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L’accord international pour la sauvegarde des espèces et des milieux naturels
En 1992, lors de la Conférence des Nations Unies sur l’environnement et le développement à Rio de Janeiro, la communauté internationale a reconnu que des efforts communs étaient nécessaires pour enrayer le rapide déclin des espèces et la disparition des milieux naturels. À l’exception des États-Unis d’Amérique, presque tous les États du monde, dont la Suisse, ont signé la Convention et s’engagent ainsi:
- à protéger la nature,
- à utiliser la nature de manière durable et
- à partager les avantages découlant de l’utilisation de ressources génétiques de manière juste et équitable.
2022–2030: nouveaux objectifs adoptés
Après une phase préparatoire de quatre ans comprenant de nombreux ateliers présentiels et virtuels ainsi que des négociations intermédiaires, le «Cadre mondial de la biodiversité de Kunming à Montréal» (Global Biodiversity Framework, GBF) a été adopté le 19 décembre 2022 lors de la quinzième réunion de la Conférence des Parties à la Convention sur la diversité biologique (CDB COP 15). Le GBF, qui doit permettre d’atteindre les buts de la Convention, contient 23 objectifs concrets qui couvrent tous les aspects de la protection de la biodiversité et qui devront être atteints d’ici à 2030. Avec son réseau «Les Amis de la Terre International» et la «CBD Alliance», Pro Natura a participé activement aux négociations.
Les principaux éléments du Cadre mondial destiné à juguler la crise de la biodiversité
Les attentes [link zu den «Kernpunkten» bzw. zur weggekürzten Liste] étaient élevées, car les nouveaux objectifs doivent permettre de mettre véritablement un terme à la perte de la biodiversité d’ici 2030 et d’inverser la tendance. Malheureusement, ces attentes n’ont été que partiellement satisfaites. L’accord n’amorce pas la transformation de notre système économique et social, qui est nécessaire d’urgence pour endiguer la pression qui pèse sur la biodiversité.
L’accord présente des lacunes:
- Il manque des règles contraignantes pour l’économie ainsi que l’obligation de diligence et la responsabilité pour les dommages causés à la biodiversité.
- Il manque un mécanisme de mise en œuvre efficace, l’obligation d’intensifier les efforts après l’établissement des rapports nationaux et une procédure de révision nationale.
- Le financement a certes augmenté, mais il s’appuie dans une large mesure sur des contributions volontaires de l’économie et sur le trafic d’indulgences, et il continue d’être déterminé par les pays donateurs.
- Le Cadre mondial mise partiellement sur les «solutions» susmentionnées et autres fausses solutions qui permettent aux entreprises de continuer à fonctionner aux frais de la nature tout en se donnant une bonne image.
Certains points ont toutefois été améliorés:
- Les droits (droits humains, droits des Peuples autochtones, des femmes…) ont été renforcés et ancrés dans l’accord.
- La mise en œuvre du Cadre mondial tient compte de principes importants tel le principe de précaution.
- L’ensemble du gouvernement doit participer à la mise en œuvre et pas uniquement le ministère ou département de l’environnement (approche pangouvernementale).
- L’aménagement territorial doit intégrer la protection de la biodiversité sur l’ensemble du territoire.
- 30 % des écosystèmes dégradés doivent être restaurés.
- 30 % des surfaces doivent être protégées en vue de favoriser la biodiversité et gérées de manière adéquate et équitable.
- La pollution environnementale (engrais, pesticides, plastique) doit être réduite de moitié.
- Les incitations dommageables à la biodiversité doivent être identifiées et supprimées.
Malgré les lacunes relevées plus haut, Pro Natura se réjouit qu’un accord ait été trouvé et que le Cadre mondial ait pu être révisé pour protéger efficacement les espèces et les milieux naturels, et par conséquent les bases de la vie. Pro Natura exige désormais que le Cadre mondial soit mis en œuvre à l’échelle nationale.
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Texte de la Convention sur la diversité biologique (en pdf)Objectifs d’Aichi à ce jourStratégie Biodiversité Suisse et Plan d’action BiodiversitéRapport IPBES 2019Crise planétaire de la biodiversité: les faits sont alarmants et la Suisse doit…Analyse des associations sur la mise en œuvre de la Suisse (2017)La biodiversité et l'Agenda 2030Documenti scaricabili
Revendications de Pro Natura pour le Cadre mondial…Que doit faire la Suisse désormais?
Comme tous les pays signataires, la Suisse doit désormais intégrer les nouveaux objectifs dans sa politique et adapter les plans d’action détaillant la mise en œuvre de la Stratégie Biodiversité Suisse et de la Stratégie pour le développement durable. La Confédération et les cantons doivent cesser de temporiser, fixer enfin les surfaces qui appartiendront à l’infrastructure écologique, en discussion depuis des années, et adopter les objectifs de l’initiative biodiversité. Il faut aussi délimiter dans toute la Suisse des surfaces dédiées à la biodiversité dans le cadre de l’aménagement du territoire et élaborer un plan de renaturation des milieux naturels dégradés comme les marais ou les surfaces herbagères exploitées de manière intensive. L’exploitation et la chasse ciblée des espèces sauvages ne doivent pas les mettre en danger et le taux de propagation des espèces exotiques doit être réduit de 50 %. Il faut poursuivre l’intégration de l’écologie dans l’agriculture et la politique agricole, concilier production de denrées alimentaires et promotion de la biodiversité, et veiller à ce que toutes les incitations, plans et projets de l’État soient compatibles avec la biodiversité et que ceux qui lui sont dommageables soient supprimés ou au moins modifiés.
L’Agenda 2030, l’instrument central du Conseil fédéral pour le développement durable, joue un rôle majeur pour la mise en œuvre des objectifs ayant trait à la durabilité des activités humaines – par exemple pour intégrer l’écologie dans le commerce mondial et réduire l’empreinte écologique de la Suisse. Les objectifs du Cadre mondial de la biodiversité de Kunming à Montréal doivent être repris par la Stratégie pour le développement durable et mis en œuvre au moyen de son plan d’action.
Il faut également continuer à agir à l’échelle internationale: le système d’indicateurs doit être complété et le mécanisme de mise en œuvre amélioré. Il faut aussi convenir d’un mécanisme concret de répartition des avantages découlant de l’utilisation des ressources génétiques (y c. l’utilisation d’informations de séquençage numériques [ISN]). La prochaine réunion de la Conférence des Parties aura lieu en automne 2024 en Turquie.
La situation de la biodiversité est mauvaise - quelques chiffres clés
Quelles espèces sont particulièrement menacées dans le monde?
Sources: Liste rouge de l'UICN (2015 et 2019), FAO, OFEV, ONU
Historique
Le Cadre mondial de la biodiversité n’est pas le premier plan stratégique qu’a élaboré la CDB. En 2002, les États signataires avaient déjà décidé d’accélérer la mise en œuvre de la Convention pour réduire significativement le déclin de la biodiversité jusqu’en 2010.
En 2010, la dixième réunion de la Conférence des Parties à Nagoya a adopté un plan stratégique comprenant vingt objectifs (objectifs d’Aichi), qui devaient permettre de stopper la perte de la biodiversité d’ici à 2020. Faute de volonté politique, ces objectifs n’ont pas été atteints, comme l’a constaté l’IPBES, le Conseil mondial de la biodiversité, dans son rapport mondial publié en 2019. Malgré des succès ponctuels, la perte de la biodiversité se poursuit sans relâche.
Malheureusement, la Suisse n’a pas non plus atteint les objectifs d’Aichi (voir Analyse BL/PN/WWF, en allemand). La Suisse a certes adopté en 2012 la Stratégie Biodiversité Suisse, qui reprend les objectifs d’Aichi, et présenté en 2017 un plan d’action pour sa mise en œuvre. Ce plan, qui va entrer dans sa deuxième phase, est cependant loin de répondre aux attentes des ONG et ignore nombre de leurs propositions. En ce qui concerne la délimitation d’aires protégées, nous sommes mêmes, avec nos 6,6 %, loin des 17 % de la surface du pays qui avaient été convenus, et donc en queue de peloton en Europe.
Par ressources génétiques, on entend le matériel génétique, c’est-à-dire le matériel héréditaire des êtres vivants, qui est ou pourrait devenir utilisable par l’être humain, par exemple pour la culture de nouvelles plantes utiles ou la production de médicaments. Les ressources génétiques sont l’expression de la diversité génétique, l’un des trois piliers de la biodiversité (diversité des gènes, des espèces et des milieux naturels). Traditionnellement, les ressources génétiques sont transmises par le biais de parties de plantes ou de corps, isolées à partir de celles-ci et multipliées. Selon la CDB, ce transfert ne peut se faire qu’avec l’accord de la population sur le territoire de laquelle se trouvent ces ressources génétiques. Grâce au génie génétique moderne, il est également possible de transmettre virtuellement ces ressources sous forme d’informations de séquençage numériques (ISN) et de les produire de façon synthétique. Les droits de la population pouvant ainsi être contournés, il est urgent de réglementer ce domaine.
Contact:
Friedrich Wulf, chef de projet Politique internationale,
@email, tél. 0041 79 216 02 06
«La forêt est un réservoir incroyable de biodiversité»
Un des projets de ce jubilé est particulièrement ambitieux et vise la création de soixante hectares de réserve forestière. Comme le souligne Stéphanie Chouleur, chargée d’affaires de Pro Natura Fribourg, «la forêt est un réservoir incroyable de vie et de biodiversité, il est essentiel de préserver l’écosystème et d’augmenter la qualité biologique de la forêt en Suisse, et cela passe par la création de réserve forestière. Ce projet est un défi qui nous motive toutes et tous.»
Aujourd’hui, 6,5 % de la surface forestière suisse est convertie en réserve forestière. D’ici 2030, la Confédération et les cantons visent 10 % au niveau national. Pro Natura Fribourg estime que 20 % de la forêt suisse doivent être rendus à la nature et être exempts de toute intervention humaine. C’est dans cette optique que s’inscrit la création de 60 hectares de réserve forestière.
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Cet article a été publié dans le Magazine Pro Natura.
Le Magazine Pro Natura vous dévoile les petites merveilles de la nature, vous informe au sujet de gros projets et vous présente des personnalités captivantes. Il porte un éclairage sur les dessous des décisions politiques et révèle où, comment et pourquoi Pro Natura lutte pour la nature. Tous les membres Pro Natura le reçoivent cinq fois par an.
Une forêt vivante
Lorsque la forêt est laissée à son cycle naturel et dynamique, elle présente toutes les phases de développement, de la phase pionnière à la phase de décrépitude. Une forêt exploitée ne connait qu’une partie de ce développement et bien souvent le traitement en haute futaie, c’est-à-dire la coupe des arbres au tiers de leur vie environ, empêche les arbres d’atteindre leur phase de sénescence et de décomposition. Le bois mort est un habitat irremplaçable pour un nombre considérable d’espèces. «Un vieux chêne peut par exemple abriter entre 300 et 500 espèces, notamment de nombreux coléoptères, des champignons et des oiseaux», précise la chargée d’affaires. Le bois mort est également constitutif de l’humus, il est nécessaire à la régulation de l’eau par les sols forestiers et offre un apport de lumière nécessaire au cycle naturel.
La forêt en quelques chiffres
- 50 % des espèces suisses vivent dans la forêt ou en dépendent.
- Un vieux chêne peut abriter entre 300 et 500 espèces.
- 16 types de milieu forestier sur 50 sont menacés.
- 20 % environ des plantes forestières sont menacées.
Appel aux propriétaires
Concrètement, pour atteindre l’objectif de 60 hectares, la section cherche dans un premier temps à acquérir des surfaces forestières. «Nous en sommes au début du processus. Suite à notre appel, nous verrons quel sera le retour des propriétaires. Nous espérons que la sauvegarde d’une forêt naturelle et dynamique les motive à participer à notre projet», poursuit Stéphanie Chouleur.
Le deuxième axe consiste à signer des contrats de servitude sur 50 ans entre Pro Natura Fribourg et des propriétaires forestiers qui s’engagent à arrêter l’exploitation du bois et à augmenter par ce biais la biodiversité en forêt. «Nous approcherons notamment les propriétaires privés ou publics par le biais de conseils». Enfin, la section peut aussi jouer le rôle d’intermédiaire entre le Service des forêts et de la nature du canton et les propriétaires. Les résultats de ce projet ambitieux ne seront visibles que dans quelques années. La section est motivée pour atteindre l’objectif fixé.
FLORENCE KUPFERSCHMID-ENDERLIN, rédactrice romande du Magazine Pro Natura.
60 ans de Pro Natura Fribourg: moments forts
A ces débuts il y a 60 ans, Pro Natura Fribourg s’occupe surtout de lutter contre les 1600 décharges sauvages qui enlaidissent le paysage du canton. Pour être active sur l’ensemble du canton, elle nomme rapidement un vice-président pour chaque région linguistique. En 1980, Bruno de Weck, jeune avocat actif dans le milieu de la pêche, prend la présidence de la section. A cette époque, la section gagne de nombreux recours, y compris au Tribunal fédéral, contre des projets défavorables à la nature. C’est entre 1981 et 1983 que se finalisent les mises sous protection des principales réserves naturelles du canton, dont celles de l’Auried et du Vanil Noir. Les thématiques deviennent également plus globales: énergie nucléaire, routes nationales ou urbanisation galopante. Les confrontations avec les autorités se multiplient. Après le retrait de Bruno de Weck, la section recherche une personnalité ayant une expérience politique et ne craignant pas, si nécessaire, de se frotter au pouvoir politique. Ce profil porte successivement à la présidence trois figures provenant de trois horizons politiques différents: Marie-Theres Meuwly (1993-2001), Jacques Eschmann (2001-2018) et Marc Vonlanthen (depuis 2018). Ces trente dernières années ont été marquées par une diversité des causes à défendre: multiplication des routes d’alpages et forestières, violations répétées des lois sur l’aménagement du territoire ou sur la protection de la nature et du paysage, projets immobiliers, touristiques ou énergétiques peu respectueux de la nature, pratiques agricoles fautives, abattages illégaux de haies ou d’arbres à forte valeur écologique, etc. Pour faire face à ces défis dans les années à venir, la section a récemment renforcé son secrétariat, étoffé son comité et adapté ses structures.
Jacques Eschmann
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Des subventions aggravent la crise de la biodiversité
Cela fait plus d’une décennie que les organisations environnementales appellent à la suppression ou à la redéfinition des subventions et mesures incitatives dommageables pour la biodiversité. En 2010, la Suisse avait pris l’engagement d’abolir ou de repenser ces instruments financiers avant 2020, dans le cadre de la Convention internationale sur la diversité biologique. Le Conseil fédéral avait inscrit cet objectif dans sa Stratégie Biodiversité Suisse. Or ces subventions se sont au contraire allégrement multipliées depuis. Et elles vont continuer à prospérer, car le Conseil fédéral a annoncé aujourd’hui vouloir limiter son action à seulement huit d’entre elles: programme forestier, crédits d'investissement forestiers, protection douanière pour la viande et l'alimentation animale, contributions à la sécurité de l’approvisionnement, amélioration structurelle, promotion des ventes, nouvelle politique régionale, remboursement de la taxe huiles minérale dans l'agriculture.
Ce qui est particulièrement frappant : seuls le DEFR (avec six subventions) et le DETEC (avec deux) sont impliqués dans l'examen. Tous les autres départements continuent apparemment comme avant. Alors que d'importantes subventions doivent être examinées en profondeur dans le DEFR, le DETEC ne semble vouloir analyser aucune des nombreuses subventions ayant des effets néfastes sur la biodiversité dans des domaines clés tels que l'énergie et le développement de l'habitat, et encore moins les réduire ou les convertir.
162 subventions dommageables pour la biodiversité
L’Institut de recherche WSL et l’Académie suisse des sciences naturelles ont identifié 162 subventions, allégements fiscaux et autres incitations ayant un impact négatif sur la biodiversité. Elles sont décrites dans un rapport fouillé (voir boîte verte). En même temps que le Conseil fédéral instaure des mesures telles pour promouvoir la biodiversité, il finance des mesures telles, qui lui sont préjudiciables. Au final, il en fait porter le coût à la collectivité et aux générations futures.
Selon les mots d’Hasan Candan, responsable de la politique de la biodiversité chez Pro Natura, «c’est non seulement hautement problématique pour l’environnement, mais aussi totalement inefficace sur le plan économique, puisque ces subventions annulent les innombrables mesures censées arrêter la chute vertigineuse de la biodiversité en Suisse». À l’heure actuelle, la Confédération verse chaque année 40 milliards de francs issus du budget de l’État pour des subventions qui portent atteinte à la diversité des espèces. Nos autorités utilisent donc l’argent des contribuables pour financer la destruction de la biodiversité, sans que la majorité d’entre eux soient même au courant.
Réduire l’impact négatif des subventions sur la biodiversité
Sur la liste des huit subventions auxquelles le Conseil fédéral a décidé de s’attaquer, les grands absents sont les cinq départements et offices importants tels que l'OFEN et l'OFBL. Ils comportent pourtant d’importants leviers pour réduire l’impact négatif de certaines subventions ou rediriger ces montants vers des usages plus vertueux avec un impact énorme, comme le montre l’étude du WSL et de la SCNAT. Concernant les huit subventions auxquelles le Conseil fédéral a décidé de s’attaquer, Raffael Ayé, directeur de BirdLife Suisse, précise la demande des organisations environnementales: «il ne faut pas se contenter d’ici 2024, mais redéployer ces instruments financiers d’une manière qui favorise la biodiversité, ou les supprimer». Les autres subventions décrites dans l’étude doivent elles aussi être traitées le plus rapidement possible.
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Communiqué aux médias de l’Alliance-Environnement
Source:
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Crise de la biodiversité
Un contre-projet qui manque d’ambitions
Chaque année 2000 nouveaux bâtiments sortent de terre en dehors de la zone à bâtir. Ils amènent avec eux leur lot de routes, de parkings et d’installations techniques. Ce processus, hors de contrôle depuis de nombreuses années, est en constante augmentation. A tel point que désormais les surfaces bâties en dehors de la zone de construction représentent environ 40% de toutes les surfaces construites en Suisse. Un chiffre alarmant que la version actuelle de la révision de la Loi sur l’aménagement du territoire (LAT2), qui sert de contre-projet indirect à l’Initiative paysage, ne parviendra malheureusement pas à stabiliser, encore moins à diminuer.
Dans sa prise de position, l’Association «Pour la nature, le paysage et le patrimoine bâti» souligne les points suivants du contre-projet indirect comme particulièrement problématiques :
- L’objectif de la stabilisation du nombre de bâtiments hors zone à bâtir et de l’imperméabilisation des sols doit être corrigée afin de correspondre aux revendications de l’initiative. Les propositions actuelles ouvrent la voie à davantage de constructions et n’offrent pas de garanties d’application ou d’information de la part des cantons. Le mécanisme de prime de démolition est à conserver dans le projet final.
- Les modalités de planification et de compensation donnent la possibilité aux cantons de créer des « zones spéciales hors zone à bâtir » et ouvrent la porte à des politiques arbitraires et des conflits avec la pratique de l’agriculture.
- Trop d’exceptions ne tenant pas compte de la protection du paysage sont ajoutées à la loi. Elles viennent élargir les possibilités de constructions en dehors de la zone à bâtir, ce qui est contraire à l’objectif de stabilisation du nombre de bâtiments hors zone à bâtir que le contre-projet s’est lui-même fixé.
- Le contre-projet ne tient pas suffisamment compte du caractère multifonctionnel de la zone agricole. Elle doit pouvoir conserver ses fonctions de promotion de la biodiversité, de compensation écologique et d’accueil des loisirs de proximité, tout permettant la production agricole sur les meilleurs sols. En outre, le contre-projet rend possible la construction de halles d’engraissement à l’échelle industrielle qui empiètent sur les zones agricoles.
L’Initiative paysage souligne que les objectifs du contre-projet, qui émane de la Commission de l’environnement du Conseil des Etats (CEATE-E), peuvent être un premier pas dans la bonne direction, mais l’analyse détaillée des mesures proposées montre de profondes contradictions entre les buts et les instruments mis à disposition des cantons. Le contre-projet, soutenu par le Conseil fédéral, doit donc être amélioré afin qu’un compromis puisse voir le jour.
Contacts :
Pro Natura, Responsable de la campagne Initiative paysage:
Elena Strozzi, tél. 079 555 33 79
BirdLife Suisse:
Raffael Ayé, directeur, tél. 076 308 66 84
Fondation suisse pour la protection et l’aménagement du paysage:
Raimund Rodewald, directeur, tél. 079 133 16 39
Patrimoine suisse:
Patrick Schoeck, Responsable Culture du bâti, tél. 079 758 50 60
Plus d’informations :
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Communiqué aux médias de l’Association de soutien à l’Initiative paysage
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Initiative paysageLa Suisse doit rattraper son retard de toute urgence
La diversité biologique de la Suisse est en crise. Des espèces animales et végétales sont au bord de l’extinction. Le monde des insectes subit un déclin massif. Il ne reste plus que des reliquats d’habitats typiques comme les marais, les zones alluviales ou les prairies sèches. Pour enrayer la perte de biodiversité, il faut revenir à une utilisation durable du territoire et, parallèlement, dédier des surfaces à la nature sous forme d’aires protégées.
Ce constat n’est pas nouveau. La Suisse a par exemple cessé de surexploiter ses forêts il y a cent cinquante ans. Depuis lors, l’exploitation de nos forêts ne se fait plus par coupes rases mais selon les principes d’une gestion forestière durable et proche de la nature. Mais comme certains processus naturels et certains stades de développement font défaut même dans une forêt proche de la nature, nous avons aussi besoin de réserves forestières en complément, c’est-à-dire de zones protégées où la dynamique naturelle, par exemple, peut avoir lieu.
Des îlots de nature ne suffisent pas
Alors que nos forêts se remettent de la surexploitation du 19e siècle, nous répétons les erreurs du passé dans les zones cultivées. De petits îlots de nature parsèment un paysage exploité de manière de plus en plus intensive, envahi par les constructions et les infrastructures. Sous leur forme actuelle, ils ne peuvent mettre fin au déclin de la biodiversité.
Il est illusoire de vouloir conserver des espèces animales et végétales sur une petite surface. Elles ont besoin d’espace pour constituer un ensemble qui fonctionne. Les scientifiques du monde entier estiment qu’il faudrait protéger 30% des surfaces terrestres et aquatiques pour enrayer le déclin de la biodiversité. La Suisse en est encore loin.
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Cet article a été publié dans le Pro Natura Magazine.
Le Magazine Pro Natura vous dévoile les petites merveilles de la nature, vous informe des projets sur le terrain de l’association et vous présente des personnalités captivantes. Des belles images et des offres exclusives complètent le plaisir de la lecture. Tous les membres Pro Natura le reçoivent en exclusivité cinq fois par année le magazine sur la protection de la nature en Suisse. Sur 44 pages, le Magazine Pro Natura porte un éclairage sur les dessous des décisions politiques, présente des recherches et explique la nature. Il informe où, comment et pourquoi Pro Natura lutte pour la nature.
Les aires protégées doivent mieux l’être
Mais ce n’est pas uniquement une question de surface: les aires protégées doivent également être surveillées et développées. Une condition qui n’est même pas garantie pour les biotopes d’importance nationale. Même les cantons considèrent que leurs propres sites ne sont pas assez protégés, faute de personnel et de moyens financiers suffisants. Des nutriments provenant de surfaces agricoles exploitées de manière intensive continuent par exemple de porter atteinte aux valeurs naturelles de certaines aires protégées. Des dérogations attribuées trop largement sapent le bénéfice de la mise sous protection. Et les rares projets de revitalisation et d’agrandissement d’aires protégées ou la planification de nouvelles aires se heurtent à l’incompréhension et à la résistance de la population et des femmes et hommes politiques.
Rappelons que la Suisse n’a pas réussi à se doter d’un nouveau parc national depuis plus de cent ans. Dans sa nouvelle prise de position sur le sujet, Pro Natura réfléchit à la manière de créer un réseau d’aires protégées performant
Un défi pour la Confédération et les cantons
Pro Natura s’efforce elle-même de donner le bon exemple: nous protégeons plus de 700 réserves naturelles dans toute la Suisse et apportons ainsi une contribution majeure à la conservation de la biodiversité en Suisse. Lorsque je visite nos réserves naturelles, je suis heureux de constater telle ou telle évolution positive rendue possible grâce aux efforts conjugués de nos bénévoles dévoués, de nos collaboratrices et collaborateurs et de vous, membres de Pro Natura.
Mais cet engagement de tous les instants n’est malheureusement pas suffisant. En effet, la gestion de nombreuses aires protégées fédérales, cantonales et communales laisse à désirer: ces sites sont négligés et cela reflète l’attitude de notre société envers la nature. Chaque parcelle d’une aire protégée sacrifiée au profit d’une route de contournement, d’une installation portuaire, d’une centrale hydroélectrique ou de toute autre installation, chaque décision du gouvernement de réduire le financement des aires protégées est le signe que nous n’avons toujours rien compris à l’immense valeur de la biodiversité.
URS TESTER dirige la division Biotopes et espèces chez Pro Natura.
La Suisse a besoin d’une offensive en faveur de la biodiversité
L’un des objectifs centraux de l’Initiative biodiversité est de garantir davantage de surfaces en faveur de la biodiversité. En effet, la Suisse ne dispose actuellement pas de surfaces suffisantes pour ralentir le déclin de la diversité biologique.
Jusqu’ici, la nature n’a été privilégiée que sur une petite partie du territoire suisse: elle ne bénéficie d’une protection juridique complète que sur 5,9% de la superficie du pays. Cette surface comprend les zones protégées à l’échelon national avec le Parc national suisse et la zone centrale des parcs naturels périurbains (0,4%) ainsi que les biotopes d’importance nationale (2,2%). S’y ajoutent les zones de protection de la nature cantonales, régionales et locales, qui représentent 3,3%, y compris les reserves forestières des cantons.
Les districts francs (3,65% du territoire national) et les réserves d’oiseaux d’eau et migrateurs (0,55%) bénéficient d’une protection moins stricte. Si l’on tient également compte de ces derniers, les aires protégées représentent environ 10% du territoire national.
L’Office fédéral de l’environnement (OFEV) va encore plus loin et mentionne deux autres catégories de surfaces protégées: il s’agit d’une part d’aires protégées d’importance internationale (1%, ce sont les sites Emeraude et Ramsar). Ces sites sont pris en considération mais ne sont pas protégés par la loi suisse. D’autre part, l’OFEV mentionne également les surfaces de promotion de la biodiversité dans l’agriculture correspondant à un niveau de qualité 2 (2,7%). Ces dernières ne peuvent pas réellement être considérées comme des surfaces protégées, car leur protection n’est pas garantie à long terme.
Lanterne rouge européenne
Même en incluant les catégories de surface qui ne répondent pas aux critères de protection dans le calcul global, l’ensemble des aires protégées de Suisse, qui ont pour but de promouvoir la biodiversité, représentent moins de 14% de la surface du pays. Cela fait de la Suisse l’un des pays ayant le plus faible pourcentage de zones protégées en Europe.
L’Initiative biodiversité exige donc que la Suisse garantisse les surfaces nécessaires à la conservation de la biodiversité. Elle ne mentionne pas d’objectif concret en termes de superficie. Et ce, pour deux raisons:
- La Constitution fédérale, qui serait modifiée en conséquence en cas d’adoption de l’initiative, définit des objectifs à long terme et les objectifs généraux de la Confédération. Les lois et les ordonnances sont là pour régler le détail des directives. Un objectif de surface n’aurait donc pas sa place dans la Constitution.
- De plus, il n’existe toujours pas de base scientifique permettant de définir la superficie nécessaire à la sauvegarde de la biodiversité. Pour remédier à cette lacune, l’OFEV a mandaté l’organisation Infospecies qui planche sur la question actuellement.
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L’objectif «30 by 30»
Selon une étude réalisée en 2013 par l’Académie suisse des sciences naturelles, la conservation et la promotion de la biodiversité devraient être prioritaires sur près d’un tiers du territoire. Un bon 30%: c’est précisément ce que les experts réclament sur le plan international également. Dans le cadre des négociations autour de la Convention sur la biodiversité et du nouveau cadre mondial pour la biodiversité pour après 2020, 60 pays de six continents – dont la Suisse – se sont regroupés pour former la «High Ambition Coalition for Nature and People» (HAC). Leur objectif est de protéger 30% des terres et des océans d’ici à 2030 («30 by 30»). La HAC a vu le jour à l’initiative des présidents de la France et du Costa Rica.
Récemment, le Conseil fédéral a officiellement approuvé le mandat de négociation de la délégation suisse à la Conférence sur la biodiversité. La délégation suisse veut plaider en faveur d’objectifs ambitieux, mesurables et concrets, dont le «30 by 30». Selon les déclarations du Conseil fédéral, cela nécessite non seulement la désignation d’aires protégées, mais aussi des mesures supplémentaires: la revitalisation de cours d’eau, la préservation et la promotion de zones précieuses pour la biodiversité, ainsi que la préservation et la création de sites servant à relier les habitats d’animaux sauvages. Exactement ce que demande l’Initiative
biodiversité.
Un contre-projet avec des objectifs insuffisants
Dans ce contexte, il est incompréhensible que le Conseil fédéral, dans son contre-projet à l’Initiative biodiversité, veuille réserver seulement 17% du territoire national à la biodiversité – un objectif que la Suisse s’est déjà engagée à mettre en œuvre d’ici à 2020 dans le cadre de la Convention sur la diversité biologique. Il s’agirait donc d’ancrer pour les décennies à venir un objectif déjà dépassé, de surcroît jamais atteint, dans notre Loi sur la protection de la nature et du paysage. Est-ce vraiment une politique cohérente en matière de biodiversité?
La consultation sur le contre-projet indirect à l’Initiative biodiversité a pris fin le 9 juillet. L’association de soutien, composée de Pro Natura, BirdLife Suisse, Patrimoine suisse, la Fondation suisse pour la protection du paysage et d’autres organisations, a pris position à ce sujet. Le Conseil fédéral a jusqu’au printemps 2022 pour examiner et analyser les prises de position. Il devra ensuite soumettre au Parlement le contre-projet indirect révisé, avec son message. Les débats parlementaires qui suivront montreront dans quelle direction le contre-projet va évoluer. C’est seulement ensuite qu’on saura si l’Initiative biodiversité peut être retirée ou si une votation populaire est nécessaire.
SIMONA KOBEL est responsable de l’Initiative biodiversité
Interview: «Nous avons besoin de plus d’espaces de rétention naturels»
Magazine Pro Natura: quand on se demande comment faire pour stocker naturellement plus de carbone, on pense le plus souvent au reboisement. Est-il aussi possible de capturer le CO2 atmosphérique en revitalisant les cours d’eau?
Christine Weber: beaucoup de personnes pensent que les eaux revitalisées profitent seulement aux organismes aquatiques. Or, les revitalisations réussies ont aussi des effets positifs sur les terres qui bordent les cours d’eau. Une végétation riveraine variée peut y pousser et des formations alluviales à bois tendre s’y développer. Avec de la place et du temps, des forêts alluviales à bois dur voient le jour. Ces phénomènes fixent le CO2 comme lors d’un reboisement.
Les cours d’eau revitalisés se réchauffent-ils moins que les rivières qui sont rectifiées?
Lors des travaux de revitalisation, on enlève d’abord souvent la végétation pour donner de la place aux eaux, ce qui fait que l’exposition au soleil commence par augmenter. Ensuite, une végétation riveraine typique pousse rapidement et apporte de l’ombre. De plus, les eaux revitalisées sont mieux reliées aux eaux souterraines, qui sont plus fraîches. Une mosaïque de structures de profondeurs, de températures et de dynamiques différentes voit le jour, ce qui n’est pas possible lorsque la rivière est rectifiée.
Cette mosaïque offre-t-elle des refuges aux espèces particulièrement touchées par les effets du changement climatique?
Oui, les cours d’eau proches de l’état naturel peuvent mieux réagir aux changements. Leur diversité offre différents biotopes à des espèces aux besoins variés, en particulier à celles qui ne trouvent plus d’habitat dans le milieu uniforme des eaux canalisées.
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Cet article a été publié dans le Pro Natura Magazine.
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Les rivières proches de l’état naturel offrent-elles aussi une meilleure protection contre les événements extrêmes?
Ce point est important: dans les eaux régulées, il n’existe presque pas de refuges en cas de crues ou de phases de sécheresse, par exemple des zones de retrait protégées du courant pour les organismes aquatiques. Cet aspect va gagner en importance avec l’avancement des changements climatiques.
Pour quelles raisons?
Le régime des eaux de la Suisse va profondément changer au cours des prochaines décennies. Les glaciers fondent, la quantité de neige diminue, les fortes précipitations augmentent, tout comme les phases de sécheresse. On aura donc des hivers plus humides et des étés plus secs. Ces dernières décennies, le but était d’évacuer l’eau au plus vite. À l’avenir, nous devrons faire en sorte que l’eau reste mieux dans le système. Nous avons donc besoin de plus d’espaces de rétention naturels, d’une part pour la protection contre les crues, et d’autre part comme réservoirs d’eau en cas de sécheresse.
Le dérèglement climatique va en effet accroître la pression sur l’utilisation de l’eau, puisque certains secteurs en auront plus besoin, par exemple l’agriculture pour l’irrigation ou l’industrie pour le refroidissement. Sommes-nous pris dans un cercle vicieux?
Nos eaux ne sont pas seulement des habitats vitaux, elles jouent aussi un rôle central pour la société en tant qu’espace de loisirs et de détente et ont une importance économique considérable si l’on songe à l’irrigation, à la production d’eau potable et à la protection contre les crues. La loi sur la protection des eaux exige par ailleurs de protéger leur fonctionnement naturel. Avec ses 16000 kilomètres de rivières et de ruisseaux en très mauvais état, la Suisse a ici un immense retard à combler. Ces différents aspects exigent d’avoir une vision d’ensemble dès lors qu’on envisage d’intensifier l’utilisation de l’eau dans certains secteurs.
Cela vaut-il aussi pour l’énergie hydraulique? La pression déjà forte dans ce secteur va encore s’accentuer en raison du changement climatique.
Nos rivières sont déjà intensément exploitées et produisent une part non négligeable de notre électricité. Les changements climatiques vont passablement modifier leur débit et sa répartition annuelle. Il est donc ici aussi important de ne pas privilégier un seul aspect, mais de tenir compte de toutes les prestations importantes fournies par les cours d’eau dans une perspective globale à long terme.
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- Christine Weber, responsable de la section Revitalisation à l’Institut de recherche sur les eaux des EPF (Eawag)
Quatre raisons écologiques de dire oui à l’initiative contre l’élevage intensif
Ça meugle, ça couine et ça caquette dans tous les coins de la Suisse. Des millions d’animaux de rente vivent sur notre territoire et leur nombre ne cesse d’augmenter. Le cheptel agricole a pratiquement doublé depuis les années 2000, alors que le nombre d’exploitations agricoles a diminué de 20 % sur la même période. Cette évolution se fait au détriment du bien-être animal et dessert également la biodiversité, le climat et le paysage. L’initiative contre l’élevage intensif représente un pas important vers un élevage respectueux de la nature. Le conseil des délégués-ées de Pro Natura a donc décidé, en avril dernier, d’en recommander l’acceptation. Philipp Ryf, directeur de la campagne «Oui à l’initiative contre l’élevage intensif», résume ainsi les bienfaits pour la nature et l’environnement: «La production animale industrielle hors-sol émet d’énormes quantités de gaz à effet de serre et d’ammoniac. L’initiative contre l’élevage intensif demande que les animaux soient de nouveau plus souvent élevés en plein air. La Suisse pourra ainsi être à la hauteur de l’image qu’elle se fait et qu’elle aime à donner d’une agriculture qui ménage les ressources et respecte les animaux.»
Quatre raisons de glisser un oui dans les urnes le 25 septembre 2022:
1. Sauvegarder la biodiversité
Les bovins produisent du lisier, beaucoup de lisier. L’azote que celui-ci contient se transforme en ammoniac (NH3), une molécule qui apparaît lors de la dégradation de l’urine et des
protéines contenues dans le lisier et le fumier. La Suisse en produit annuellement près de 42 000 tonnes – soit 70 % de plus que ce qui est prévu dans les objectifs environnementaux pour l’agriculture –, dont 94 % proviennent de l’agriculture, selon une étude de la Haute école spécialisée de Berne commandée par l’Office fédéral de l’environnement.
De grandes quantités de NH3 se volatilisent dans les étables, lors de l’entreposage ou de l’épandage du lisier. Sous sa forme gazeuse, l’azote est alors transporté par l’air, se dépose sur la végétation et les sols, s’y accumule et contribue à leur acidification, affectant particulièrement les écosystèmes sensibles. Il nuit aussi directement à la flore, puisque la toxicité agit via les cellules de la feuille. Les lichens ainsi que les écosystèmes fragiles comme les prairies maigres et la végétation des sous-bois sont particulièrement vulnérables. Ainsi, l’ammoniac joue un rôle important dans l’extinction des espèces. A l’heure actuelle, tous les hauts-marais, 84 % des bas-marais, 42 % des prairies et pâturages secs et 95 % des forêts souffrent d’apports excessifs d’azote, comme le constate l’Office fédéral de l’environnement dans son rapport «Biodiversité en Suisse : état et évolution. Synthèse des résultats de la surveillance de la biodiversité» (2017). Pour Ursula Schneider Schüttel, présidente de Pro Natura, il est urgent d’agir: «Pour préserver la biodiversité et, par conséquent, les fonctions essentielles à la survie des sols, des forêts et des eaux, il faut réduire considérablement le nombre d'animaux de rente en Suisse.»
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Cet article a été publié dans le Pro Natura Magazine.
Le Magazine Pro Natura vous dévoile les petites merveilles de la nature, vous informe des projets sur le terrain de l’association et vous présente des personnalités captivantes. Des belles images et des offres exclusives complètent le plaisir de la lecture. Tous les membres Pro Natura le reçoivent en exclusivité cinq fois par année le magazine sur la protection de la nature en Suisse. Sur 44 pages, le Magazine Pro Natura porte un éclairage sur les dessous des décisions politiques, présente des recherches et explique la nature. Il informe où, comment et pourquoi Pro Natura lutte pour la nature.
2. Protéger le climat
Ce que nous mangeons a un impact direct sur le climat. Selon Agroscope, le centre de compétences de la Confédération pour la recherche agricole, environ deux tonnes d’équivalent CO2 sont émises en moyenne par an et par habitant-e en Suisse pour notre alimentation. Le bilan serait tout autre si celle-ci était essentiellement végétale. De surcroît, les plantes absorbent le CO2 et stockent le carbone dans le sol. Selon le Rapport mondial sur l’agriculture, «l’agriculture pourrait donc en théorie nous nourrir de manière climatiquement neutre à long terme et même, à court terme, fixer plus de CO2 qu’elle n’en émet». Nous en sommes loin. Selon l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), au niveau mondial, 14,5 % des émissions de gaz à effet de serre proviennent de l’élevage des animaux de rente.
Bien que les régimes végétarien et végétalien soient de plus en plus socialement acceptés et adoptés, la consommation de viande reste très élevée. En Suisse, chaque personne en consomme 51 kilos par année, ce chiffre n’incluant pas la viande achetée hors de nos frontières. Une agriculture respectueuse du climat passe par une réduction de la consommation des produits d’origine animale, ce qui bénéficierait également à notre santé, les méfaits d’une alimentation (trop) carnée étant désormais scientifiquement prouvés.
De plus, œuvrer à la réduction de la consommation de viande, d’œufs et de produits laitiers en Suisse permettrait de réaffecter les grandes quantités de céréales et de légumineuses qui nourrissent les animaux de rente à l’alimentation humaine.
3. Atténuer le changement structurel
Si le nombre d’exploitations agricoles a diminué, le rapport agricole 2021 mentionne que la surface moyenne d’une exploitation agricole en Suisse a presque doublé en 30 ans, pour atteindre aujourd’hui 21,15 hectares. Le nombre d’animaux élevés par exploitation a ainsi considérablement augmenté. L’initiative déplore leur entassement et le bafouement des besoins d’espace, de jeux et d’accès à l’extérieur selon les besoins de chaque espèce. La taille croissante des troupeaux complique également le déplacement des ruminants au pâturage.
Pour Kilian Baumann, président de l’association des petits paysans, paysan bio lui-même et conseiller national vert, cette évolution est problématique: «Si l’agriculture biologique contribue à la promotion de la biodiversité, un paysage agraire diversifié et composé d’une multitude de petites exploitations y joue un rôle tout aussi décisif. Pour lutter contre la disparition des insectes et des oiseaux, il faut donc aussi s’attaquer à la disparition des fermes et à l’appauvrissement des structures qu’elle entraîne.»
4. Préserver le paysage
En plus de la taille, la législation sur le bruit et la qualité de l’air contribue également à l’éloignement et la dispersion géographique des étables. Pour Franziska Grossenbacher, directrice adjointe de la Fondation suisse pour la protection et l’aménagement du paysage, les prescriptions liées aux distances minimales requises entre une exploitation et les zones d’habitation ajoutent encore à la complexité du problème. «Ces prescriptions incitent à construire des étables toujours plus loin, malheureusement le plus souvent hors des zones à bâtir, ce qui nécessite également des nouvelles routes d’accès. En outre, les nouvelles constructions sont subventionnées à un taux ridiculement élevé, ce qui n’incite pas à rénover le bâti existant.» La manière dont sont construites les nouvelles étables pose également problème: le plus souvent préfabriquées, elles ne sont pas adaptées au site sur lequel elles sont implantées, ce qui nécessite de nombreux travaux d’aménagement du terrain.
L’initiative contre l’élevage intensif peut contribuer à ce que les très grandes étables deviennent plus rares. « Des troupeaux plus petits ont un impact positif à cet égard », constate Franziska Grossenbacher. «Mais cela ne suffira pas à résoudre tous les dysfonctionnements, l’initiative n’est qu’une pièce du puzzle.»
Bettina Epper est rédactrice en cheffe adjointe du Magazine Pro Natura.
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L’actuelle surconsommation massive de ressources, de services, d’énergie et de sols dépasse la limite de résistance de notre planète. L’humanité exploite aujourd’hui passé trois fois plus de ressources naturelles qu’il y a cinquante ans. Cette situation est due à la croissance exponentielle des économies nationales ainsi qu’à la mondialisation et à la numérisation des chaînes d’approvisionnement. Notre consommation de ressources est aujourd’hui de loin la principale cause du déclin de la biodiversité dans le monde. À cela s’ajoutent les émissions de gaz à effet de serre, responsables de la crise climatique.
Une réduction drastique de notre niveau de consommation peut encore changer la donne, sans que nous devions pour autant renoncer à une vie agréable: moins peut parfois signifier plus. Pro Natura s’engage pour une société plus respectueuse de la nature, moins consumériste et plus juste.
Les systèmes économique et social doivent changer
Les innovations techniques qui rendent l’utilisation des ressources plus efficiente ne suffisent pas. Au contraire: jusqu’à présent, l’augmentation de l’efficacité énergétique est toujours allée de pair avec une augmentation de la production et non une économie des matières premières.
Promouvoir une croissance prétendument «verte» et tenter de remplacer tous les combustibles fossiles par de l’énergie électrique est non seulement irréaliste mais a des effets dévastateurs sur l’utilisation d’autres ressources naturelles: on estime par exemple qu’en 2050, l’UE aura besoin de 60 fois plus de lithium et de 15 fois plus de cobalt qu’aujourd’hui.
Pour que nous puissions vivre avec sobriété, sans outrepasser les limites écologiques de notre planète, des changements profonds dans nos systèmes économique et social sont nécessaires. Les changements de comportement individuels peuvent avoir un impact important mais, en fin de compte, c’est aux milieux politiques qu’il incombe d’organiser les transformations nécessaires.
La consommation est-elle source de bonheur? Notre modèle social de surproduction, de surconsommation et de gaspillage est une conséquence directe de notre système économique basé sur la croissance permanente. Or, cette «dictature de la croissance» ne garantit pas le bonheur. Le bien-être n’augmente plus depuis de nombreuses années dans les pays riches. Le consumérisme est loin de nous rendre plus heureux. Au contraire, il nuit à notre santé, car il génère un sentiment de frustration permanent. Le retour à une vie plus simple, impliquant plus de proximité avec les autres, plus de solidarité et aussi plus de proximité avec la nature, est en revanche une source de satisfaction intérieure.
La Suisse porte une responsabilité internationale
La surconsommation en Suisse et dans les pays du Nord (ainsi que d’une élite dans les pays du Sud) ne nuit pas seulement à la nature et à l’environnement là où elle a lieu, mais aussi à l’environnement dans les pays les plus pauvres. Elle détruit les forêts, les milieux naturels et les mers, et met en danger les conditions de vie des habitants des pays du Sud. C’est inacceptable.
Ce que fait et demande Pro Natura
Vêtements de seconde main, alimentation végétalienne et réticence à prendre l’avion sont dans l’air du temps, et les conseils en vue d’économiser l’énergie abondent. C’est capital et nécessaire: nous devons changer nos habitudes de consommation personnelles. Mais les changements de comportement individuels ne peuvent s’imposer que s’ils sont également soutenus et encouragés par des mesures politiques. L’économie et la politique ne doivent pas se cacher derrière l’argument de la demande.
Pro Natura applique l’approche de la sobriété aux principaux domaines politiques dans lesquels nous nous engageons: agriculture et alimentation, aménagement du territoire et énergie.
En proposant un calendrier d’événements variés et pour la plupart gratuits, nous souhaitons permettre à toutes et tous d’accéder à la nature, dans la joie et la simplicité.
Ce que vous pouvez faire
Outre procéder à des changements dans vos propres habitudes de consommation, vous pouvez vous engager en faveur d’un tournant au niveau de la société et de la politique:
- Trouvez des personnes partageant les mêmes idées que vous et lancez ensemble des changements dans votre communauté. Il existe déjà de nombreuses initiatives locales basées sur le principe de la sobriété: Repair Cafés, prêts d’outils, communautés d’utilisateur·trice·s.
Vous trouverez du soutien sur la manière d’initier de tels projets dans le réseau Transition de Rob Hopkins - Sensibilisez votre entourage et parlez de l’urgence de faire des changements sur le plan économique et politique.
- Soyez actif·ive·s sur le plan politique. Il y a plusieurs pétitions et initiatives en cours que vous pouvez soutenir.
Dans notre newsletter, nous vous informons avec plaisir des manifestations et projets actuels sur les thèmes de la biodiversité, du climat et de la durabilité.