Progetti
«Ensemble, nous avons pu être très efficaces»
Magazine Pro Natura: que vous a apporté votre engagement à «Pro Biotope»?
Tonia Estermann: j’en ai beaucoup profité, aussi sur le plan humain et sur celui de la motivation.
Sur le plan humain, de quelle façon?
Nous étions six professionnel·les et deux stagiaires. Nous ne nous connaissions pas et nous avons vécu et travaillé ensemble durant treize semaines. Cette expérience nous a permis de réaliser tout ce que nous pouvions faire en si peu de temps en agissant ensemble. Cela donne confiance, aussi pour l’avenir.
On ne peut réaliser certaines choses qu’en unissant nos efforts?
Oui, et surtout parce que nous n’avions pas toutes et tous le même parcours. Nous étions deux de formation agricole, deux autres étaient forestiers-bûcherons et deux paysagistes. Ces métiers sont proches, mais chacun a ses spécificités.
Comment l’avez-vous constaté lors de vos interventions?
Nous abordions la même tâche un peu différemment. Pour les forestiers, il était par exemple important qu’une lisière soit étagée. Je trouve ça beau, bien sûr, mais je me suis demandé si ce n’était pas trop compliqué pour l’agriculteur qui doit ensuite exploiter le pré. Chacun·e est venu·e avec sa perspective et nous avons réalisé le travail ensemble.
Qu’avez-vous fait précisément durant votre engagement?
Nous avons surtout débroussaillé et fauché des prairies sèches. Nous sommes aussi brièvement intervenus dans des bas-marais et avons construit des murs de pierres sèches.
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Cet article a été publié dans le Magazine Pro Natura.
Le Magazine Pro Natura vous dévoile les petites merveilles de la nature, vous informe au sujet de gros projets et vous présente des personnalités captivantes. Il porte un éclairage sur les dessous des décisions politiques et révèle où, comment et pourquoi Pro Natura lutte pour la nature. Tous les membres Pro Natura le reçoivent cinq fois par an.
Tout le monde a tout fait?
En principe oui, mais bien sûr, quand il fallait abattre des grands arbres, ce sont les forestiers-bûcherons qui s’en sont occupé. Les jardiniers-paysagistes avaient plus d’expérience pour les murs de pierres sèches et nous, les agricultrices, en matière de fauchage.
Un moment fort?
Difficile à dire… Cela m’a fait découvrir des endroits où je ne serais jamais allée autrement. Nous étions presque chaque semaine ailleurs. Nous avions congé le week-end et le dimanche, nous allions découvrir de nouveaux endroits. C’était aussi magnifique de sentir chaque jour l’air de la montagne. Je recommanderais à tout le monde de faire cette expérience après un apprentissage. Cela permet à de nouvelles idées d’émerger.
Quelles idées avez-vous eues?
Je vais passer l’été prochain sur un alpage. C’est un vieux rêve qui va se réaliser.
Et ensuite?
Je n’ai pas encore de projets concrets, mais j’aimerais beaucoup travailler dans une ferme.
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La réglementation en matière de broyage des végétaux menace la biodiversité dans les régions alpines
Pro Natura approuve une grande partie des modifications du nouveau train d’ordonnances agricoles 2023. Cependant, «à l’heure où la biodiversité est en crise, la réglementation proposée en matière de broyage des végétaux dans les zones d’estivage constitue un retour en arrière inacceptable et doit être rejetée», martèle Marcel Liner, expert en politique agricole chez Pro Natura.
Absence de base scientifique
Les machines à broyer modernes se présentent comme des tondeuses à gazon surdimensionnées ou sont traînées par des tracteurs. Leur passage ravage les sols fragiles des pâturages de montagne, jusqu’ici largement préservés. Les photos des terrains où la végétation a été broyée révèlent l’impact désastreux d’une utilisation inadaptée de ces machines sur de larges surfaces: des sols éventrés et des arbustes nains déchiquetés dans des alpages qui étaient proches de l’état naturel. «Au-delà de l’aspect inesthétique, qui nuit au tourisme, ce procédé est fortement dommageable pour la biodiversité et les sols», critique Marcel Liner. Il manque par exemple dans le projet de l’Office fédéral de l’agriculture (OFAG) des études scientifiques sur les conséquences de ces pratiques pour les populations d’insectes, déjà grandement menacées dans l’arc alpin.
Charge administrative supplémentaire
«En présentant ce projet inabouti de broyage des végétaux dans les zones d’estivages, l’OFAG cède à la pression de quelques cantons», déplore Marcel Liner. La distinction prévue entre entretien des pâturages et débroussaillage n’est guère applicable dans la pratique. Elle ne fera que compliquer la tâche des administrations cantonales. Pour Pro Natura, il convient en premier lieu de protéger les pâturages alpins contre l’embroussaillement et l’enfrichement. «C’est ce que prévoit déjà l’ordonnance sur les paiements directs», rappelle l’expert. «La tendance à des exploitations toujours plus grandes et moins nombreuses entraîne un déficit de main-d’œuvre, moins de biodiversité et une diminution des cheptels de chèvres et de bovins adaptés à la montagne.»
Des concepts régionaux pour les Alpes
L’utilisation de machines ne peut être l’unique solution aux défis globaux que doit relever l’économie alpestre. Il faut élaborer des concepts régionaux pour identifier les alpages qui pourront continuer à être pâturés ces prochaines décennies, ceux où les animaux sont présents en suffisance et ceux dont il vaut mieux abandonner l’exploitation. Pro Natura s’oppose pour cette raison à la nouvelle réglementation de l’OFAG en matière de broyage des végétaux. L’expert agricole Liner souligne: «Nous avons d’abord besoin d’une discussion de fond sur l’avenir de l’économie alpestre.»
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Communiqué de presse sur la réponse à la consultation sur le train d’ordonnances agricoles 2023
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Photo de presse zone d’estivage broyéeAller aux toilettes dans la nature
Que vous vous lanciez dans une randonnée, un tour en camping-car ou une excursion en famille dans une réserve naturelle, les expéditions dans la nature sont bonnes pour le moral et renforcent notre lien avec l’environnement. Le soleil brille, vous respirez le bon air de la forêt et vous vous promenez d’un point A à un point B. Après quelques kilomètres, vous avez besoin d’aller aux toilettes. Dans tous les cas, la meilleure solution reste de se rendre dans de vraies toilettes. Mais parfois, il est impossible d’attendre plus longtemps et il faut se soulager dans la nature. Qu’est-ce que cela implique pour l’environnement et comment faire ses besoins en ayant le moins d’impact possible?
Scène de crime: urine, excréments et tas de papier toilette
Bien que le fait de se soulager soit un processus naturel, les excréments humains polluent la nature. L’urine peut contenir des traces de médicaments, d’hormones et d’additifs alimentaires. En outre, elle présente une forte teneur en azote et perturbe donc l’équilibre des plantes. Les excréments contiennent également des substances nocives. Pour simplifier, on trouve dans les excréments toutes les substances que le corps humain ne peut pas digérer. Ils peuvent donc contenir des virus, des bactéries et des parasites.
Cela devient problématique surtout lorsque des germes pathogènes pénètrent dans des secteurs où ils sont normalement absents. Les excréments ne laissent pas seulement des traces visibles, ils contaminent également le sol et l’eau. Si les germes pathogènes parviennent dans un cours d’eau, ils peuvent se propager très rapidement et continuer à prospérer. C’est dangereux et cela peut rendre les animaux malades.
L’urine s’infiltre dans le sol. Ce qui reste, c’est le mouchoir ou le papier toilette qui a été utilisé pour s’essuyer. Les tas de papier toilette ne sont pas très jolis à voir et, malheureusement, ils ne disparaissent pas si rapidement. Il faut environ un an pour qu’un mouchoir en papier se décompose complètement. Le tableau suivant donne un aperçu de la durée de décomposition de différents déchets.
Comparaison des temps de décomposition:
Remarques
- Mouchoir en papier: le papier toilette se décompose plus rapidement.
- Peau de banane ou d’orange: entraîne souvent la dissémination de pesticides.
- Mégot de cigarette: dissémination de produits chimiques et de matériaux lourds.
- Bouteille en PET/Plastique: ne se dégrade pratiquement pas, se désintègre en microparticules de plus en plus fines et reste donc dans l’environnement.
Le papier toilette est certes plus adapté que les mouchoirs en papier, mais il reste visible pendant un certain temps, ce qui est particulièrement problématique quand un site est visité par de nombreux randonneurs et que tous laissent leurs papiers par terre.
Protégez les animaux et les milieux naturels. Respectez quelques règles simples quand vous allez aux toilettes dans la nature.
Besoin d’aller aux toilettes dans la nature: comment faire?
Trouvez les toilettes les plus proches:
Évitez d’aller aux toilettes dans la nature. Utilisez les toilettes publiques dans les gares et les stations de bus, dans les restaurants et les refuges de montagne ou dans les centres nature. Des applications comme «The Toilet Map» ou «Bathroom Scout» vous aident à trouver des toilettes à proximité. Le mieux est de vous renseigner à l’avance sur l’emplacement des toilettes sur l’itinéraire prévu.
Faire pipi et caca dans la nature:
1. Préparatifs:
Avec le bon matériel, vous serez bien équipé·e pour aller aux toilettes dans la nature.
Pour faire pipi:
- Sachets en plastique refermables
- Papier toilette ou pee rag
- Produit désinfectant
Pour la grosse commission:
- même principe que ci-dessus
- petite pelle
- bidet de voyage pour les longues randonnées
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Nathalie Leutenegger
Infobox: Pee rag
Comme alternative au papier toilette, vous pouvez utiliser un pee rag, en français un «chiffon à pipi». Attention, celui-ci ne convient que pour s’essuyer après avoir fait pipi. Après utilisation, laissez sécher le chiffon au soleil. Lavez le pee rag chez vous dans la machine à laver.
2. Choisir un emplacement:
Pour protéger l’environnement: éloignez-vous d’au moins 70 mètres des ruisseaux, des rives des lacs et des sentiers de randonnée. Respectez toutefois l’interdiction de circuler dans les zones protégées. Lorsque vous allez aux toilettes, évitez de pénétrer dans des milieux naturels sensibles comme les marais.
Pour votre protection personnelle: faites attention aux nids de bourdons, aux fourmilières et aux feuilles d’orties.
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Nathalie Leutenegger
3. Pipi «sauvage»:
Si vous utilisez du papier toilette, emportez le papier usagé dans un sac refermable et jetez-le chez vous. Mais vous pouvez aussi remplacer le papier toilette:
- Utilisez un pee rag.
- Utilisez de grandes feuilles douces.
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Nathalie Leutenegger
4. Si vous devez faire caca:
- Creusez un petit trou d’environ 10 à 15 cm de profondeur. Pour ce faire, utilisez une petite pelle ou bêche pliante. Si vous n’avez pas ces outils sur vous, vous pouvez aussi vous servir d’une branche.
- Faites vos besoins dans le trou.
- Si vous utilisez du papier toilette pour vous essuyer, emportez-le dans le sac en plastique que vous aurez apporté. Vous pouvez également utiliser un bidet mobile. Vous pourrez ainsi vous laver les mains après avoir fait vos besoins.
- Recouvrez le trou avec de la terre, des pierres ou de la neige.
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Nathalie Leutenegger
Ces conseils simples vous permettront de limiter un peu la pollution de la nature. Nous maintenons néanmoins notre recommandation: il vaut mieux se rendre dans les toilettes les plus proches. Nous avons encore un dernier conseil à vous donner. Si vous partez plusieurs jours et que vous souhaitez compléter votre équipement, nous vous recommandons un bidet de voyage. Vous pourrez l’utiliser pour vous laver après avoir fait vos besoins. Vous pouvez bricoler vous-même votre bidet de voyage en suivant les instructions suivantes:
Bidet de voyage:
Il vous faut:
- Une bouteille en PET usagée
- Un couteau tranchant
- Une petite lime
- Enlevez les bandelettes de fixation qui dépassent et la rondelle souple à l’intérieur du bouchon.
- Taillez une petite ouverture sur la partie supérieure du bouchon. L’ouverture ne doit pas être trop grande, car il faut pouvoir produire un jet ciblé même avec une faible pression. Il est préférable de tester l’ouverture progressivement à mesure qu’on effectue la découpe.
- Polissez les bords saillants avec la petite lime.
- Dans l’idéal, emportez toujours un deuxième couvercle intact. Vous pourrez ainsi fermer la bouteille et continuer à transporter l’eau restante.
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Nathalie Leutenegger
Alpages à moutons : Pro Natura en faveur d’une stratégie globale
Crise climatique, manque de main-d’œuvre et présence du loup mettent le pastoralisme alpin à rude épreuve. Chaque année, le nombre d’alpages recule de 2% et des centaines d’hectares de pâturage sont abandonnés. Les alpages ovins qui accueillent moins de 50 animaux sont les premiers à jeter l’éponge. Les causes sont multiples : sites isolés et peu accessibles, infrastructures vétustes, absence de repreneur, disette de personnel et de moyens financiers. Dans le même temps, les grandes exploitations alpestres se tournent de plus en plus vers un élevage intensif. Le cheptel ovin en estive n’a pas donc pratiquement pas diminué ces dernières années, malgré la disparition d’un certain nombre d’alpages.
Améliorer la qualité des données
Les alpages bovins rencontrent également d’autres problèmes : la pénurie d’eau oblige des fromageries de montagne à mettre la clé sous la porte. « Pourtant, de tels alpages se prêteraient en partie à la pâture par les moutons, avec de bonnes conditions de protection des troupeaux », note Sara Wehrli, responsable Grands prédateurs chez Pro Natura. La biodiversité souffre doublement de la désaffectation des alpages et de l’intensification de l’élevage : « D’un côté, de vastes surfaces de pâturage à moutons sont laissées en friche, cruciales pour la protection de la nature, et ceci malgré les contributions d’estivage », déplore Marcel Liner, responsable des dossiers de politique agricole chez Pro Natura. « De l’autre, on mise sur les races bovines à haut rendement et le fourrage concentré, ce qui entraîne une surfertilisation des sols. En outre, la construction de routes d’accès endommage les milieux naturels et la biodiversité. »
Les interdictions de pacage dans les zones sensibles sont-elles respectées ? Impossible de le savoir, la Confédération et les cantons manquent de données à ce sujet. Selon Marcel Liner, « les subventions profitent actuellement aussi à des exploitations qui nuisent à la diversité des espèces ». Les cantons doivent impérativement améliorer la qualité des informations disponibles sur ce point.
Repenser l’estivage ovin
Pour Pro Natura, le temps est venu d’une discussion entre les éleveurs, la Confédération, les cantons et les organisations de protection de l’environnement. Il s’agit de déterminer les alpages à conserver en priorité et d’accorder des subsides à ceux qui s’engagent clairement à protéger les espèces, les biotopes et le paysage. Le pacage des moutons ne favorise pas partout la biodiversité. Au-dessus de la limite des arbres, il a souvent un impact négatif sur des milieux qui ne sont pas naturellement sujets à l’embroussaillement. Cela concerne près de 40% des surfaces d’estivage de Suisse. Les animaux de rente y évincent les herbivores sauvages et leur transmettent des maladies.
L’avenir du pastoralisme alpin passe par des concepts régionaux qui intègrent tous les points de vue. La désaffectation de certains alpages n’est pas un tabou. Pour cela, la Confédération pourrait soutenir financièrement les éleveurs dans l'élaboration de concepts de protection individuels. « Nous devons préserver l’estivage des moutons sur les surfaces et avec les races qui font sens d’un point de vue écologique, agricole et social », souligne Sara Wehrli. Où et comment, c’est ce que tous les acteurs doivent décider ensemble.
Contacts:
- Sarah Pearson Perret, Directrice romande, @email, 079 688 72 24
- Leo Richard, responsable médias, @email, 079 378 37 11
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Photo de la région d’alpage © Matthias SorgLe loup et la biodiversité dans les Alpes suisses: une mise en perspective
Le retour du loup en Suisse suscite des débats controversés, en particulier dans l’espace alpin. Les dommages causés aux animaux de rente et la protection des troupeaux font débat. En outre, les milieux critiques à l’égard du loup défendent une nouvelle thèse: le retour du loup nuirait à la biodiversité dans les Alpes, car il rendrait impossible l’estivage d’animaux de rente et, partant, une exploitation des alpages favorable à la biodiversité. Cependant, aucune étude scientifique ne vient étayer cette affirmation. Pro Natura estime en outre qu’il est contre-productif d’opposer un aspect de la biodiversité à un autre. Nous ne pouvons pas mettre en avant les pâturages extensifs, leur flore et leur faune au détriment du loup et de son rôle écologique. Pro Natura apporte son éclairage sur cette thématique complexe.
Les Alpes ont toujours été un espace naturel et cultivé dynamique et changeant. Il n’existe pas de paysage rural alpin unique et pérenne. Les prairies et pâturages riches en espèces qui subsistent encore aujourd’hui dans l’espace alpin ne constituent qu’une toute petite partie des surfaces présentes dans notre pays au XIXe siècle. Parallèlement, de nombreux alpages sont aujourd’hui surfertilisés, surexploités et monotones en termes d’espèces animales et végétales. Il convient donc de préserver les sites extensifs riches en espèces qui subsistent et de les exploiter de manière adaptée. Ils constituent en effet des refuges importants pour des espèces animales et végétales rares.
Aujourd’hui, il faut en Suisse davantage de surfaces où la nature puisse se développer (plus) librement, y compris dans les Alpes, afin de préserver sa biodiversité à long terme. Le loup réintroduit une dynamique importante dans les forêts de montagne caractérisées par des populations (trop) importantes de gibier et pourrait ainsi indirectement favoriser le rajeunissement des forêts. Il fait lui-même partie de la biodiversité indigène. Or, bien que les populations alpines de loups (notamment en Suisse, en Bavière et en Autriche) n’aient pas encore atteint un état de conservation favorable, on intervient déjà massivement sur elles par des tirs. Quand il est question du rôle écologique du loup, dans le rajeunissement des forêts notamment, ce sont les loups vivant dans notre pays qui sont importants, et non les grandes populations de loups en Roumanie ou au Canada, auxquelles les opposants au loup aiment se référer. Il est important que la Suisse apporte sa contribution pour qu’une population saine de loups alpins puisse remplir sa fonction écologique pour les populations de gibier et les forêts locales.
La forme d’exploitation que constituent les pâturages d’estivage extensifs avait enregistré un fort déclin dans les Alpes bien avant le retour du loup. Il y a plusieurs raisons à cela:
- Changement démographique (migration vers les villes, mobilité et diversité des perspectives de travail pour les jeunes professionnel·les);
- Concurrence des prix sur les marchés mondiaux et baisse du prix des denrées alimentaires;
- Manque de personnel qualifié et d’infrastructures (p. ex. cabanes pour les gardien·nes de troupeaux, fontaines, chemins);
- Élevage de petit bétail à titre purement accessoire.
C’est ainsi que la mise en pâture de surfaces exigeantes et demandant beaucoup de travail, typiques des Alpes, n’a plus été assez rentable et qu’elle a donc été abandonnée. Des études scientifiques démontrent que les alpages à petit bétail sont abandonnés pour de nombreuses raisons et que la présence du loup ne joue pas un rôle déterminant dans ce processus (1).
(1) Mink, S., Longinova, D., & Mann, S. (2023): Wolves’ contribution to structural change in grazing systems among swiss alpine summer farms: The evidence from causal random forest. In: Journal of Agricultural Economics, 00, 1-17.
Toutes les formes de pacage ne sont pas favorables à la biodiversité. Différents facteurs doivent être réunis pour que la mise en pâture d’une surface soit bénéfique à la biodiversité:
- Type et race d’animaux de rente par rapport aux facteurs environnementaux (pente, sol, climat, objectifs d’entretien);
- Nombre d’animaux de rente par surface;
- Pacage au-dessus ou au-dessous de la limite de la forêt;
- Durée du pacage et gestion du troupeau.
Seules quelques races de moutons conviennent, par exemple, pour juguler l’embroussaillement. Pour garantir une exploitation régulière de la surface, les moutons doivent changer régulièrement d’enclos. Au-dessus de la limite de la forêt, où la majorité des moutons sont estivés, il n’y a pas de forêt contre laquelle le pacage permettrait de lutter. Là où paissent des troupeaux d’animaux de rente, il n’y a souvent plus guère de place ou de nourriture pour les chamois, les bouquetins ou les cerfs. De plus, certaines maladies peuvent se propager des animaux de rente aux animaux sauvages. Les troupeaux doivent être surveillés pour éviter qu’ils ne gagnent la forêt ou les moraines et n’évincent les animaux sauvages.
Les forêts de montagne ne sont pas en soi «denses et pauvres en espèces» ou de moindre valeur écologique que les pâturages extensifs. Selon leur stade de développement, les forêts présentent des compositions d’espèces différentes et passent par des stades présentant une plus ou moins grande biodiversité. Il convient en outre de considérer l’ensemble du spectre de la biodiversité (y compris les organismes vivant dans le sol, les champignons) et de ne pas raisonner uniquement avec quelques espèces emblématiques chères à la protection de la nature. Des concepts globaux à l’échelle régionale pour l’estivage pourraient aider à décider quels alpages doivent être conservés en priorité et dans quelles zones l’abandon de l’exploitation et le reboisement peuvent être tolérés. Malheureusement, cette planification globale n’est guère avancée dans les cantons.
Comme l’ont démontré des études menées dans le Parc national suisse, les cerfs élaphes, plus particulièrement, assument la fonction d’animaux de rente par leur comportement de pâturage et préservent les surfaces riches en espèces de l’embroussaillement.
Quelques surfaces limitées dans l’espace sont concernées par un potentiel conflit d’objectif entre pacage extensif à des fins de protection de la nature et retour du loup. Il s’agit des petits pâturages de montagne escarpés situés en dessous de la limite de la forêt, qui sont parfois difficiles à protéger. On ne peut pas transposer les conflits d’intérêts liés à ces situations très spécifiques à l’ensemble de la région d’estivage. Si l’on veut protéger et préserver les pâturages visant à favoriser la biodiversité et les pâturages boisés situés en dessous de la limite de la forêt, il faut trouver des solutions pour que le pacage puisse se poursuivre malgré la présence du loup. On pourrait par exemple étendre les interventions du service civil en matière de protection des troupeaux en dehors des zones d’estivage, avec un cahier des charges spécifique pour le soutien à la protection des troupeaux et l’entretien du paysage sur les pâturages visant à favoriser la biodiversité et les pâturages boisés, recourir à des gardes de nuit (projets de bénévoles comme OPPAL), privilégier les races à cornes rustiques et légères (bovins) ayant conservé un comportement défensif face aux prédateurs ou utiliser ce qu’on appelle un «turbo-fladry» (clôture électrifiée à laquelle sont accrochés des rubans en tissu).
La protection des troupeaux, la base de la cohabitation avec le loup, fonctionne très bien, comme le démontrent la baisse constante du nombre de prédations par loup en Suisse et la comparaison avec des troupeaux non protégés. Il n’existe pas de protection à 100%, mais la baisse du nombre d’attaques est importante sur le plan économique et psychologique.
Tou·tes les expert·es et toutes les études scientifiques s’accordent sur le fait que la protection des troupeaux est efficace et indispensable, même si les loups sont régulés. La protection des troupeaux dans les Alpes n’est pas (ou plus) une question de faisabilité technique ni de financement, mais avant tout une question de charge de travail acceptable. La Confédération et les cantons (financement, conseil, développement de la protection des troupeaux) ainsi que la société civile (bénévoles, service civil) sont appelés à apporter leur contribution au soutien des alpagistes. Il convient par exemple d’adapter son comportement lors des activités de loisirs en montagne en présence de chiens de protection des troupeaux.
La gestion écologiquement discutable du loup au moyen de zones «zéro loup» (appelées «zones de protection des pâturages» dans un doux euphémisme), telle qu’elle est pratiquée en Suède ou en Norvège pour protéger l’élevage de rennes, n’est pas une solution pour la gestion du loup dans les petits pays alpins. Nous ne disposons pas des surfaces nécessaires pour séparer physiquement les élevages et les populations de loups en bonne santé. De plus, étant donné que la Suisse est entourée de pays où les populations de loups sont en augmentation, il est illusoire de penser que des zones «zéro loup» puissent être sécurisées à un coût raisonnable. Même dans les zones sans loups, si les troupeaux n’étaient pas protégés, des loups isolés s’attaqueraient régulièrement à des animaux de rente voire causeraient des dommages majeurs. Le loup est une espèce dont le territoire s’étend sur de grandes surfaces. Il ne peut survivre sur quelques aires protégées de petite étendue. Pour préserver l’espèce, il n’y a pas d’autre solution qu’une cohabitation dans le paysage rural.
En dépit de leur statut d’animaux protégés, les loups peuvent déjà être régulés en Suisse et en France. En Allemagne et en Autriche, les seuils d’abattage des animaux causant des dommages ont également été considérablement abaissés. En Suisse et en France, les tirs légaux sont la principale cause de mortalité des loups. Environ 20% de la population est «prélevée» chaque année en France. C’est beaucoup pour une espèce en principe protégée. En Suisse, il existe même une tolérance zéro en cas d’attaque sur des bovins ou des chevaux: il suffit d’un animal blessé pour que le loup soit abattu, sans forcément que des mesures de protection des troupeaux aient été prises. Depuis 2023, la Suisse autorise également la régulation proactive des loups, pour autant qu’elle soit liée de manière plausible à un risque de dommages important.
Il ne fait aucun doute qu’une régulation des populations de loups dans le paysage rural alpin est nécessaire pour créer un équilibre entre les intérêts de l’agriculture et ceux de la protection des espèces, pour freiner l’augmentation des effectifs de loups et pour donner aux personnes directement impactées par la présence du loup un moyen d’action supplémentaire lorsque la protection des troupeaux échoue de manière répétée. Il ne faut cependant pas espérer de miracle de la régulation en ce qui concerne la diminution des prélèvements d’animaux de rente. La régulation du loup ne pourra contribuer à la réduction des dommages que si la protection des troupeaux est mise en œuvre à grande échelle. En effet, même un loup isolé peut causer d’importants dégâts dans des troupeaux non protégés.
Le loup, une chance pour la biodiversité et les Alpes
Il est indéniable que le loup représente un défi dans les paysages ruraux fortement façonnés par l’être humain, comme ceux des Alpes. Une cohabitation est toutefois possible. C’est ce que démontre la réalité de nombreux pays européens, où le loup n’a jamais disparu. En Suisse, cette cohabitation doit d’abord s’installer. En tant que société, nous ne pourrons avancer que si nous considérons la coexistence avec le loup comme une invitation à la collaboration: apprendre ensemble, rechercher des solutions et les mettre en œuvre, tel doit être le mot d’ordre.
Ni l’agriculture de montagne ni la biodiversité dans les Alpes ne sont condamnées par le retour du loup. Il est important de voir les opportunités que recèlent les défis à relever:
- Le potentiel écologique du loup dans le contexte forêt-gibier,
- Les opportunités sociales de coopération et de solidarité entre ville et campagne,
- L’amélioration de l’élevage dans les régions d’estivage.
Il est incontestable que les régions de montagne ont besoin de la solidarité et du soutien de tout le pays pour relever les nombreux défis auxquels elles sont confrontées en raison du réchauffement climatique, des changements structurels, de la présence du loup, et que leur expertise doit occuper une place importante dans toute recherche de solution.
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Betyarlaca | iStock
Loup et économie alpestre: Pro Natura va de l’avant avec des projets concrets
Loup ou pas, il ne sera pas possible à l’avenir de mettre en pâture en continu toutes les surfaces de pâturage dans les régions particulièrement reculées ou présentant une topographie compliquée. L’abandon de certaines surfaces et leur retour à la «nature sauvage» ne doit pas être tabou, pas plus que la régulation de la population de loups.
Pro Natura va continuer à s’engager politiquement et à communiquer sur des projets concrets pour trouver des solutions en matière de gestion du loup, par exemple:
- Nous élaborons des stratégies concrètes permettant de maintenir le pacage extensif dans les régions montagnardes d’altitude, car il est particulièrement précieux sur le plan écologique.
- Nous proposons des excursions sur le thème de la protection des troupeaux afin de diffuser les connaissances permettant d’aborder les chiens de protection en toute sécurité.
- Nous continuerons à soutenir des projets de bénévolat tels que Pasturs Voluntaris (en savoir plus) ou OPPAL (en savoir plus). Les projets de ce type soulagent les alpagistes dans leur quotidien difficile avec le loup comme voisin.
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Razvan | iStock
La nouvelle ordonnance sur la chasse sous l’œil critique de Pro Natura
L’ordonnance sur la chasse en bref:
Sans arguments fondés, l’ordonnance prévoit que la population de loups peut être réduite à titre préventif à douze meutes. Les loups ne pourraient donc coloniser qu’une toute petite partie du territoire qui leur est favorable en Suisse. La Confédération donne son accord pour la régulation et définit dans les grandes lignes les dépenses considérées comme acceptables pour la protection des troupeaux. L’ensemble des nouveautés doit faire l’objet d’une consultation ultérieure en 2024 – alors que les mesures sont déjà appliquées – et entrer définitivement en vigueur le 1er janvier 2025.
Pro Natura critique les contradictions flagrantes entre les intentions exprimées par le Parlement pour la loi sur la chasse et leur mise en œuvre dans l’ordonnance. Les conditions préalables à un tir, garanties lors du débat, telles que la protection du loup contre une extermination locale ou la mise en œuvre à grande échelle de la protection des troupeaux sont absentes de l’ordonnance.
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Blickwinkel / S. Meyers
Que fait dès lors Pro Natura?
Pro Natura attend des cantons qu’ils fassent preuve de discernement dans l’exercice de leur marge de manœuvre et qu’ils se limitent à réguler les meutes dont le potentiel de nuisance est avéré. Pro Natura est en pourparlers avec les gouvernements des cantons où la présence du loup est forte et n’hésitera pas, en cas d’extrême nécessité, à intenter une action en justice contre les actes qui menaceront la préservation du loup à long terme.
Comment réagissent les cantons?
Peu après la présentation de la nouvelle ordonnance sur la chasse par le conseiller fédéral Albert Rösti, le canton des Grisons a annoncé vouloir éliminer quatre meutes. Au sein d’autres meutes, de jeunes loups seront abattus. Au total, il est prévu de tirer 27 individus.
Le canton du Valais s’est fait remarquer en envoyant un formulaire aux chasseurs avant même que la Confédération fasse la présentation officielle de l’ordonnance. Il était possible d’y cocher, dans le cadre d’un questionnaire à choix multiples, les meutes que l’on souhaitait prendre pour cible. Il a ensuite annoncé que sept des treize meutes devaient être éliminées.
Le canton de Saint-Gall, quant à lui, compte se débarrasser de la seule famille de loups de son territoire.
D’autres cantons ont réagi avec plus de retenue. L’Etat de Vaud, par exemple, a souligné ne pas vouloir changer de paradigme et continuer à privilégier la coexistence de l’homme et du loup.
Vos questions, nos réponses
Pro Natura peut faire usage du droit de recours des associations. En déposant un recours, Pro Natura ne peut pas empêcher un projet mais seulement faire vérifier sa légalité.
Dans le meilleur des cas, nous pouvons ainsi établir une pratique judiciaire qui interprète à nouveau les bases légales de manière plus stricte et qui redonne plus de poids à la protection du loup – dans le cadre de la loi et de l’ordonnance. Mais cela prendra des années en raison de la lenteur des procédures judiciaires. Nous ne pouvons empêcher les tirs que si l’effet suspensif est accordé à notre recours.
Les décisions de tir des cantons sont consultables publiquement depuis le vendredi 1er décembre. Nous sommes en train de les examiner d’un point de vue juridique et de décider – pour chacune d’elles – si nous ferons examiner leur légalité par le biais d’un recours.
La Convention de Berne est un accord international important qui doit être pris en compte dans le droit national. Mais elle n’a pas force exécutoire. C’est pourquoi nous mettons actuellement l’accent sur l’application du droit national. La Convention de Berne n’exclut d’ailleurs pas les interventions préventives sur la population de loups.
La décision populaire de 2020 reste en grande partie valable. Le lynx, le castor et d’autres animaux protégés ne peuvent pas être régulés de manière préventive, et la Confédération a toujours le dernier mot en ce qui concerne les interventions dans la population de loups.
En ce qui concerne le loup, les interventions sont toutefois nettement plus massives que ce qui avait été promis avant la votation.
Les organisations environnementales avaient travaillé à un consensus et élaboré une solution largement soutenue par les milieux de la chasse, de la foresterie et de l’agriculture. Cette solution aurait certes permis d’intervenir préventivement dans les populations, mais uniquement pour éviter des «dommages importants» ou la mise en danger probable d’êtres humains. Cette proposition a été balayée par le Parlement, qui a imposé une nouvelle adaptation de la loi sur la chasse, beaucoup plus extrême, permettant une véritable chasse aux loups au moyen de quotas d’abattage.
La révision de 2020 n’était pas du tout satisfaisante. Des tirs draconiens menaçaient le lynx, le castor et diverses autres espèces en plus du loup. Nous avons pu y faire obstacle grâce au référendum. De plus, la nouvelle révision de la loi en 2022 énonce que les tirs de régulation du loup doivent être autorisés par la Confédération et que des mesures de protection des troupeaux doivent être mises en place au préalable.
Avec la nouvelle loi sur la chasse (LChP), la coexistence de l’agriculture et du loup est en principe possible. Le problème réside plutôt dans l’ordonnance sur la chasse (OChP) et dans la manière dont les autorités vont désormais l’interpréter. Pro Natura reste convaincue que le débat sur le loup ne peut faire l’impasse sur une cohabitation constructive, et nous sommes toujours disposés à poursuivre sur cette voie avec tou·te·s les représentant·e·s d’intérêts politiques et sociaux soucieux de trouver un consensus.
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