Progetti
Tributaires des vieux chênes
La base du lichen est un champignon, l’autre organisme est une algue verte ou une cyanobactérie. L’algue (le photobionte) effectue la photosynthèse et produit des hydrates de carbone – autrement dit du sucre – pour elle-même et pour son partenaire (le mycobionte). En échange, le champignon assure l’approvisionnement du lichen en eau et en éléments nutritifs minéraux, et protège l’algue contre le rayonnement solaire et contre les animaux algivores.
Le lichen Bactrospora dryina, un membre de la famille des lichens crustacés, fait partie des 1 700 espèces de lichen présentes en Suisse. Il figure comme espèce vulnérable sur la « Liste rouge des espèces menacées en Suisse : Lichens épiphytes et terricoles » de 2002. On le trouve au nord des Alpes, à basse altitude.
Le partenaire symbiotique du champignon est l’algue verte du genre Trentepohlia. Le lichen Bactrospora dryina pousse généralement sur la face inclinée des troncs de vieux chênes pédonculés et rouvres, dont l’écorce est profondément crevassée, exposés au sud ou à l’est. Ainsi, il est protégé des précipitations directes (pluie, neige, grêle) qui viennent généralement de l’ouest. Là où il pousse, il fait paraître l’écorce de couleur blanche. Les points noirs sont les corps fructifères du champignon.
Etant donné la lente croissance et le potentiel de propagation limité de cette espèce de lichen, un projet de transplantation a été initié dans le canton de Zoug. Dans le Zollischlag – la forêt de feuillus de la plaine de la Reuss – le lichen Bactrospora dryina a déjà colonisé 42 chênes. Là, des fragments d’écorce avec du lichen ont été recueillis sur un arbre mourant pour être collés sur des arbres non colonisés. La majorité des transplants ont survécu durant les deux ans de la période d’observation, mais uniquement sur les faces protégées de la pluie, là où le lichen aurait poussé naturellement. Il faudra attendre encore quelques années pour voir s’il arrivera à s’y développer.
SABINE MARI, Service conseils Pro Natura.
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Cet article a été publié dans le Magazine Pro Natura.
Le Magazine Pro Natura vous dévoile les petites merveilles de la nature, vous informe au sujet de gros projets et vous présente des personnalités captivantes. Il porte un éclairage sur les dessous des décisions politiques et révèle où, comment et pourquoi Pro Natura lutte pour la nature. Tous les membres Pro Natura le reçoivent cinq fois par an.
Commentaire sur le début de la procédure de consultation concernant la révision de l’ordonnance sur la chasse
Les modifications apportées à la loi sur la chasse (LChP) de 2022 permettent une régulation ciblée et proactive de l'espèce protégée qu'est le loup afin d'éviter des dégâts importants. Les organisations de protection de l’environnement soutiennent cette démarche. Mais l'ordonnance (OChP) proposée par le DETEC en 2023, déjà partiellement entrée en vigueur, est axée unilatéralement sur les tirs et a conduit à une régulation disproportionnée des loups. Des améliorations sont désormais nécessaires. Les tirs de meutes entières doivent rester l'exception et la protection des troupeaux doit être mise en œuvre sur l'ensemble du territoire. Ce n'est qu'ainsi que les divergences actuelles entre la loi et l'ordonnance sur la chasse pourront être corrigées.
L'abandon précipité du programme national pour les chiens de protection, qui a fait ses preuves, risque d'entraîner un éparpillement cantonal et des lacunes dans la mise à disposition. Un démantèlement de la protection des troupeaux serait inacceptable. Les organisations écologistes demandent que les chiens de protection et la mise en œuvre des mesures de protection continuent d'être évalués selon des critères uniformes et que la situation de protection soit contrôlée sur place en cas d'attaques. Dans le cadre de la consultation, les organisations environnementales s'engageront pour que l'équilibre entre la protection des espèces et des troupeaux et la régulation du loup soit rétabli dans l'ordonnance sur la chasse.
L'intention du Conseil fédéral de cibler le castor avec un article spécifique sur le tir est incompréhensible, déconcertante et inutile. Le rejet de la loi sur la chasse par le peuple, et la décision du Parlement en 2022, de maintenir intégralement la protection du castor contredisent diamétralement l'intention du Conseil fédéral.
Contacts:
- Pro Natura: Nicolas Wüthrich, responsable de l’information, tél. 079 212 52 54, @email
- Groupe Loup Suisse: Isabelle Germanier, responsable romande, tél. 079 652 28 49, @email
- WWF Suisse: Pierrette Rey, porte-parole, tél. 021 966 73 75, @email
- BirdLife Suisse: François Turrian, directeur romand, tél. 079 318 77 75, @email
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Commentaire commun de Pro Natura, le WWF Suisse, BirdLife Suisse et le Groupe Loup Suisse
«J’étais moins alarmiste il y a quelques années»
Une magnifique journée d’été s’annonce sur le Val Mingèr. La brume matinale enveloppe encore les sommets de la Basse-Engadine lorsque nous entamons notre ascension ponctuée de formations rocheuses étranges, de pins de montagne majestueux et de pierriers gigantesques. Après une heure de marche, nous arrivons sur l’alpage Mingèr, où Sonja Wipf a prévu de travailler aujourd’hui. Ici comme à d’autres endroits du Parc national suisse (PNS), la botaniste dresse un inventaire systématique de la flore, une entreprise scientifique initiée il y a plus d’un siècle. Le PNS compte parmi les institutions à la pointe de la recherche en ce qui concerne les effets du changement climatique. Il possède l’une des plus vastes bases de données sur la flore et la faune des Alpes.
Parallèlement à ses travaux pour le PNS, Sonja Wipf a dirigé une étude européenne remarquée où elle a démontré l’impact du changement climatique sur la biodiversité alpine. Les scientifiques ont inventorié la flore de plus de 300 sommets d’Europe et comparé leurs données avec les relevés effectués au cours des cent dernières années. Au PNS, la botaniste dirige le secteur de la recherche et du monitorage, elle est aussi membre de la direction.
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Raphael Weber
- Sonja Wipf recense d’un œil expert toutes les espèces présentes.
Entre-temps, au-dessus de l’alpage Mingèr, Sonja Wipf vient de délimiter un carré d’un mètre de côté sur une «surface d’observation» et y recense d’un œil expert toutes les espèces présentes. Elle en compte une quarantaine, ce qui est beaucoup. La semaine dernière, elle a dénombré jusqu’à cinquante-sept plantes différentes au mètre carré du côté de Margunet, un record.
Magazine Pro Natura : quels sont les effets du changement climatique sur la flore alpine?
Sonja Wipf: beaucoup d’espèces migrent vers les hauteurs. Sur les sommets, on trouve aujourd’hui environ 45% d’espèces en plus qu’il y a quelques décennies. La hausse des températures est corrélée à une multiplication des espèces. La flore subalpine prend possession des étages supérieurs.
Et elle fait pression sur les espèces spécialisées?
C’est ce qu’on va voir. Les espèces alpines n’ont pas l’habitude de la concurrence. Elles peuplaient jusqu’ici des lieux que les autres plantes ne cherchaient pas à leur disputer. Elles ont développé de ce fait une stratégie de survie plutôt conservatrice. La plupart possèdent une grande résistance, ne fleurissent pas chaque année et ne produisent que quelques graines minuscules. Elles poussent au ras du sol et s’adaptent moins facilement aux changements que les nouvelles venues, rompues à la compétition qui règne dans les prairies subalpines. Ces espèces spécialisées gardent bien sûr une longueur d’avance grâce aux atouts développés pour la vie en altitude et leurs rivales plus généralistes ne s’installeront pas dans les lieux les plus inhospitaliers, par exemple les pierriers. Certaines plantes alpines n’en connaissent pas moins de grandes difficultés, et leurs effectifs diminuent.
J’étais moins alarmiste il y a quelques années, mais j’observe que la colonisation par de nouvelles espèces s'est accélérée ces dernières années.
Résister et s’imposer est une stratégie, d’autres espèces menacées migrent-elles aussi plus haut?
Certainement, mais pour de nombreuses espèces acclimatées aux sommets, il n’y a plus que le ciel au-dessus. Elles se replient dans les niches qui leur conviennent, car les nouvelles espèces colonisent en priorité les emplacements chauds sur les flancs exposés au sud et à l’ouest, qui leur offrent ensoleillement maximal ou protection contre le vent.
Cette concurrence de plus en plus féroce est manifestement un facteur de stress, y en a-t-il d’autres ?
La sécheresse augmente, un problème que je ne rencontrais guère autrefois à ces altitudes. Les précipitations sont à la fois plus rares en même temps plus intenses. En plein été, ces hauteurs sont parfois totalement desséchées, et la flore n’est pas seule à en souffrir. Les sols deviennent «hydrophobes», ils ne peuvent plus absorber l’eau. Si un violent orage éclate, son impact est décuplé et peut entraîner la formation de laves torrentielles, à plus forte raison dans cette région constituée de roche dolomitique friable. Ces phénomènes sont particulièrement intéressants à observer dans un espace très sauvage comme le Parc national. Car un paysage dynamique favorise une biodiversité élevée.
Mais pour la civilisation humaine, la nature devient plus dangereuse.
C’est vrai, les événements météorologiques extrêmes sont plus fréquents, la montagne se fait plus instable, il y a davantage d’éboulements et de glissements de terrain. Le régime hydrique est lui aussi bouleversé. Les réserves glaciaires disparaissent à toute vitesse, les névés rétrécissent à vue d’œil, les sources se tarissent. Cela va notamment compliquer l’exploitation de nombreux alpages.
La fonte des glaciers et les glissements de terrain ne libèrent-ils pas de nouveaux habitats pour les plantes alpines?
Certes, mais cela ne compense que partiellement la concurrence accrue que subissent ces espèces. On le voit déjà rien qu’à la forme pyramidale de nos montagnes. La pression des étages inférieurs sur les étroites régions sommitales reste élevée.
La limite des arbres se décale-t-elle aussi vers le haut?
Des arbres isolés apparaissent sur les hauteurs du Parc national, mais on n’assiste pas encore à une migration généralisée, du fait de la forte population d’ongulés qui pâture à ces altitudes. Des changements intéressants pourraient advenir avec la présence de grands prédateurs.
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Jan Gürke
Qu’en est-il de cette présence dans le Parc national?
Pendant plusieurs années, on n’y a observé qu’une seule louve. Nous savons depuis l’hiver dernier qu’un couple parcourt la région, mais nous n’avons à ce jour aucun indice de la formation d’une meute. Nous voulons profiter de la situation pour étudier le rôle des prédateurs dans l’écosystème. Nous récoltons depuis des années des données scientifiques à ce sujet.
Comment procédez-vous?
Des cerfs et des chamois ont été équipés de balises. Ce sont les proies principales du loup. Nous décryptons leurs schémas d’activités pour détecter des modifications. Les recensements périodiques ont déjà montré que les cerfs se déplacent en hardes moins nombreuses, probablement pour réagir plus rapidement à d’éventuelles attaques. Nous posons aussi des émetteurs sur les renards, analysons leur alimentation et installons des pièges photographiques. Les petits mammifères sont un autre terrain d’observation riche d’enseignements: se multiplient-ils parce que leur ennemi numéro un, le renard, est décimé par le loup, ou parce que le renard se nourrit davantage des charognes laissées par le loup? Dans l’ensemble, certaines espèces animales profiteront de cette dynamique, de même que certaines plantes alpines.
Une forte dynamique naturelle rend-elle la flore et la faune des Alpes plus résistantes face au bouleversement du climat?
Oui, dans les habitats alpins qui n’ont pas été façonnés par les activités humaines, les processus naturels peuvent se déployer sans entrave. Ces cycles et ces perturbations donnent vie à une incroyable mosaïque d’espèces, comme on la rencontre ici à l’alpage Mingèr.
Sans les chutes de pierre, les éboulements, les tempêtes, les canicules, la sécheresse, le froid et bien d’autres facteurs, certaines espèces n’auraient jamais la chance de s’imposer, et je n’en compterais pas quarante au mètre carré. La grande diversité des sites et des espèces leur confère une certaine résilience contre les effets du changement climatique.
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Raphael Weber
Le travail est terminé, il est l’heure de redescendre dans la vallée. Nous traversons le lit d’un torrent qui récemment encore déplaçait d’énormes masses de pierres et charriait des troncs entiers. Il est actuellement à sec. Plus tard, en attendant le car postal, Sonja Wipf inspecte avec soin la végétation en bordure de la route et y détecte des néophytes. Il y a plus de dix ans, on n’en voyait presque aucun le long de la route de l’Ofenpass, l’axe principal qui traverse le Parc national. Ils y sont aujourd’hui bien implantés. «Heureusement qu’il n’y a pas encore de plantes invasives», rassure la botaniste.
Ces espèces arrivent dans le parc dans le sillage des véhicules et des activités humaines. Le changement climatique favorise leur dissémination en altitude. Une irruption qui place l’équipe du Parc national face à des questions sans réponse, car ici, la nature est reine et toute intervention humaine est interdite. «Devons-nous nous infliger nous-mêmes des amendes si nous arrachons des plantes invasives?», ironise Sonja Wipf. Ce dilemme n’est pas résolu, mais une chose est sûre: la biodiversité alpine se trouve à l’aube de grands bouleversements.
RAPHAEL WEBER, rédacteur en chef du Magazine Pro Natura.
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Photos pour les médias «Crise de la biodiversité»
Notre point de vue sur les tirs de loups prévus
En août, plusieurs cantons (GR, SG, TI, VS, VD) ont déposé des demandes de régulation de meutes de loups auprès de l’Office fédéral de l’environnement (OFEV). Celui-ci en a déjà approuvé plusieurs provenant des Grisons ; les autres demandes sont encore en cours d’examen (état au 5 sept. 2024). Le canton des Grisons a d’ores et déjà annoncé le dépôt de nouvelles demandes en sus de celles approuvées. Il souhaite notamment éliminer la meute de loups du Parc national.
La deuxième période de régulation proactive du loup s’est ouverte le 1er septembre. Lorsque l’OFEV approuve les demandes des cantons, ceux-ci peuvent ordonner des mesures par voie administrative. En tant qu’organisation jouissant du droit de recours, Pro Natura examine la légalité des décisions de tir.
Pas de «chasse au loup», mais une régulation
Même avec la nouvelle loi sur la chasse, le loup reste une espèce protégée qui ne peut pas être chassée. Les meutes de loups peuvent toutefois être «régulées» pour prévenir des dommages graves aux troupeaux protégés ou si elles constituent une menace pour l’être humain. Dans ce contexte, l’élimination totale d’une meute n’est autorisée qu’en dernier recours et ne doit en aucun cas être considérée comme une solution standard.
Meute de loups Il Fuorn / Parc national
La responsabilité de la meute du Parc national dans les deux attaques de jeunes bovins en Basse-Engadine et dans le Val Müstair n’est pas avérée. Le Parc national revêt une importance exceptionnelle pour la préservation de la faune sauvage indigène. Le tir d’espèces animales protégées exige toujours une pesée des intérêts par les cantons. Dans ce processus, il faut impérativement donner beaucoup de poids à la préservation de la faune du Parc national. L’élimination totale d’une meute vivant dans le Parc national ne remplit pas les critères de proportionnalité, d’autant plus que les loups n’ont affiché aucun comportement anormal. On est en droit d’attendre que le loup soit lui aussi traité avec un minimum de tolérance. Non seulement à l’intérieur, mais aussi dans les environs du Parc national. Il est inévitable que des conflits surgissent et la «régulation» ne permettra jamais de les éviter complètement. Une tolérance zéro est par conséquent totalement inapplicable et inappropriée.
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La biodiversité décline, preuves à l’appui
Le courlis cendré (Numenius arquata)
En asséchant à grande échelle les zones humides, l’être humain est un ennemi de taille qui a détruit les milieux naturels de l’espèce. Avant les grands assèchements réalisés au 19e siècle, le courlis cendré faisait partie des espèces d’oiseaux caractéristiques du Plateau. Dans les années 1960, on ne comptait déjà plus que 40 couples nicheurs, et depuis 2006, il n’y a plus de preuve attestée de nidification en Suisse. Avec un peu de chance, on peut observer cet oiseau imposant lorsqu’il hiverne dans notre pays ou y fait halte durant la migration.
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Cet article a été publié dans le Magazine Pro Natura.
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La pie grièche-grise (Lanius excubitor)
Alors que la plus grande pie grièche d’Europe était autrefois largement répandue dans notre pays, elle n’y a plus niché depuis 1986. Les milieux naturels dont elle a besoin – des prairies extensives et riches en structures comme des arbres fruitiers et des haies – sont devenus rares. La disparition de la pie grièche-grise est devenue le triste exemple de l’appauvrissement écologique de nos paysages agricoles.
La perdrix grise (Perdix perdix)
La mécanisation et l’industrialisation de l’agriculture en sont la cause. Autrefois, cet oiseau trouvait des milieux naturels parfaitement appropriés dans les régions de grandes cultures ouvertes et richement structurées, dans lesquels son plumage lui permettait de se fondre. Face au recul alarmant des populations, des programmes de conservation de la Station ornithologique suisse tentent de valoriser des milieux naturels dans le Klettgau (SH) et en Champagne genevoise et y réintroduisent des perdrix grises importées. En vain: le dernier couple nicheur a été observé en 2018.
L’oreillard gris (Plecotus austriacus)
Voilà longtemps que l’oreillard gris (Plecotus austriacus) a disparu du Plateau. Aujourd’hui, cette chauve-souris ne se rencontre plus que le long de l’Arc jurassien, et de façon très sporadique, puisqu’elle est menacée de disparition. Elle ne trouve plus de territoires de chasse riches en insectes et dénués de pesticides. Impossible également de dénicher des greniers où passer l’été, ni des caves ou des fentes dans les murs pour s’abriter en hiver. Quant aux couloirs de vols libres de construction et de pollution lumineuse, ils viennent aussi à manquer. En bref, l’oreillard gris est privé des milieux naturels riches en espèces dont il a besoin.
Le saumon atlantique (Salmo salar)
À ce jour, seuls quelques spécimens y sont parvenus, ce qui est largement insuffisant pour rétablir une population stable. Il y a un siècle, des millions de saumons vivaient encore dans le Rhin. Par la suite, la fonctionnalité du fleuve a été toujours plus impactée par des centrales hydroélectriques, tandis que la qualité de son eau se dégradait, signant l’arrêt de mort du saumon du Rhin. Aujourd’hui, la qualité de l’eau s’est améliorée et plusieurs centrales disposent de passes à poissons. Les efforts considérables entrepris pour faire revenir le saumon, jusqu’ici peu fructueux, montrent qu’il est plus facile de détruire que de restaurer. Et dans le cas de la biodiversité, le besoin de restauration est extraordinairement élevé.
La loutre d'Europe (Lutra lutra)
Terminons avec une petite lueur d’espoir: parmi les centaines d’espèces animales qui figurent sur nos listes rouges, seules quelques-unes, comme la loutre d’Europe (Lutra lutra), affichent une tendance positive. Victime de la chasse, de la mauvaise qualité des eaux et de la destruction des milieux naturels, ce mammifère était considéré comme éteint en Suisse. Ses populations s’étant rétablies dans les pays voisins, des individus isolés ont à nouveau été observés dans le Rhône, l’Inn, le Rhin et le Tessin. En outre, deux individus qui s’étaient échappés du zoo du Dählhölzli à Berne se sont reproduits dans l’Aar. Cette population est encore modeste et la loutre reste donc une espèce menacée d’extinction en Suisse. Plusieurs éléments positifs permettent toutefois d’espérer qu’elle puisse recoloniser nos eaux. Un retour rendu possible par l’amélioration de la qualité de l’eau, la renaturation des rives et la suppression des obstacles: un exemple magnifique, qui montre que les mesures en faveur de la biodiversité peuvent avoir rapidement des effets concrets.
RAPHAEL WEBER, rédacteur en chef du Magazine Pro Natura
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Doubs vivant
Le putois est classé «vulnérable» sur la liste rouge des mammifères de Suisse. Il est certes encore relativement répandu dans les régions de basse altitude, mais sans doute pas fréquent. Car le putois est difficile à observer. Ce parent de la fouine aime la discrétion. Il préfèrera toujours faire un détour plutôt que de se déplacer à découvert. Si on a la chance de l’apercevoir, on le reconnaît aisément à son museau blanc et à l’ourlet de ses oreilles, blanc également.
Pourquoi Pro Natura a-t-elle choisi le putois comme Animal de l’année ?
Le putois ne peut sortir de la forêt et parcourir les paysages agricoles que s’ils lui offrent une grande diversité de structures et d’abris naturels. Il est vital pour ce petit mustélidé de pouvoir disposer d’une mosaïque de fossés, de haies, de hautes herbes vivaces, de tas de branches et de pierres, de ruisseaux naturels et de zones humides. De nombreuses autres espèces ont également besoin de ce type de structures, par exemple les grenouilles, les crapauds et d’autres petits animaux. Le putois dépend d’ailleurs d’eux pour sa survie. Or, les paysages agricoles riches en structures et les zones humides font partie des types de paysages les plus menacés de Suisse. En tant qu’Animal de l’année 2024, le putois rappelle le besoin de protéger ce qui reste de ces paysages et à redonner vie aux paysages peu diversifiés.
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Stefan Huwiler
- Observer son environnement, bien caché en lieu sûr; un comportement typique du putois.
Un nomade solitaire
En dehors de la période de reproduction, les putois sont des animaux solitaires. Ils sont principalement actifs la nuit. Selon la disponibilité en nourriture et la qualité du milieu naturel, leur domaine vital s’étend d’un demi-kilomètre carré à plusieurs kilomètres carrés. Les femelles adoptent parfois un comportement territorial. Les putois en recherche de nourriture fouillent de façon systématique leur secteur à la recherche de grenouilles, de crapauds ou d’autres petits animaux. Une fois qu’ils ont épuisé une portion de leur domaine, ils changent de secteur. Ils ne reviendront dans la zone qu’au bout de plusieurs mois.
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Fabrice Cahez
- Vu de profil, ce putois montre sa bosse typique sur le dos.
Légèrement vêtu, très odorant
Le pelage du putois n’est pas épais. C’est pourquoi cet animal a besoin d’un abri protecteur en hiver, surtout en altitude. Il trouve souvent refuge dans une grange ou une étable. Avant que la première neige ne tombe, l’Animal de l’année 2024 absorbe de grandes quantités de nourriture. En automne, un tiers de son poids peut être constitué de graisse.
En hiver, le putois est peu actif et ne quitte que rarement ses quartiers pour faire ses besoins ou pour trouver quelque nourriture facile à se procurer. Il peut s’agir d’un œuf de poule, de nourriture pour chat ou encore d’une souris imprudente.La prudence est de mise à chaque sortie: le putois figure lui-même au menu des plus grands carnivores. Il n’est toutefois pas sans défense. S’il se sent menacé, il lâche de véritables bombes puantes: ses glandes anales répandent en effet une sécrétion très malodorante.
Cuisses de grenouille à volonté
Les putois sont des carnivores qui se nourrissent principalement de grenouilles et de crapauds. Au printemps, lorsque les grenouilles rousses et les crapauds communs migrent vers leurs plans d’eau de reproduction, le putois s’en donne à cœur joie. Les proies sont si nombreuses que le putois en constitue des réserves ou ne mange plus que les cuisses des grenouilles. Ces restes macabres trahissent sa présence. Mais l’abondance ne dure que peu de temps. Après le frai, les grenouilles et les crapauds regagnent leurs habitats d’été. Dès lors, le putois doit à nouveau rechercher sa nourriture en forêt, dans les prairies humides, les prairies d’arbustes ou d’autres habitats de grenouilles.
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Fabrice Cahez
- Une proie bien grasse: le putois est tributaire des populations de grenouilles et de crapauds.
La femelle putois, une mère célibataire
Les putois s’accouplent principalement d’avril à juin. Après six semaines, la femelle putois met bas trois à six petits, qu’elle élève seule. Ceux-ci ouvrent leurs yeux au bout d’un mois environ et mangent déjà de la viande. Deux mois plus tard, les jeunes femelles sont presque aussi grandes que leur mère, et les jeunes mâles déjà plus grands qu’elle. La famille se sépare alors. S’ils survivent à l’hiver, les jeunes seront sexuellement matures l’année suivante.
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Roman Willi
- Sortie en forêt pour une famille de putois.
Une carte de répartition lacunaire
Un rapide coup d’œil sur la carte de répartition du putois en Suisse pourrait faire croire qu’il est abondamment présent dans toutes les zones de plaines et de collines du pays. En y regardant de plus près, on constate son absence en vallée en Valais et au Tessin. De plus, le nombre de putois présents en Suisse est inconnu. Le recul des milieux naturels appropriés et la diminution dramatique des populations d’amphibiens rendent sans aucun doute la vie difficile à ce mustélidé.
Légende : Répartition actuelle du putois en Suisse. Les symboles orange indiquent des mentions antérieures à l’an 2000.
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Daten: info fauna | Karte: swisstopo
Plaidoyer pour un paysage accueillant pour la faune!
En Suisse, la forêt offre en de nombreux endroits un milieu naturel favorable au putois. Les grenouilles et les crapauds, très appréciés de ce petit mustélidé, y prennent souvent leurs quartiers d’été. Cependant, la situation est moins accueillante en dehors de la forêt. Les surfaces agricoles adaptées aux machines n’offrent souvent plus de cachettes ni de corridors de migration au putois. En outre, 90% des zones humides de Suisse ont été asséchées au cours des 150 dernières années.
Là où les grenouilles abondaient autrefois, il ne reste aujourd’hui que des populations résiduelles. Conclusion: notre pays a besoin de plus d’étangs, de mares, de haies, de fossés, de ruisseaux et de «coins de nature sauvage»!
Ce que fait Pro Natura pour le putois
Pro Natura assure la protection d'environ 800 réserves naturelles dans toutes les régions de Suisse. Plusieurs de ces sites comptent des putois.
Découvrir nos réserves naturelles
L’«Action Lièvre & Cie» comprend divers projets poursuivant un objectif commun : plus de diversité naturelle sur les surfaces agricoles.
En savoir plus
A l’échelon politique, Pro Natura milite pour une Suisse accueillante pour toutes les espèces indigènes. Notre travail dans les domaines suivants revêt actuellement une importance particulière:…
…pour un tournant énergétique respectueux de la nature
…pour une agriculture écologique
…pour la protection des milieux aquatiques
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«J’apprécie l’interaction avec la faune sauvage»
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Tania Araman
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Magazine Pro Natura: qu’est-ce qui vous a amenée à vous engager pour les oiseaux sauvages ?
Martine Rhyn: j’ai pris ma retraite assez tôt et j’avais envie de me rendre utile. Tant qu’on a la santé, cela me paraît essentiel. Et la nature a toujours fait partie de ma vie: j’ai notamment travaillé comme laborantine à Agroscope, dans l’équipe d’entomologie, je m’occupais de l’élevage d’insectes. Quant à l’ornithologie, ça m’a toujours intéressée. Le choix de Genthod me semblait naturel.
Et vous avez embrigadé votre mari dans l’aventure…
Oui, lui aussi aime être au contact de la nature. Et c’est agréable de partager une activité en couple. Sans compter que ça nous maintient en forme physiquement. Aujourd’hui, nous faisons partie des plus anciens bénévoles et nous travaillons au centre trois jours par semaine. On s’est pris au jeu et on ne s’en lasse pas !
Qu’est-ce qui vous plaît particulièrement dans votre travail à Genthod?
J’apprécie beaucoup l’interaction avec la faune sauvage et je suis contente de pouvoir agir pour elle, à mon niveau. C’est toujours un sentiment très particulier de s’occuper d’oisillons, par exemple. Aussi, on en apprend toujours davantage sur les différentes espèces. Et le contact avec les autres bénévoles, qui viennent d’horizons très différents, est aussi enrichissant. Mais attention, il ne faut pas idéaliser le travail non plus.
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Susi Schlatter
Y a-t-il des tâches plus rébarbatives ?
Pendant l’hiver, on reçoit moins de nouveaux oiseaux. On passe beaucoup de temps à nettoyer les nichoirs, ranger le matériel, etc. Ce qui peut d’ailleurs être aussi très satisfaisant: j’aime bien réfléchir à la meilleure manière d’aménager une volière.
Racontez-nous l’un de vos souvenirs les plus marquants au centre?
Il y en a tellement! Je me souviens par exemple de la première chouette que j’ai tenue entre mes mains, peu de temps après mes débuts ici. À l’époque, on pouvait parrainer les oiseaux et mon mari et moi avions baptisé celui-ci Charlotte. Nous avons eu le plaisir de la relâcher dans les bois de Jussy, ça aussi c’était une première pour nous. Malheureusement, l’histoire s’est mal terminée…
Comment cela?
Quinze jours après le lâcher, on nous a ramené Charlotte, elle s’était prise dans des fils barbelés. Nous avons dû l’euthanasier. Il faut savoir que la plupart des oiseaux qui arrivent au centre ont été blessés à cause de l’humain, essentiellement par des voitures ou des baies vitrées. D’autres ont été empoisonnés par des produits phytosanitaires. Nous avons quand même la satisfaction de pouvoir en sauver la majorité. L’an dernier, environ 60% de nos rapaces ont été relâchés.
Assurez-vous ensuite un suivi?
Non, aujourd’hui, les oiseaux dont nous nous occupons ne sont plus bagués. C’est un peu frustrant de les envoyer dans l’inconnu. On peut juste espérer que tout se passe bien pour eux!
TANIA ARAMAN, rédactrice pour le magazine Pro Natura.