ailleurs que cette situation ne changera pas si les conditions-cadre restent les mêmes et que des mesures supplémentaires ne sont pas prises. L’analyse que le Conseil fédéral fait des dommages causés par l’agriculture à l’environnement est correcte. Pourtant, il ne propose aucune mesure efficace pour résoudre les problèmes dans ce domaine. 

«Comme jusqu’à présent, plus de la moitié des paiements directs distribués aux agriculteurs dans le cadre de la nouvelle Politique agricole à partir de 2022 ne sont liés à aucune prestation concrète. C’est inacceptable. Nous exigeons que ces contributions soient utilisées pour des prestations concrètes comme l’encouragement de la diversité des espèces dans les exploitations agricoles», explique Pascal König de BirdLife Suisse.

«Le débat climatique est totalement absent du projet. La Confédération ne prévoit aucune mesure pour abolir les élevages de masse et réduire les cheptels trop importants en Suisse. Ceci bien que le lien entre réchauffement climatique et consommation de viande soit indiscutable», indique Philippe Schenkel de Greenpeace Suisse.

«Les mesures proposées par le Conseil fédéral et pensées comme une contre-proposition à l’initiative pour l’eau potable ne correspondent en aucun cas aux exigences de cette même initiative. Les pesticides les plus nocifs ne doivent plus être autorisés et une taxe incitative sur l’utilisation de ces substances est nécessaire», exige Marcel Liner de Pro Natura.

«Nous voulons des prescriptions claires pour une utilisation efficace des ressources sur les surfaces agricoles. La production de fourrage tel que le maïs sur des terres agricoles est ainsi bien moins efficace que la culture de denrées alimentaires destinées à la consommation humaine, comme le blé ou les pommes de terre», précise Eva Wyss du WWF Suisse.

Le 24 septembre 2017, le peuple suisse s’est prononcé à presque 79% des voix pour une agriculture adaptée, utilisant efficacement les ressources. Pour y parvenir, une législation correspondante est désormais nécessaire dans le cadre de la PA22+.

Interlocuteurs

  • Eva Wyss, spécialiste en agriculture, WWF Suisse, 079 352 09 47, @email
  • François Turrian, directeur romand, BirdLife Suisse, 079 318 77 75, @email
  • Philippe Schenkel, spécialiste en agriculture, Greenpeace Suisse, 078 790 52 84, @email
  • Marcel Liner, responsable politique agricole, Pro Natura, 061 317 92 40, @email

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Info

Communiqué de presse de BirdLife Suisse, Greenpeace Suisse, Pro Natura et WWF Suisse

Moesa
19.05.2025 Eaux

Pesticides: un revirement délétère

Au Parlement, la protection des eaux est remise en question à plusieurs niveaux. Or, les ruisseaux sont fortement chargés en pesticides et les produits de dégradation toxiques menacent depuis des années les nappes phréatiques et l’eau potable.

En 2021, la garantie d’une eau potable propre et l’interdiction des pesticides étaient au cœur de deux initiatives, balayées par le vote populaire. Le camp du non avait alors multiplié les promesses: une loi fédérale garantirait une réduction de 50% des risques liés à l’utilisation de pesticides d’ici à 2027. Des limites strictes seraient fixées pour les pesticides les plus dangereux et les autorisations seraient retirées en cas de dépassement répété de ces limites. 

Cependant, comme l’a révélé un reportage de l’émission Rundschau de la SRF en février dernier, le Parlement et l’administration s’emploient désormais à démanteler les acquis de ces dernières années, pourtant inscrits dans la loi.

Gürbetal Matthias Sorg

Toxiques, mais pas strictement contrôlés

Petit rappel des faits: afin de mieux protéger l’eau potable, mais aussi l’écologie aquatique, le Conseil fédéral a édicté en 2020 des valeurs limites spécifiques pour douze pesticides particulièrement problématiques, dont certaines sont bien inférieures au seuil général de 0,1 microgramme par litre. Onze de ces substances ont été inscrites sur la liste de contrôle de l’Office fédéral de l’environnement (OFEV). Or comme l’a révélé Rundschau, quatre d’entre elles en ont été retirées sous la pression de l’Union suisse des paysans (USP). Parmi celles-ci figurent deux insecticides – la deltaméthrine et la lambda-cyhalothrine – très toxiques pour les organisms aquatiques, ainsi que l’herbicide flufénacet, perturbateur endocrinien avéré, interdit dans l’Union européenne depuis mars de cette année.

La liste complète des substances devrait être inscrite cet été dans la révision de l’ordonnance pour la protection des eaux, pour autant que le Conseil fédéral l’accepte. «S’il ne fixait pas de valeurs limites strictes pour ces substances, ce serait une violation manifeste de la loi sur la protection des eaux», alerte Hans Maurer, expert en droit de l’environnement.

Broye Matthias Sorg

Faciliter les interdictions

Parallèlement, certains parlementaires issus des milieux agricoles cherchent à compliquer davantage le retrait des autorisations depesticides. Aujourd’hui, la loi prévoit qu’un pesticide doit être réexaminé si la valeur limite est dépassée dans 10% des stations de mesure durant deux années sur cinq. Mais une motion du conseiller national Leo Müller (Le Centre, LU), membre du conseil d’administration de la coopérative agricole Fenaco, vise à élever encore ce seuil: pour qu’un contrôle puisse avoir lieu, le dépassement de la valeur limite devrait concerner 20 % des stations de mesure durant quatre années sur cinq.

Selon Leo Müller, cette motion soutiendrait l’agriculture qui manque de pesticides: de nombreux groupes de substances actives ont en effet été interdits ces dernières années et très peu de nouveaux produits ont été homologués. Faut-il rappeler que tous les retraits effectués en Suisse jusqu’ici concernent des substances qui ont été interdites dans l’UE? En recommandant d’accepter la motion Müller, comme il l’a fait en mars dernier, le Conseil fédéral fait cavalier seul.

Broye Matthias Sorg

Les eaux souterraines pas assez protégées

Le constat est également préoccupant en ce qui concerne les eaux souterraines. Depuis 1998, la loi impose la délimitation d’aires d’alimentation pour les captages d’eau potable contaminés par des polluants, pour lesquels l’exploitation doit être adaptée. Pourtant, malgré cette base légale et les nombreux dépassements des seuils de nitrates et des produits de dégradation des pesticides parmi les 18’000 captages d’eau souterraine, aucun canton n’a encore défini les mesures nécessaires. Seuls quelques accords isolés ont été conclus avec des agriculteurs, prévoyant une réduction de l’usage des intrants contre indemnisation. Une motion de l’ancien conseiller aux États Roberto Zanetti (socialiste, SO), adoptée par le Parlement en 2021, est pour l’heure restée lettre morte: elle demande que les cantons déterminent, d’ici à 2035, les aires d’alimentation de tous les captages d’eau souterraine d’intérêt régional.

Silberreiher Claudio Büttler

Aujourd’hui, près de 50% des captages en zones de grandes cultures sont donc excessivement pollués par les nitrates et 60% par les métabolites. L’acide trifluoroacétique (TFA) est particulièrement préoccupant. Il est soupçonné de nuire à la fertilité ou au développement des fœtus. L’OFEV considère pourtant ce produit de synthèse persistant comme le plus répandu dans les nappes phréatiques. On trouve des concentrations élevées de TFA dans les zones de grandes cultures où le fongicide flufénacet est utilisé.

Les produits de dégradation du fongicide chlorothalonil sont également très répandus dans les eaux souterraines du Plateau. Interdit depuis 2020 en raison de son classement comme substance «potentiellement cancérigène», le chlorothalonil laisse des résidus stables qui continueront probablement de polluer sols et nappes pendant des décennies. Près d’un million de ménages suisses boivent encore de l’eau potable contaminée, quatre ans après l’interdiction.

Des eaux fortement polluées
Des chercheurs de l’Eawag ont étudié l’impact du «Plan d’action produits phytosanitaires» sur la concentration de pesticides dans les cours d’eau adopté par le Conseil fédéral en 2017. Le nombre de sites respectant l’ensemble des valeurs limites n’a guère évolué entre 2019 et 2022. En 2022, les limites en matière de pesticides ont été dépassées sur 22 des 36 sites analysés, ce qui correspond à une proportion de 61%. Les ruisseaux de petite et moyenne taille étaient particulièrement touchés. Selon le rapport, l’objectif intermédiaire du plan d’action – réduire de moitié, d’ici à 2027, la longueur des tronçons de cours d’eau suisses où les valeurs limites de pesticides sont dépassées – ne pourra pas être atteint.

Eisvogel Claudio Büttler

Guérir plutôt que prévenir

Face à cette situation, de nombreux distributeurs d’eau doivent assumer des coûts importants. L’entreprise Seeländische Wasserversorgung SWG, par exemple, a dû fermer son captage d’eau potable de Worben il y a cinq ans à cause de la pollution de la nappe phréatique, et installe aujourd’hui une nouvelle station de filtrage.

Montant de l’opération: deux millions de francs, ainsi que 250’000 francs de frais d’exploitation annuels. «Nous envisageons une action en responsabilité», confie le directeur de SWG Roman Wiget, «non pas contre les agriculteurs, mais contre le service d’homologation de la Confédération». L’Office fédéral de la sécurité alimentaire et des affaires vétérinaires (OSAV), responsable des homologations depuis 2022, renvoie à un récent rapport du Conseil fédéral sur la présence de chlorothalonil dans l’eau potable. Selon ce document, les distributeurs d’eau sont tenus de prendre des mesures d’assainissement et d’en supporter le coût.

Seeland Matthias Sorg

«On ne tire aucune leçon du passé», déplore Roman Wiget. Ce qui l’irrite particulièrement, c’est qu’un pesticide ne soit soumis à une interdiction que lorsque sa toxicité (effets nocifs) est avérée, en plus de critères comme sa persistance (il ne se dégrade que lentement) et sa mobilité (il se propage aisément). Or, de nombreux cas ont montré que la toxicité des substances actives et de leurs métabolites était systématiquement sous-estimée. «Cela a permis d’autoriser de nombreux pesticides dangereux qui, en raison de leur persistance et de leur mobilité, parviennent jusque dans les nappes phréatiques et contaminent désormais notre eau potable.» 

Roman Wiget ajoute qu’on ignore les effets combinés des différentes substances. «Les risques ne peuvent pas être correctement évalués ni maîtrisés. C’est pourquoi, comme fournisseurs d’eau,nous demandons depuis longtemps que la persistance et la mobilité suffisent à justifier une interdiction d’homologation. Cela permettrait enfin de respecter le principe de précaution inscrit dans la loi.»

NICOLAS GATTLEN, reporter pour le Magazine Pro Natura

Seeland Matthias Sorg

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Info

Cet article a été publié dans le Magazine Pro Natura.

Le Magazine Pro Natura vous dévoile les petites merveilles de la nature, vous informe au sujet de gros projets et vous présente des personnalités captivantes. Il porte un éclairage sur les dessous des décisions politiques et révèle où, comment et pourquoi Pro Natura lutte pour la nature. Tous les membres Pro Natura le reçoivent cinq fois par an.

Blé
07.01.2025 Agriculture

«La machine ne remplace pas le paysan»

Il arrive que les technologies intelligentes s’invitent dans les exploitations agricoles, comme le montre une visite à la Swiss Future Farm. Pourtant, pour progresser vers une agriculture durable et respectueuse de la nature, d’autres approches restent nécessaires.

La Swiss Future Farm (SFF) à Tänikon (TG) n’a rien d’une ferme de science-fiction, bien que de nouvelles technologies intelligentes y soient expérimentées. «Celles que nous utilisons sont avant tout axées sur la pratique et disponibles sur le marché», explique Florian Bachmann. Il travaille pour le Centre de formation professionnelle d’Arenenberg, qui exploite la SFF depuis 2017. Roman Gambirasio, responsable technique à la SFF et représentant de GVS Agrar AG, l’une des entreprises partenaires du projet (lire encadré), ajoute: «Nous avons environ cinq à sept ans d’avance sur l’agriculture conventionnelle en termes de technologie.»

Illustration einer mechanischen Vogelscheuche Isabelle Bühler
Illustration d'Isabelle Bühler

En effet, le «smart farming» est déjà utilisé dans de nombreuses fermes, notamment via des programmes de gestion ou des robots de traite. «En revanche, il est plus complexe d’appliquer ces technologies aux cultures en champs, ce qui est précisément notre objectif à la SFF», précise Roman Gambirasio. «L’irrigation et la fertilisation sont utilisées pour améliorer l’approvisionnement en eau et la nature du sol. En optimisant ces méthodes, un agriculteur peut atteindre 90 à 95% du rendement maximum du champ. La technologie permet alors de grappiller les derniers pourcentages.» Mais ces avancées valent-elles l’investissement? Roman Gambirasio nuance: «Sur 2000 hectares, on peut économiser plusieurs milliers de francs en engrais. Mais sur une exploitation suisse moyenne de 20 hectares, cela représente à peine 200 francs, pour des équipements coûtant des dizaines de milliers de francs.» L’intérêt économique est donc limité. Sur le plan écologique, en revanche, les gains sont significatifs: «Un épandage plus précis, une réduction des engrais ou une diminution de 50 à 90% des herbicides sont bénéfiques à la nature», souligne Florian Bachmann.

Fertilisation ciblée selon les zones

Le projet «Smart-N» illustre par exemple comment la technologie permet de réduire les apports d’engrais. Basé sur des photos satellites, il calcule le potentiel de production du sol, ainsi qu’un indice de végétation. «Les photos révèlent l’état nutritionnel de la plante. Plus son apport en azote est bon, plus sa couleur verte est intense. On s’aperçoit que les plantes ne poussent pas uniformément, car le potentiel du sol varie. Avec ces données, nous pouvons fertiliser de manière plus ciblée.» C’est un tracteur équipé d’un GPS qui se charge du travail, en s’autolocalisant dans le champ et en se basant sur une carte générée par l’image satellite pour la fertilisation. «Mais c’est toujours l’agriculteur qui décide où, comment et quand intervenir. La machine ne remplace pas le paysan.»

Après trois ans d’expérimentation, les résultats montrent que «l’excédent d’azote a pu être réduit d’environ 20% par rapport à une fertilisation classique». Selon les années et les parcelles, des économies supplémentaires en engrais sont possibles, «mais sans réel impact financier pour nos petites exploitations». Par ailleurs, il existe des limites techniques: les jours nuageux, il est impossible d’obtenir des images satellites et le sol peut être impraticable à cause de l’humidité ou manquer d’eau pour dissoudre l’engrais.

Réduction du travail du sol

Pour économiser les herbicides, la SFF expérimente aussi le travail réduit du sol. Au lieu de semer les céréales de manière traditionelle sur toute la surface avec un espacement de 15 centimètres entre les rangées, elles sont semées tous les 50 centimètres sur une double rangée, les espaces intermédiaires étant laissés en jachère. «Nous travaillons le sol et pulvérisons les herbicides uniquement là où se trouvent les semences», explique Roman Gambirasio.

«Entre les rangées, les mauvaises herbes sont éliminées mécaniquement. Cela préserve le sol et permet d’économiser jusqu’à 50% d’herbicides.» Mais là encore, les conditions météo influencent les résultats. «En 2024, l’humidité a rendu le désherbage mécanique difficile. Si les mauvaises herbes ne sont pas éliminées mécaniquement, elles sont aussi pulvérisées d’herbicides, mais en quantité insuffisante pour mourir: elles risquent donc de développer une résistance.»

Lasers, drones et autres innovations

À la SFF, on touche tout de même du doigt la science-fiction. Des drones survolent les champs, par exemple pour répandre des granulés anti-limaces. D’autres usages sont à l’étude. «Par ailleurs des lasers sont utilisés pour brûler les mauvaises herbes», ajoute Florian Bachmann. Toutefois, cette technique n’est efficace que sur de très jeunes plantes. Une fois les plantes trop grandes, il est plus rapide de les arracher à la main.

Si les nouvelles technologies fonctionnent avec les plantes, elles restent plus limitées pour la gestion des insectes. Roman Gambirasio évoque toutefois des avancées dans le monitoring. «Des capteurs mesurant des paramètres clés comme l’humidité, la température, la durée d’ensoleillement, etc., pourraient prédire l’apparition d’un ravageur et permettre des interventions préventives. Mais ces technologies ne verront probablement le jour que dans vingt ans. Pour les maladies fongiques, en revanche, les modèles de prévision sont déjà bien plus avancés.»

BETTINA EPPER, rédactrice pour le Magazine Pro Natura.

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Cet article a été publié dans le Magazine Pro Natura.

Le Magazine Pro Natura vous dévoile les petites merveilles de la nature, vous informe au sujet de gros projets et vous présente des personnalités captivantes. Il porte un éclairage sur les dessous des décisions politiques et révèle où, comment et pourquoi Pro Natura lutte pour la nature. Tous les membres Pro Natura le reçoivent cinq fois par an.

Plantage
07.01.2025 Affaires internationales

«Les plantations ne sont pas des forêts!»

Pro Natura n’agit pas uniquement pour la protection de la nature en Suisse. Par son engagement au sein des Amis de la Terre, elle contribue aussi à la conservation de la biodiversité tout autour de la planète, en soutenant par exemple les populations locales dans leur résistance au modèle agro-industriel.

Au Ghana comme dans de nombreuses régions du Sud, les populations locales luttent contre la destruction des forêts et l’accaparement de leurs terres, transformées notamment en immenses plantations de palmiers à huile, avec des conséquences désastreuses tant au niveau social qu’environnemental.

Eine Frau trägt ein T-Shirt mit dem Slogan «Plantations are not forests!»
«Plantations are not forests!»

C’est par ce cri du cœur, imprimé sur des t-shirts, que Friends of the Earth Ghana exprime son engagement contre les plantations en monoculture dont souffrent tant de communautés de ce pays.

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Membre du réseau Amis de la Terre International, Pro Natura soutient depuis 2016, en collaboration avec l’organisation suisse de développement EPER – Pain pour le prochain, des projets visant à renforcer la résistance au modèle agro-industriel non seulement au Ghana, mais aussi dans d’autres pays d’Afrique de l’Ouest ainsi qu’au Honduras et en Malaisie.

«L’un des axes de travail se situe à un niveau très local et consiste à aider les communautés directement concernées à défendre leurs droits et à mettre en œuvre des pratiques agro-écologiques», explique Bertrand Sansonnens, chef de projet Politique et affaires internationales à Pro Natura.

Des communautés bafouées

Lui-même s’est rendu au Ghana en 2022 dans le cadre du projet mis en œuvre par la coordination africaine des Amis de la Terre. Là-bas, il a eu l’occasion de rencontrer les habitantes et habitants du petit village d’Abo-Abo, dont la vie a radicalement changé depuis l’établissement de la plantation d’Okumaning par la Ghana Oil Palm Development Company (GOPDC), détenue majoritairement par la multinationale belge SIAT. «SIAT fait partie des cinq grandes entreprises qui contrôlent à elles seules 75% des plantations de palmiers à huile en Afrique», souligne Bertrand Sansonnens.

Un constat que viennent corroborer les témoignages qu’il a recueillis à Abo-Abo: à force de promesses, de nombreuses paysannes et paysans ont finalement accepté que la GOPDC utilise leurs terres, mais peu ont reçu les compensations financières prévues dans les contrats pour compenser l’absence de récoltes. «Avec l’aide de FoE Ghana, l’affaire a été portée devant les tribunaux, mais le verdict n’a toujours pas été rendu, après des années d’attente.» Trois villages des alentours ont été détruits, leur population expulsée et les écoles fermées. «Les chômeurs sont nombreux et la consommation de drogues et d’alcool fait des ravages parmi la jeunesse. Beaucoup regrettent le temps où la culture du manioc, de plantains, d’ignames, de cacao et même de palmiers à huile pour la production locale leur rapportait assez de revenus pour mener une vie digne.»

Drei Kinder auf einem Laster Bertrand Sansonnens
Au Ghana, le palmier à huile était cultivé par les locaux bien avant la colonisation.

Résistance à l’agro-business

Force est de constater que la vie d’un tel projet est semée d’embûches. «Le Covid en particulier n’a pas aidé, limitant le travail sur le terrain», relève Bertrand Sansonnens. «En revanche, la collaboration entre les organisations locales s’est accentuée. Avant ma visite dans les plantations, j’ai pu prendre part au Forum communautaire de résistance aux monocultures, organisé par le réseau africain pour échanger les expériences et renforcer la mobilisation.» Forts de ce bagage et de celui des autres pays impliqués, les Amis de la Terre ont pu également mettre en avant les responsabilités de l’agro-business sur la scène internationale, notamment lors de la Conférence des Nations Unies sur la biodiversité en 2022 à Montréal (COP15).

Eine Gruppe Frauen mit Plakaten Bertrand Sansonnens

Mais le combat est loin d’être gagné. «Une nouvelle phase de ce programme est en cours d’élaboration. Elle visera à systématiser les expériences régionales pour une lutte mondiale contre les multiples facteurs qui menacent de plus en plus les forêts et les terres communautaires.» Bertrand Sansonnens précise aussi que le projet s’inscrit parfaitement dans la stratégie globale des Amis de la Terre, à savoir la transformation du système dominant actuel vers des sociétés soutenables sur le plan environnemental et socialement justes. «La responsabilité de nos sociétés riches du Nord est écrasante: nous devons évoluer vers plus de sobriété, tout en contrôlant les agissements des entreprises multinationales qui provoquent la surconsommation et en profitent.»

TANIA ARAMAN, rédactrice du Magazine Pro Natura

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