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Animal de l’année 2016: la musaraigne aquatique
Le terrain de chasse de la musaraigne aquatique est bien particulier: cette petite boule de poils plonge au fond des ruisseaux et des étangs à la recherche de microcrustacés, de larves d’insectes et d’autres organismes aquatiques. Un mode de vie étonnant pour l’Animal de l’année 2016, qui sera l’ambassadeur des cours d’eau propres et naturels.
Un gros appétit
La musaraigne aquatique trouve la plus grande partie de sa nourriture dans l’eau. Inlassablement, elle plonge tête en avant, fouille le fond des cours d’eau de son museau pointu et retourne les cailloux jusqu’à trouver quelque proie à manger. Son régime alimentaire se compose de cloportes d’eau douce, de microcrustacés, de larves d’insectes, d’escargots et parfois même de plus gros animaux, comme des grenouilles, des tritons et de petits poissons. Les vers de terre, les escargots et les insectes attrapés sur la terre ferme complètent son menu. La musaraigne aquatique paralyse ses proies avec une neurotoxine contenue dans sa salive, sans danger pour l’être humain.
Ce petit animal est extrêmement vorace: il mange tous les jours son propre poids. Comme tous les petits mammifères, la musaraigne aquatique a une grande surface corporelle par rapport au volume de son corps. Cela entraîne une importante déperdition de chaleur. Pour compenser cette perte constante d’énergie, elle n’a pas d’autre choix que de s’alimenter régulièrement, de jour comme de nuit, l’été comme l’hiver.
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Martin Fischer - https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Trichopteralarve1.jpg#/media/File:Trichopteralarve1.jpg
- Les larves de trichoptères font partie du régime alimentaire de la musaraigne aquatique.
Super-équipement de plongée
L’Animal de l’année est remarquablement équipé pour chasser sous l’eau: les franges de poils raides ornant ses pattes font office de palmes tandis qu’une rangée de poils natatoires disposés sur sa queue l’aide à garder le cap. Les jarres de son pelage épais ont une section transversale en forme de H. Ils sont disposés de façon à retenir des bulles d’air dans le pelage lorsque l’animal est sous l’eau. Ni l’humidité ni le froid ne pénètrent ainsi jusqu’à la peau. Ce film d’air protecteur a un inconvénient: il entraîne une forte flottabilité, contre laquelle la musaraigne doit lutter de toute la force de ses petites pattes.
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Prisma / Zwerver
- Une couche de bulles d’air protège la musaraigne aquatique du froid et de l’humidité.
La plus grande de nos musaraignes
Avec une taille atteignant 10 centimètres et un poids de 10 à 20 grammes, la musaraigne aquatique est la plus grande des onze espèces de musaraignes vivant en Suisse. Son pelage est bicolore: un ventre clair et un dos gris ardoise à noir. Pour s’orienter, elle se fie surtout à son flair et aux poils tactiles de son museau.
Extérieurement, la musaraigne aquatique est difficile à distinguer de la musaraigne de Miller, probablement plus rare. Celle-ci vit également à proximité des cours d’eau, mais elle est un peu moins bien adaptée à la vie aquatique.
C’est à tort qu’on les appelle parfois des souris d’eau. La musaraigne n’est pas plus parente de la souris que ne l’est un cerf d’un renard. Alors que les souris font partie de l’ordre des rongeurs et sont essentiellement végétariennes, les musaraignes appartiennent à l’ordre des insectivores. Ses plus proches parents sont les taupes et les hérissons.
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Shutterstock / Erni
- Des franges de poils sur ses pattes lui servent de palmes.
Bébés d’un gramme
Les musaraignes aquatiques sont des solitaires qui ne se rapprochent que pour se reproduire. Au terme d’une vingtaine de jours de gestation, deux ou trois fois par an la femelle donne naissance à quatre à huit petits. Les bébés musaraignes, nus et aveugles, ne pèsent qu’un gramme. La mère allaite ses petits dans un nid rembourré de mousse et d’herbe et s’en s’occupe avec sollicitude. Elle sort régulièrement du nid pour chasser et manger. Si un jeune téméraire se risque à partir à l’aventure un peu trop tôt, il est saisi au museau par sa mère et ramené au nid. Après environ cinq semaines, les petits sont prêts à quitter le nid et le noyau familial se disperse peu à peu. La vie des musaraignes aquatiques est courte: dans la nature, elles ne vivent guère plus de 18 mois.
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Dieter Köhler
- Petites musaraignes aquatiques âgées de six jours, dans leur nid.
Un logis au bord d’un cours d’eau préservé
La musaraigne aquatique peut se rencontrer au bord des cours d’eau et des plans d’eau petits à moyens, dans toute la Suisse. Elle a besoin d’une eau propre et bien oxygénée où elle trouve une nourriture diversifiée. Les rives à l’état naturel recouvertes d’une végétation dense, les zones affouillées, les racines d’arbres ou les blocs de pierre offrent un abri à cet animal discret. La musaraigne aquatique creuse elle-même son nid ou s’installe dans les constructions abandonnées par d’autres micromammifères.
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Benoit Renevey
- La musaraigne aquatique vit au bord des cours d’eau caractérisés par des lits non aménagés et une eau propre.
Des ennemis, des menaces
Parmi les ennemis naturels de la musaraigne aquatique, on compte les chouettes effraies, les hérons, les couleuvres à collier, mais aussi les brochets et les truites. Des mammifères comme les belettes, les renards et les chats s’attaquent également aux individus de l’espèce, mais ils ne les mangent que rarement, apparemment rebutés par leur odeur musquée.
Les activités humaines forment la principale menace pesant sur les musaraignes aquatiques. Nous détruisons son habitat naturel en aménageant et corrigeant le lit des cours d’eau et en privant les rivières de leur débit résiduel en aval des prises d’eau. Les zones riveraines sont souvent entretenues jusqu’au bord de l’eau. Les ourlets herbeux sont complètement fauchés. Des produits toxiques, comme des pesticides et des métaux lourds, polluent les eaux, compromettent l’offre en nourriture et s’accumulent dans le corps de la musaraigne aquatique au travers de la chaîne alimentaire.
La musaraigne aquatique est classée comme «menacée» sur la Liste rouge des espèces menacées de Suisse. Elle fait partie des espèces animales protégées.
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Imagepoint / Dieter Möbus
- Les effraies des clochers se nourrissent entre autres de musaraignes d’eau.
Que fait Pro Natura?
- Pro Natura s’engage pour des eaux propres, dépourvues de pesticides et de résidus d’engrais. Elle appelle de ses vœux une agriculture respectueuse de l’environnement et une protection rigoureuse des cours d’eau.
- Pro Natura milite pour un plan d’action pour la réduction des pesticides en Suisse.
- Pro Natura s’engage pour davantage de rivières et de fleuves proches de l’état naturel. Elle lance, accompagne et réalise des projets de revitalisation et s’investit pour une exploitation hydroélectrique respectueuse de l’environnement.
- Pro Natura s’occupe de plus de 600 réserves naturelles dans toute la Suisse. De nombreuses espèces animales et végétales y trouvent un habitat précieux le long de cours d’eau et de plans d’eau plus ou moins grands.
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Matthias Sorg
- Pro Natura s’engage pour des eaux propres et naturelles.
Ulteriori informazioni
Animal de l’année 2015: la couleuvre à collier
Une ondulation dans les roseaux, puis une mince silhouette se glisse dans l’eau. La voilà déjà partie. Les rencontres avec la couleuvre à collier sont généralement fugaces. Ces créatures gracieuses sont extrêmement craintives: effrayées, elles se réfugient dans une cachette à la vitesse de l’éclair ou plongent dans l’eau.
La couleuvre à collier est un serpent non venimeux et inoffensif pour l’homme. Cette excellente nageuse apprécie la proximité des points d’eau où elle trouve grenouilles ou crapauds. Elle partage un gros problème avec ses proies favorites: leurs habitats se font toujours plus rares. En faisant connaitre ce serpent indigène, Pro Natura souhaite encourager la préservation et la création de zones humides ainsi que leur mise en réseau.
Des anneaux sur la nuque
La couleuvre à collier est l’une de nos huit espèces de serpent indigènes. Elle vit dans toute la Suisse, à l’exception des sommets des Alpes et de certaines régions du Jura. La Suisse abrite deux sous-espèces: Natrix natrix helvetica est largement répandue, alors que la forme Natrix natrix natrix n’est présente qu’au nord-est du pays.
Ses deux taches claires sur la nuque, en forme de croissant, sont le signe distinctif de la couleuvre à collier. Elles sont moins marquées chez certains individus, en particulier ceux qui sont âgés, voire totalement absentes. En regardant de près, on découvre une autre caractéristique de l’espèce: les écailles entre les yeux et la gueule sont bordées de noir vers l’arrière. La sous-espèce Natrix natrix helvetica se caractérise par des barres verticales sur les flancs.
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Pro Natura/Gerhard Sturm
- Ses deux taches claires sur la nuque, en forme de croissant, sont le signe distinctif de la couleuvre à collier
Incubation dans un compost
La couleuvre à collier est un reptile très pacifique. On peut s’en apercevoir durant la période de l’accouplement, en mars ou en avril: même lorsque plusieurs galants courtisent la même femelle, il n’y a pas de combats. Les femelles en gestation parcourent souvent plus d’un kilomètre pour trouver un site de ponte approprié. Il peut s’agir de souches d’arbres en décomposition, de tas de compost, de résidus de fauche, de sciure ou de fumier. La décomposition de matières organiques libère de la chaleur. Dans ces incubateurs naturels, la femelle de la couleuvre à collier peut pondre 10 à 40 œufs à coquille molle. Un record parmi les reptiles indigènes. Les bébés serpents, de la taille d’un crayon, éclosent après sept à neuf semaines.
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Stefan Dummermuth
- Jeunes serpents sortant de l’œuf
Quand la peau serre aux entournures
Comme tous les serpents, les couleuvres à collier grandissent tout au long de leur vie. La couche supérieure de leur peau ne se développant pas, ces animaux doivent régulièrement muer. Ce changement de tenue s’annonce par une opacification des yeux, protégés chez les serpents par une écaille transparente. Un film liquide se forme entre l’ancienne et la nouvelle peau, qui aide la mue à se détacher. La vieille peau se détache à la hauteur du museau et l’animal s’en dégage comme d’un bas étroit, en la retournant jusqu’à la queue. Cette peau, appelée exuvie, est ensuite abandonnée.
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Sonja Haase
- Couleuvre à collier avant la mue
Spécialiste du bluff
Les couleuvres à collier sont exposées à mille dangers. Parmi leurs ennemis, on compte par exemple les oiseaux de proie, les hérons, les chats, les renards et les fouines. Ce serpent non venimeux est peu agressif. Il prend si possible la fuite en cas de danger. Si s’enfuir est impossible, la couleuvre tentera d’intimider son adversaire en aplatissant l’avant de son corps comme un cobra, en sifflant et donnant des coups de tête. Mais elle ne mordra pas. En revanche, si on la capture, elle laisse échapper un liquide cloacal nauséabond. En dernier recours, il arrive qu’elle fasse le mort: elle se tord, se place sur le dos et laisse pendre sa langue hors de sa gueule ouverte. Quelques gouttes de sang peuvent même sortir de sa gueule pour parachever l’effet. À peine son agresseur a-t-il relâché son attention que notre couleuvre reprend vie et disparaît.
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Andreas Meyer
- Couleuvre à collier faisant la morte
Leur langue fourchue: un organe sensoriel olfactif
Comme tous les serpents, la couleuvre à collier est pratiquement sourde. En revanche, sa vue est bien développée et l’aide à chasser et à détecter les dangers. Le frétillement de la langue, typique des serpents, leur permet de percevoir les odeurs. Grâce à une petite ouverture au bout du museau, la couleuvre à collier peut pointer sa langue même avec la gueule fermée. Les particules odorantes flottant dans l’air restent collées à la langue. En rentrant sa langue, le serpent les porte aux organes de Jacobson, dotés de cellules sensorielles et situés dans le haut du palais. La forme bifide de sa langue aide le serpent à obtenir une «image olfactive» tridimensionnelle de son environnement.
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Stefan Dummermuth
- Sa langue perçoit les odeurs en trois dimensions
Habile chasseuse de grenouilles
Les couleuvres à collier se nourrissent essentiellement de grenouilles et de crapauds, mais aussi de tritons, de salamandres, de larves d’amphibiens et parfois de poissons. Cette chasseuse agile ne fait pas dans la dentelle: elle engloutit ses proies vivantes. Le serpent fait avancer alternativement ses mâchoires très mobiles. Il conduit ainsi sa proie toujours plus profondément dans son gosier. La grenouille ne se laisse pas faire si facilement. Elle se gonfle d’air pour se défendre. La couleuvre y remédie en engloutissant généralement grenouilles et crapauds par l’arrière du corps, expulsant ainsi l’air par la gueule de sa proie.
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Matthias Sorg
- Les couleuvres à collier se nourrissent principalement d’amphibiens
De quoi la couleuvre à collier a-t-elle besoin?
Du fait de leur régime alimentaire, les couleuvres à collier affectionnent les points d’eau riches en amphibiens. Elles suivent aussi les amphibiens dans leurs habitats terrestres et l’on peut donc en voir à relativement grande distance de toute rive. En plus de proies en nombre suffisant, il faut à la couleuvre à collier des endroits où se dorer au soleil et des cachettes – murs en pierres sèches, tas de branches ou de pierres – mais aussi des sites appropriés à la ponte de ses œufs. Les couleuvres à collier passent l’hiver dans des coins abrités du gel, par exemple dans des cavités du sol ou des arbres, sous des pierres, dans les fentes de murs, des tas de compost ou de sciure.
Au cours des cent dernières années, l’homme a détruit une grande partie de l’habitat des couleuvres à collier. Autrefois étendus dans notre pays, les zones humides ont été drainées, les cours d’eau régulés, les espaces naturels construits ou coupés par des routes. En outre, il manque aux couleuvres à collier des structures telles que les haies, les fossés, les murs en pierres sèches, les tas de pierres et les bandes herbeuses. Tous ces éléments ont été débarrassés sur les terres agricoles exploitées de manière intensive. Les populations de cette espèce subissent des pertes considérables. La couleuvre à collier, comme tous les serpents de Suisse, figure sur la Liste rouge des espèces menacées. Elle est aujourd’hui protégée.
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Matthias Sorg
- Les couleuvres à collier apprécient la proximité des points d’eau et la présence de nombreuses cachettes
Que fait Pro Natura?
- Les couleuvres à collier se sentent bien là où les amphibiens prospèrent. Pour aider l’Animal de l’année 2015, il faut protéger les zones humides restantes et créer de nouveaux habitats. Pro Natura agit dans le cadre de sa campagne «Des gouilles pour les grenouilles»: notre association crée de nouveaux points d’eau pour la reproduction des amphibiens et encourage les communes à en faire de même.
- Pro Natura s’occupe de plus de 650 réserves naturelles dans toute la Suisse. Elle y entretient des habitats humides de manière ciblée et veille à ce que les points d’eau ne soient pas envahis par la végétation ou par les alluvions.
- Pro Natura s’engage pour des cours d’eau naturels avec des zones alluviales accueillantes pour les reptiles et les amphibiens.
- Pro Natura milite pour une agriculture produisant des aliments sains, dans le respect de la nature. Elle fait par exemple en sorte que les paiements directs de la Confédération soient liés à des prestations écologiques des agriculteurs et agricultrices.
- Pro Natura est cofondatrice du Centre de Coordination pour la Protection des Amphibiens et des Reptiles de Suisse (karch) et collabore avec ses spécialistes sur des projets spécifiques.
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Matthias Sorg
- Les couleuvres à collier dépendent de zones humides riches en amphibiens
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Animal de l’année 2014: le grillon champêtre
Le grillon champêtre est surtout connu pour ses inlassables stridulations qui dominent le concert donné dans les prés des premières chaudes journées de printemps jusqu’au mois d’août. Mais cet insecte ne se montre guère aux yeux du public. Ce sont les grillons mâles qui s’efforcent d’attirer les femelles et de tenir leurs rivaux à distance par leurs «zri, zri, zri» sonores. En 2014, Pro Natura donne la vedette à ce modeste premier violon pour sensibiliser la population à l’importance des prairies fleuries riches en espèces du pays.
Un smoking d’où émerge une tête ronde
Le grillon champêtre est l’une des plus de 100 espèces d’orthoptères vivant en Suisse. On s’imaginerait à tort une sorte de sauterelle verdâtre: le grillon champêtre, qui peut atteindre 28 millimètres de long, est noir et trapu. Sa tête est ronde et ses ailes brunes veinées de noir, leur base colorée de jaune sombre en particulier chez les mâles. Le dessous des pattes arrière est rouge. Les femelles se reconnaissent à leur oviducte long et fin.
Malgré leurs ailes, les grillons sont incapables de voler. Mais ils sont vifs et rapides. Ils se nourrissent de graminées et d’herbes, mais aussi de petits insectes vivants ou morts. Les grillons champêtres, de leur côté, font les délices des gros oiseaux, des reptiles et des mammifères tels les renards, les musaraignes et les chats.
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Albert Krebs/ETH
- Une femelle grillon champêtre reconnaissable à son oviducte
Premier violon dans l’orchestre des prés
Le chant est l’apanage des mâles chez les grillons champêtres. Les mâles marquent leur territoire par de sonores «zri, zri, zri» et montrent en même temps la direction aux femelles intéressées. Ces violonistes se servent de leurs ailes avant, les élytres, comme instrument sonore. La face inférieure de celles-ci possède un alignement de 140 petites dents. Cette râpe passe comme un peigne sur un grattoir formé par la saillie lisse située sur le bord de l’aile opposée. Une membrane à la base des ailes amplifie le son comme un haut-parleur. Leurs ailes relevées et l’entrée de leur galerie servent de caisse de résonance. La stridulation d’un grillon en terrain ouvert peut s’entendre jusqu’à 100 mètres. Muettes, les femelles perçoivent l’appel du mâle grâce à leurs minuscules organes auditifs en forme de fente, logés sur leurs pattes avant. Si la prestation les convainc, elles viennent à la rencontre de leur galant. Dès qu’une femelle s’approche, le mâle change brusquement de mélodie et courtise sa dulcinée avec un chant d’amour délicat.
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Florin Rutschmann
- Le mâle relève ses ailes pour amplifier son chant
Bunker avec terrasse
Il n’est pas simple de localiser précisément un grillon champêtre stridulant entre les herbes. Ces insectes craintifs se taisent dès qu’on s’approche d’eux. Ils disparaissent à la vitesse de l’éclair dans les galeries qu’ils creusent dans le sol. Celles-ci s’enfoncent jusqu’à 40 centimètres de profondeur et ne comportent pas de ramifications.
Les grillons aménagent devant leur galerie une petite plate-forme qu’ils gardent libre d’herbes et de cailloux. Elle sert de scène à leurs prestations musicales, mais aussi d’arène pour les combats entre mâles rivaux. Dès qu’un mâle étranger s’y risque, le maître des lieux entonne un chant strident. Si la menace acoustique ne suffit pas, une épreuve de force peut s’engager: les adversaires projettent leurs longues antennes contre la tête du rival, ils se poussent et se mordent jusqu’à ce que l’un d’eux abandonne le combat.
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Ingo Stiegemeyer
- Un grillon champêtre mâle devant sa galerie
Jeunes sans domicile fixe
Les grillons champêtres s’accouplent souvent devant l’entrée de la galerie d’un mâle. Les femelles pondent ensuite leurs œufs dans la terre, où ils sont livrés à eux-mêmes. Après deux à trois semaines éclosent des larves minuscules qui ressemblent déjà à leurs parents, sauf qu’elles n’ont pas encore d’ailes. Les larves de grillon champêtre vagabondent pendant l’été, mangent et muent jusqu’à dix fois. Les jeunes ne deviennent sédentaires qu’à l’automne: ils creusent alors une galerie ou en rénovent une, abandonnée par un de leurs congénères. Les larves s’y abriteront l’hiver. Au printemps, elles changeront encore une ou deux fois de peau et deviendront adulte début mai.
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Florin Rutschmann
- Les larves de grillon champêtre n’ont pas encore d’ailes
Une vie dans les prés fleuris
En Suisse, le grillon champêtre se rencontre dans les vallées au climat relativement doux, dans des endroits chauds et secs, jusqu’à 1800 mètres d’altitude. Le grillon champêtre est un habitant typique des prairies, des pâturages et des talus ensoleillés et entretenus de manière extensive. Ces habitats bien fleuris ne sont pas seulement un paradis pour les orthoptères comme le grillon champêtre, mais aussi pour de nombreuses autres espèces animales et végétales.
Malheureusement, depuis le milieu du siècle dernier, l’étendue et la qualité de nos prairies fleuries riches en espèces diminuent sans cesse. À cause de l’intensification de l’agriculture ou de l’embroussaillement des versants qui ne sont au contraire plus exploités. En outre, il n’est pas rare qu’on construise sur les emplacements ensoleillés. Le chant du grillon champêtre s’est ainsi tu à de nombreux endroits. Si ces insectes sont relativement mobiles à l’intérieur d’une prairie chaude et sèche, ils se heurtent rapidement à certaines limites. Aujourd’hui de nombreuses populations vivent quasiment sur des îlots, ce qui rend plus vulnérable cette espèce normalement répandue.
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Fabian Biasio
- Les grillons champêtres aiment les prés et les pâturages ensoleillés et exploités de manière extensive
Que fait Pro Natura?
- Pro Natura assure la présence d’un réseau de plus de 650 réserves naturelles dans toute la Suisse. Les prairies et les pâturages dans les réserves naturelles de Pro Natura sont gérés extensivement – à la grande joie du grillon champêtre qui vit dans un grand nombre de ces sites.
- Avec sa campagne «Flower Power – prairies arc-en-ciel», Pro Natura s’engage pour que les prés et les pâturages colorés et riches en espèces progressent à nouveau en Suisse.
- Pro Natura préserve et favorise les prairies et les pâturages secs. Le projet Allegra Pierre le chevrier étudie par exemple les possibilités de rendre à nouveau exploitables les versants autrefois entretenus par l’agriculture et de les sauver ainsi de l’embroussaillement.
- Dans les cantons, les sections de Pro Natura s’investissent aussi pour des prairies et des talus riches en espèces, par exemple dans le canton de Vaud.
- En matière de politique agricole, Pro Natura défend une position claire en faveur des prairies et des pâturages riches en espèces dans les zones rurales.
- Pro Natura s’engage pour un usage économe du sol.
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Benoît Renevey
- Les prairies fleuries constituent un habitat important pour de nombreuses espèces animales et végétales
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Animal de l’année 2013: le crapaud accoucheur
Le mode de vie du crapaud accoucheur est unique parmi les amphibiens indigènes. Pendant plusieurs semaines, le père porte les œufs à califourchon sur son dos. Lorsque les têtards sont prêts à éclore, il les amène rapidement et sûrement dans l’eau.
Choisir le crapaud accoucheur comme Animal de l’année 2013, c’est aussi pour Pro Natura l’occasion d’attirer l’attention sur le déclin dramatique des amphibiens indigènes et de réclamer davantage de zones humides pour les grenouilles, les crapauds, les tritons et les salamandres.
Nocturnes et insectivores
Le crapaud accoucheur mesure 3,5 à 5 centimètres. Il appartient au superordre des anoures. Sa peau est gris terre et sa face ventrale blanchâtre. Une série de verrues, souvent rougeâtres, s’étire sur ses flancs. Ses grands yeux dorés se caractérisent par une pupille verticale en forme de fente.
Durant la journée, le crapaud accoucheur se cache dans des trous dans le sol, dans des trous de souris, sous des pierres, dans les joints de murs, des tas de sable ou des plates-bandes. S’il fait suffisamment chaud et humide, il quitte sa cachette le soir pour se mettre en quête de nourriture. Pour son menu, il n’est pas difficile: il attrape à peu près tout ce qui passe à sa portée et qui est plus petit que lui, comme des insectes, des araignées, des cloportes, des limaces et des vers.
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Axel Birgin
- Le crapaud accoucheur est omnivore: il mange tout ce qui passe à sa portée.
Le chœur des prétendants
En Suisse alémanique, on lui donne le nom familier de «Glögglifrösch» (grenouille clochette). Il ne porte pas ce nom par hasard: si les crapauds accoucheurs ne se montrent que rarement à notre regard, on les remarque facilement à leur chant particulier. Le soir, de la fin mars à août, les mâles se disputent les faveurs des femelles prêtes à l’accouplement en émettant des sons brefs et clairs. Le chant du crapaud se réduit à une note répétée par chaque individu. Mais quand il est émis en chœur, il ressemble à un carillon polyphonique. Lorsqu’un des prétendants a conquis une femelle, il s’accroche à elle avec les pattes avant. Commence alors un long et complexe rituel d’accouplement.
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Kurt Grossenbacher
- Le crapaud accoucheur lors de l’accouplement.
S’occuper des petits est l’affaire des mâles
Contrairement à tous les autres crapauds, les crapauds accoucheurs s’accouplent sur la terre ferme et ne pondent pas leurs œufs dans un plan d’eau. Le couple forme avec les pattes postérieures une petite corbeille. La femelle y dépose deux chapelets d’œufs qui sont immédiatement fécondés par le mâle. Ensuite, le mâle passe plusieurs fois ses pattes postérieures à travers la ponte afin d’enrouler les cordons d’œufs autour de ses talons.
La femelle est maintenant libérée de ses obligations. Le mâle se charge parfois d’une, plus rarement de deux autres pontes d’autres femelles. La précieuse cargaison bien fixée sur ses pattes, le papa crapaud part à la recherche d’une cachette chaude et humide, favorable à la maturation des œufs. Après 3 à 6 semaines de bons et loyaux services, il met à l’eau les œufs arrivés à maturité. En quelques minutes, les larves commencent à éclore. Les têtards se transforment durant le même automne en animaux terrestres ou bien hivernent dans l’eau sous forme de larves. Ils atteignent la taille imposante de 9 centimètres, supérieure à celle de tous les autres têtards indigènes.
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Jan Ryser
- Le mâle avec son chapelet d’œufs.
Des talus et de l’eau
En Suisse, le crapaud accoucheur vit surtout dans les régions vallonnées et les Préalpes. On n’en trouve pas au sud des Alpes. Il a absolument besoin d’eau tranquille pour le développement de ses larves. La forme que prend cette eau semble secondaire: le crapaud dépose ses têtards dans des mares et des étangs, mais aussi dans certains tronçons de rivières et de ruisseaux à l’écoulement lent.
Une fois sortis de l’eau, les crapauds accoucheurs passent le reste de leur vie sur terre. Ils ne s’établissent que là où ils trouveront un biotope terrestre adapté. C’est toujours à proximité de l’eau. Ils ont une préférence pour les talus bien ensoleillés au sol meuble. Le crapaud accoucheur trouve cette proximité entre habitat aquatique et terrestre surtout dans les zones alluviales, les pentes instables, les gravières et les carrières. Certaines fois aussi au bord d’étangs à la situation avantageuse, mais le plus souvent dépourvus de poissons.
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Andreas Meyer
- Le biotope idéal des crapauds accoucheurs.
Crapaud accoucheur en détresse
Le crapaud accoucheur est gravement menacé en Suisse. Près de la moitié de sa population a déjà disparu au cours des vingt-cinq dernières années. Il n’est pas le seul à connaître ce triste sort. Quatorze des vingt espèces d’amphibiens indigènes figurent sur la liste rouge. L’une d’entre elles a même déjà disparu de notre pays. Les amphibiens appartiennent aux groupes d’animaux les plus menacés en Suisse.
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Pro Natura
- Le statut du crapaud vert en Suisse est actuellement peu clair.
L’eau manque aux amphibiens
Les amphibiens ont besoin de plans d’eau pour vivre. Malheureusement, le fameux «château d’eau suisse» est devenu trop sec. Les rivières ont été canalisées, les ruisseaux mis sous tuyau, les mares et les étangs asséchés et les prairies humides drainées. Au total, neuf zones humides sur dix se retrouvent aujourd’hui à sec. Les plans d’eau et les cours d’eau qui s’assèchent périodiquement sont aujourd’hui particulièrement rares. Or, ils sont nécessaires à beaucoup d’espèces d’amphibiens peu communes, car on n’y trouve pratiquement pas de poissons et de larves de libellules qui mangent œufs et têtards.
D’autres facteurs font également du tort aux amphibiens: dans nos campagnes intensivement exploitées, les animaux manquent de recoins. De nombreux lieux de frai sont isolés. Des poissons sont lâchés dans des cours d’eau qui n’en comptaient pas jusqu’alors. Les amphibiens sont aussi victimes de la circulation routière, des pesticides, des engrais chimiques ou même d’un nouveau champignon parasite.
Mais la cause principale du déclin des amphibiens réside toutefois dans nos paysages asséchés. Pro Natura s’engage pour sauvegarder le solde des plans d’eau adaptés aux amphibiens et pour leur reconstruire des habitats.
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- Les ruisseaux canalisés posent problème.
Que fait Pro Natura?
- Pro Natura préserve le crapaud accoucheur et d’autres espèces d’amphibiens menacées au moyen de projets de protection des espèces.
- Pro Natura assure l’existence d’un réseau de plus de 650 réserves naturelles dans tout le pays avec une centaine de sites d’importance nationale pour le frai des amphibiens.
- Pro Natura milite pour une agriculture qui produit des aliments sains dans le respect de la nature. Elle se bat pour que des paiements directs soient aussi versés pour la protection de petites structures comme les plans d’eau accueillant des amphibiens.
- Pro Natura s’engage pour des cours d’eau naturels possédant des zones alluviales convenant aux crapauds accoucheurs et à d’autres amphibiens. Elle soutient le retour du castor qui crée des habitats attractifs pour les amphibiens grâce à ses constructions.
- Pro Natura insiste sur la nécessité de protéger comme l’exige la loi nos marais et sites marécageux, qui offrent un habitat aux amphibiens en plus de nombreuses autres espèces animales et végétales.
- Pro Natura est cofondatrice du Centre de coordination pour la protection des amphibiens et des reptiles de Suisse (karch) et elle collabore avec ses spécialistes dans le cadre de projets particuliers.
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- Il est nécessaire de mener des actions concrètes pour protéger les crapauds accoucheurs.
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Animal de l’année 2012: l’oreillard brun
L’oreillard brun est aussi appelé oreillard commun ou roux. Les chauves-souris apportent une contribution importante à l’équilibre écologique dans la nature. En contrepartie, elles ont besoin d’habitats naturels diversifiés. Les chauves-souris sont des voisines discrètes: toute la journée, elles se tiennent bien cachées dans des cavités d’arbres, des fissures et des anfractuosités, certaines d’entre elles vivent même secrètement dans nos maisons. Qui sont ces êtres étranges qui ne sont ni des oiseaux, ni des souris?
Voler avec les mains
Les chauves-souris forment l’ordre des chiroptères, terme signifiant «qui vole avec ses mains». Ce sont les seuls mammifères capables de voler activement. Une fine membrane de peau élastique s’étire entre leurs métacarpes et leurs phalanges pour former leurs ailes.
Plus de 1100 espèces de chauves-souris ont été répertoriées dans le monde entier. En 60 millions d’années, elles ont conquis une étonnante diversité de niches écologiques. Sous les tropiques, il existe des chauves-souris insectivores, carnivores, piscivores, frugivores et herbivores. Ces dernières mangent des feuilles, du nectar ou du pollen. Les chauves-souris de Suisse se nourrissent exclusivement d’insectes et d’autres arthropodes comme les araignées et les faucheux. 30 espèces de chauves-souris ont été dénombrées à ce jour en Suisse.
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Dietmar Nill
- Voler: un privilège pour un mammifère.
Voir avec les oreilles
Les chauves-souris sont ultrarapides pour chasser les insectes dans l’obscurité et elles manquent rarement leur cible. Une prouesse rendue possible par un système d’ultra-sons sophistiqué: nos chasseuses nocturnes émettent de brefs cris par la bouche, inaudibles pour une oreille humaine. Ces signaux ultrasoniques sont réfléchis par des obstacles comme des branches ou des murs, mais aussi par des proies. Ces sons reviennent aux oreilles des chauves-souris. Elles peuvent ainsi se construire une représentation précise des environs grâce à l’écho de leurs cris. L’oreillard a même une aptitude supplémentaire: il peut localiser ses proies sans besoin de provoquer un écho; même le bruissement le plus faible n’échappe pas à ses grandes oreilles.
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Dietmar Nill
- À la chasse.
Mangeur de papillons et as de la voltige
L’oreillard brun (Plecotus auritus), l’Animal de l’année Pro Natura 2012, mesure environ cinq centimètres sans la queue. Ses immenses oreilles, qu’il peut mouvoir séparément, sont presque aussi longues que son corps. Il ne pèse que 5 à 12 grammes pour une envergure d’ailes d’environ 24 centimètres.
Cet as de la voltige aérienne attrape principalement des papillons de nuit. Parmi eux, des espèces nuisibles à la forêt, comme la tordeuse verte du chêne et le bombyx disparate. Les scarabées, les cousins, les chenilles et les araignées figurent également à leur menu. Comme un faucon crécerelle, l’oreillard brun peut se maintenir en vol stationnaire et cueillir directement sa proie sur une feuille, un tronc ou un brin d’herbe. Ses larges ailes lui permettent pirouettes et loopings. Lorsque l’oreillard capture de grands papillons, il se suspend à un perchoir pour les manger. Il les décortique et laisse tomber sur le sol ce qui n’est pas digeste, comme les ailes, les pattes et les antennes.
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Dietmar Nill
- L’oreillard brun, le bien nommé.
Des forêts où il fait bon vivre
L’oreillard brun est considéré comme une chauve-souris forestière typique. À quoi ressemble la forêt idéale pour les chauves-souris? C’est une mosaïque de forêt dense et de forêt claire, de peuplements de feuillus et de peuplements mixtes, avec des arbres jeunes et vieux ainsi que des îlots de bois mort offrant de nombreuses cavités dans des troncs. Quantité d’insectes différents y vivent. Ainsi, la forêt fournit des habitats naturels pour le plus grand nombre possible d’espèces de chauves-souris.
Les oreillards bruns chassent la nuit, de préférence en forêt. Les vergers hautes-tiges, les haies et les prairies naturelles, situées à moins de 2 kilomètres de leur gîte, constituent aussi des territoires de chasse privilégiés. Leur logis peut se trouver dans la cavité d’un arbre ou dans les combles d’églises, d’usines, d’écoles et de maisons d’habitation. C’est aussi là que les femelles élèvent leurs petits pendant l’été, dans ce qu’on appelle des gîtes de mise bas. Comme les chauves-souris ne donnent généralement naissance qu’à un petit par année, leurs populations sont particulièrement vulnérables. Il faut des décennies pour permettre à une espèce affaiblie de rétablir ses effectifs.
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Klaus Bogon
- L’oreillard brun dépend de forêts diversifiées avec des arbres à cavités.
Pendues dans le froid
Pour dormir, les oreillards bruns replient leurs oreilles vers l’arrière et les coincent entre l’avant-bras et le corps. Seule une pointe sur la conque de l’oreille, appelée tragus, fait encore saillie.
Durant la saison froide, les chauves-souris se retirent dans leurs quartiers d’hiver, à l’abri du gel. Elles hibernent: la température de leur corps baisse et leurs fonctions corporelles se réduisent à un minimum. Il peut ainsi s’écouler jusqu’à 90 minutes entre deux inspirations. La fréquence cardiaque est également basse. Pour éviter aux animaux de se déshydrater durant leur long sommeil hivernal, l’habitat doit présenter une humidité de l’air élevée. Les cavernes, anfractuosités, tunnels, caves aux sols naturels et les cavités d’arbres constituent des quartiers d’hiver appréciés.
En hiver, les chauves-souris ne sont pas complètement immobiles. Elles modifient parfois leur position de sommeil ou changent de quartier lorsqu’il se met à faire trop chaud ou trop froid. Mais chaque réveil est lent et utilise une partie de leurs réserves de graisse limitées. Le réveil, qui prend jusqu’à une heure, consomme la même quantité d’énergie qu’environ onze jours d’hibernation. Les chauves-souris en hibernation ne devraient pas être dérangées jusqu’au printemps, qui marque le retour de la chaleur et de l’offre en nourriture.
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Dietmar Nill
- Une hibernation la tête en bas.
Les chauves-souris ont besoin de diversité
En Suisse, l’oreillard brun est une espèce répandue du Plateau aux régions de montagne. Il est néanmoins considéré comme menacé, comme la quasi-totalité des chauves-souris indigènes. L’utilisation intensive du paysage fait disparaître un nombre croissant de vergers, de haies et de bosquets champêtres qui servent de territoires de chasse et de points d’orientation importants pour les chauves-souris en vol. Les arbres creux sont devenus une denrée rare dans nos forêts intensément exploitées, d’où les vieux arbres et le bois mort sont éliminés. L’agriculture intensive réduit la diversité des insectes.
En choisissant l’oreillard brun comme Animal de l’année 2012, Pro Natura invite à préserver et à améliorer la diversité des habitats naturels, et ainsi à offrir des paysages structurés et diversifiés aux chauves-souris.
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Klaus Bogon
- En réseau: les vergers et les haies constituent des itinéraires de vol importants.
Que fait Pro Natura?
- Pro Natura s’engage pour des forêts diversifiées, au travers de projets de protection de la forêt et sur le plan politique. Les chauves-souris ont besoin de ces forêts diversifiées, où l’on trouve aussi de vieux peuplements et du bois mort.
- Pro Natura soutient la sauvegarde des vergers de fruitiers hautes-tiges en Suisse avec le label «Hautes-tiges Suisse». Les vergers hautes-tiges sont doublement importants pour les chauves-souris: comme territoires de chasse et comme points d’orientation lors de leur vol nocturne.
- Pro Natura s’engage pour une politique agricole plus écologique. Davantage de surfaces de compensation écologiques et moins de pesticides augmentent la diversité des insectes et l’offre en nourriture des chauves-souris s’en trouve améliorée.
- Pro Natura milite pour des cours d’eau proches de la nature fournissant une source de nourriture aux chauves-souris.
- Pro Natura participe à la gestion de plus de 650 réserves naturelles dans toute la Suisse. Notre but: agir pour la nature - partout!
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Christoph Oeschger
- Milieux vitaux diversifiés.
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Animal de l’année 2011: le lombric
Les vers de terre sont les maîtres d’œuvre de la fertilité des sols. Ils forent infatigablement dans la terre, font pénétrer les restes de plantes dans le sol, produisent un humus précieux et améliorent la structure du sol. Ces travailleurs assidus entretiennent ainsi une de nos plus précieuses ressources: le sol, qui, comme base vitale des plantes, des animaux et des hommes, doit être à ce titre utilisé et protégé avec le plus grand soin.
On trouve en Suisse une quarantaine d’espèces de vers de terre. La plus connue d’entre elles est le ver de rosée Lumbricus terrestris. Ce ver de terre de 12 à 30 cm de long est rouge-brun à l’avant et plutôt pâle à l’arrière. On le trouve partout sur la planète: dans les prairies, les champs, les jardins et les forêts, où il perce dans le sous-sol des galeries presque verticales jusqu’à près de 2 mètres de profondeur, mélangeant ainsi activement la terre. Son régime est fait de feuilles et de restes de récoltes qu’il tire dans ses galeries pour les y faire prédigérer par des champignons et des bactéries. Seule cette technique de compostage permet au lombric, qui n’a pas de dents, d’absorber ces matières végétales.
Les vers de terre sont des organismes à sang froid qui ne peuvent pas contrôler eux-mêmes la température de leur corps. C’est au printemps et en automne qu’ils sont le plus actifs. En cas de sécheresse estivale et pendant les gels de l’hiver, la plupart des espèces commencent par se réfugier dans les profondeurs du sol, puis, si les conditions sont trop extrêmes, les vers de terre s’enroulent dans une cavité tapissée de déjections et tombent dans un état de torpeur rigide pour redevenir actifs lorsque les conditions s’améliorent.
Les trois formes de vie de nos vers de terre
Les différentes espèces de vers de terre peuvent être classées en trois groupes écologiques en fonction de leur habitat:
- Petits et agiles, les habitants des litières se trouvent tout en haut de la couche d’humus. Ils mangent de la matière végétale morte trouvée à la surface du sol. Leur corps est entièrement rouge-brun pour se protéger des rayons UV. Le ver du compost Eisenia foetida est un représentant typique de ce groupe
- Ceux qui vivent dans le sol minéral colonisent la zone des racines des plantes et se nourrissent par exemple de bouts de racines mortes, mais ils ne s’attaquent pas aux parties vivantes des plantes. Pâles et transparentes, ces espèces qui creusent surtout des galeries horizontales et instables ne viennent presque jamais à la surface du sol. On peut citer ici comme exemple le ver gris Nicodrilus caliginosus.
- Les grandes espèces qui creusent profondément vont et viennent entre le sous-sol et la surface du sol, forant des galeries presque verticales, stables et dont les parois sont tapissées de leurs déjections. Ces espèces puissantes prennent des matières végétales à la surface du sol pour les tirer dans leurs galeries. Seule la partie antérieure de leur corps est de couleur foncée. C’est à ce groupe qu’appartient le ver de terre Lumbricus terrestris.
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H. & Hans-Jürgen Koch / Pro Natura
- Lumbricus terrestris dans une des galeries qu’il habite.
Aveugle, sourd et muet
Le corps du lombric peut comporter jusqu’à 200 segments dont chacun est muni de poils courts. Les muscles circulaires et longitudinaux se trouvent sous la peau. S’il contracte les muscles circulaires, les muscles longitudinaux se relâchent et l’endroit concerné se rétrécit et s’allonge. C’est en alternant l’allongement et le raccourcissement des parties de son corps que le ver de terre rampe vers l’avant. Pour s’enfoncer dans le sol, il enfile sa «tête» fine dans une étroite fissure, puis il contracte ses muscles longitudinaux, l’avant de son corps s’épaissit et écarte la terre. Les vers de terre peuvent déplacer de cette manière jusqu’à 60 fois le poids de leur corps, ce qui les propulse – par rapport à leur poids – parmi les animaux les plus puissants du monde.
Le lombric, comme l’homme, a le sang rouge. Entraîné par cinq paires de «cœurs», il circule dans un ingénieux système de vaisseaux sanguins. Le ver de terre n’absorbe pas l’oxygène dont il a besoin par des poumons ou des branchies, mais par la surface de son corps: son sang circule sous et à travers la peau dans des vaisseaux très fins, capturant de l’oxygène au passage.
Les vers de terre n’ont pas d’oreilles ni de nez – et pas de vrais yeux. Des cellules photosensibles placées à leur extrémité antérieure et postérieure leur permettent cependant de percevoir les variations de luminosité, et un sens du toucher et de la gravitation les aide à s’orienter dans leur système de galeries. Enfin, un sens de la pression leur permet de ressentir les secousses et donc de s’enfuir à temps à l’approche d’un prédateur.
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Heidi & Hans-Jürgen Koch / Pro Natura
- Lombric commun avec clitellum et partie antérieure pigmentée.
La vie amoureuse des hermaphrodites
Les vers de terre s’accouplent surtout au printemps et en automne. Ils sont hermaphrodites, c’est-à-dire qu’ils possèdent aussi bien des testicules que des ovaires. Les vers qui ont atteint leur maturité sexuelle se reconnaissent à un épaississement situé au tiers antérieur du corps, le clitellum. Pour se reproduire, deux vers de terre se collent tête-bêche étroitement l’un à l’autre et échangent leur sperme. Ils forment ensuite autour du clitellum un anneau de mucus dont ils se dépêtrent ensuite lentement en y excrétant leurs œufs et leur sperme. Une fois détachée, cette manchette de mucus forme un cocon gros comme une tête d’allumette. Après une période de quelques semaines à plusieurs mois, selon l’espèce, les jeunes vers de terre éclosent de cet «œuf».
Le verre de terre Lumbricus terrestris s’accouple quant à lui une fois par année en formant 5 à 10 cocons contenant chacun 1 œuf. Eisenia foetida, par contre, s’accouple plus souvent et forme environ 140 cocons par année, chacun donnant naissance à plusieurs multiplés.
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Heidi & Hans-Jürgen Koch / Pro Natura
- Cocon en forme de citron de la grandeur d’une tête d’allumette.
L’architecte de la fertilité des sols
Les vers de terre sont les artisans incontournables de la fertilité des sols: dans un hectare moyennement peuplé, 1 bon million de lombrics produisent chaque année jusqu’à 100 tonnes de déjections. Cet humus de haute valeur contient jusqu’à 5 fois plus d’azote, 7 fois plus de phosphore et 11 fois plus de potassium que la terre environnante. Cet engrais d’excellente qualité contribue de manière décisive à l’approvisionnement des plantes en éléments nutritifs.
En même temps que la matière végétale morte, le lombric ingère aussi de grandes quantités de terre minérale. Ses déjections contiennent donc ce qu’on appelle des complexes argilo-humiques, qui sont très importants pour que le sol ait une bonne structure grumeleuse.
Infatigables constructeurs de tunnels, les lombrics aèrent le sol, améliorent sa capacité de rétention d’eau et facilitent la croissance des racines. Et en arboriculture fruitière, les vers de terre sont même des auxiliaires biologiques bienvenus dans la lutte contre les ravageurs: en tirant les feuilles mortes dans le sol et en les mangeant, ils détruisent aussi les organismes nuisibles comme les spores de la tavelure du pommier ou les insectes qui creusent des galeries dans les feuilles.
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Heidi & Hans-Jürgen Koch / Pro Natura
- Quelque 100 tonnes de déjections sont déposées dans et sur le sol par les lombrics en un an sur un hectare.
La terre, c’est bien plus que de la saleté
Le lombric prend donc soin d’une de nos plus précieuses ressources puisque le sol est la base de la vie des plantes, des animaux et de l’homme: assurant habitat et nourriture, le sol régule le cycle naturel de l’eau, fournit des matières premières minérales, de la géothermie et la base même de la diversité des paysages.
Or le sol est menacé. Surfertilisation, pesticides, polluants, compactage et érosion lui donnent certes du fil à retordre, mais c’est le bétonnage qui nous fait perdre le plus de sols vivants. En effet, la surface d’habitat et d’infrastructure croît en Suisse de presque un mètre carré par seconde. Les constructions en tout genre recouvrent toujours plus de sols agricoles et détruisent toujours plus de paysages.
En choisissant le lombric comme Animal de l’année, Pro Natura attire l’attention sur le gaspillage des sols et des paysages et en appelle à leur protection.
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Heidi & Hans-Jürgen Koch / Pro Natura
- Une prairie abrite entre 200 et 400 lombrics par mètre carré.
Les dangers qui guettent le lombric
Le lombric est une véritable friandise pour de nombreuses espèces animales. On trouve parmi ses ennemis naturels de nombreuses espèces d’oiseaux, les taupes, les martres, les hérissons, les musaraignes, le crapaud commun, les grenouilles, les salamandres, les chilopodes, les fourmis, les carabidés, les renards et les blaireaux.
Quant à l’être humain, il fait courir au lombric des dangers autrement plus graves: l’utilisation incorrecte des engrais et des pesticides ainsi que le labour intensif ou le hersage avec des machines rotatives déciment radicalement ses populations. Sans compter que les engins agricoles, toujours plus lourds, tassent le sol en profondeur et mènent la vie dure à ce fouisseur impénitent.
La pire des interventions humaines reste cependant le bétonnage effréné des sols cultivés. On ne trouve en effet quasiment plus rien de vivant sous les surfaces totalement imperméables comme les bâtiments, les parkings et les routes.
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Matthias Sorg
- C’est l’être humain qui fait courir les plus grands dangers au lombric.
De quoi le lombric a-t-il besoin?
Favoriser le lombric contribue directement à rendre les sols plus sains, plus vivants et plus fertiles. Il faut donc ménager le sol quand on travaille la terre de nos jardins ou de nos champs: labourer et bêcher avec parcimonie, utiliser motoculteurs et herses rotatives seulement quand c’est absolument nécessaire. Les vers de terre ont aussi besoin d’avoir suffisamment de matières organiques à ingérer, et la diversification des rotations des cultures, l’abondance des restes de récoltes, la couverture systématique du sol (engrais verts, mulchage) et l’utilisation correcte des engrais organiques (fumier, compost, lisier) permettent de leur garantir une nourriture copieuse. À l’inverse, les fortes doses d’engrais chimiques et les produits phytosanitaires toxiques doivent être évités au maximum pour la survie des vers de terre.
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Heidi & Hans-Jürgen Koch
- Le ver de terre Lumbricus terrestris.
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Animal de l’année 2010: l’abeille à longues antennes
Les abeilles sauvages constituent un maillon écologique important dans la nature car elles jouent le rôle de pollinisateurs. Par ce choix, Pro Natura souhaite attirer l’attention du public sur les millions d’insectes, souvent «invisibles» pour le novice, qui préservent la base même de notre existence: la biodiversité. L’abeille à longues antennes est une petite pièce d’un grand puzzle. Avec ses longues antennes et son dos recouvert de poils, l’abeille à longues antennes se fait tout de suite remarquer parmi les abeilles sauvages (insectes de l’ordre des hyménoptères et de la famille des apidés). Comme la plupart d’entre elles, l’abeille à longues antennes est une solitaire, à la différence de sa cousine mieux connue, l’abeille domestique, qui vit en communauté. L’abeille à longues antennes niche dans un terrier qu’elle aménage dans un sol nu, sablonneux ou limoneux. Pour se nourrir, l’abeille à longues antennes s’est spécialisée dans les papilionacées. C’est pourquoi on la rencontrera plutôt dans des prairies sèches, et des glaisières. Sa période de vol s’étend à peu près de mai à la fin juillet.
L’orchidée compte sur l’abeille à longues antennes
L’ophrys bourdon (Ophrys holosericea) a développé une stratégie irrésistible pour amener l’abeille à longues antennes à effectuer sa pollinisation. Les fleurs de l’ophrys bourdon attirent les mâles d’abeille à longues antennes en imitant la forme et l’odeur de la femelle. Dès que le mâle se pose sur une fleur pour ce qu’il pense être un accouplement, du pollen lui tombe sur la tête. Pollen que l’insecte mâle, déjà attiré par d’autres odeurs présages de reproduction, déposera dans une nouvelle fleur d’ophrys bourdon. L’insecte jouant le rôle de «taxi» pour le transport du pollen contribue donc involontairement à la pollinisation. Cette orchidée compte parmi les fleurs qu’on dit exercer une «confusion sexuelle». Sans abeilles à longues antennes, l’ophrys bourdon ne pourrait pas survivre. Chaque espèce compte!
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Nicolas J. Vereecken
- Le parfum et la forme de l’ophrys bourdon attirent l’eucère à longues antennes.
L’abeille domestique n’est pas seule!
L’abeille domestique et ses produits sont connus et appréciés. Avec Maya l’abeille, elle a conquis de nombreux cœurs d’enfants sous sa forme littéraire (en 1912) et cinématographique (dès 1976). Mais on ignore souvent qu’à côté de l’abeille domestique, il existe environ 580 espèces d’abeilles sauvages en Suisse et environ 30’000 dans le monde entier. À la différence de l’abeille domestique, la plupart des abeilles sauvages ne vivent pas en communauté mais appartiennent à des espèces solitaires et discrètes. Les abeilles sauvages jouent un rôle écologique essentiel comme pollinisateurs de plantes sauvages et cultivées. Le nectar des fleurs constitue leur principale source de nourriture. Elles approvisionnent leur couvain en pollen et en nectar. Selon l’espèce, elles trouvent leur site de nidification dans des lieux les plus divers. Les abeilles sauvages nichent dans des sols sablonneux ou limoneux, dans des coquilles d’escargots, elles creusent des trous dans le bois mort, construisent des nids dans les tiges de plantes ou dans des murs en pierres sèches.
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Nicolas J. Vereecken
- Le xylocope violet, ou abeille charpentière.
Toute une vie consacrée au couvain
La vie de la femelle abeille sauvage tourne autour du nid qu’elle se construit elle-même et où elle passe la plupart de son temps: elle y pond ses œufs et le couvain va s’y développer. C’est seulement pour trouver nourriture ou matériaux de construction qu’elle quitte cet endroit sûr. Elle dépose un œuf avec du pollen et du nectar dans chaque cellule, unité de base du nid, qu’elle referme ensuite avec par exemple du limon. Les cellules se succèdent jusqu’à ce que le nid soit rempli. C’est dans ces cellules que s’effectue la métamorphose complète de l’œuf en abeille entre l’automne et le printemps. La femelle passe ainsi les quelques semaines de sa période de vol – du printemps à l’été – à veiller sur le couvain pour assurer sa descendance.
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Nicolas J. Vereecken
- Coupe longitudinale d’une cellule de ponte.
Les abeilles sauvages toujours moins nombreuses
De nombreuses abeilles sauvages (hyménoptères de la famille des apidés) figurent sur la liste rouge des espèces menacées de Suisse. Le recul aussi bien du nombre d’espèces que d’individus a été considérable au cours de ces dernières décennies. Les raisons en sont multiples mais elles sont généralement liées au comportement humain. Les habitats naturels de nombreuses espèces d’abeilles sauvages ont disparu ou se sont dégradés. L’agriculture intensive, l’utilisation de pesticides, la construction d’infrastructures comme les routes et les bâtiments péjorent ou détruisent les habitats naturels, les lieux de nidification et l’offre en nourriture des abeilles sauvages. Il y a toujours moins d’espaces verts et les espaces ouverts restants sont souvent exploités trop intensivement. Ces deux facteurs menacent la pérennité des quelques 580 espèces d’abeilles sauvages de Suisse.
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Pro Natura
- La dénaturation et l’uniformisation des paysages nuisent aux abeilles sauvages.
Sans plantes sauvages pas d’abeilles sauvages, et inversement!
La période de vol des abeilles sauvages ne dure que quelques semaines entre le printemps et l’été et elle présente des variations selon les espèces. Les fleurs sauvages, les buissons et les arbres fruitiers qui offrent aux abeilles sauvages la nourriture dont elles ont besoin fleurissent souvent durant une période très limitée. Il faut ainsi qu’il y ait durant les quelques semaines de vol des abeilles, suffisamment de nourriture pour elles et leur progéniture. Si les abeilles sauvages sont très dépendantes de l’offre alimentaire existante, leurs plantes nourricières ont aussi besoin d’elles pour la pollinisation. On a donc là une parfaite illustration des interactions existant entre animaux et plantes. Les espèces animales et végétales ne peuvent survivre séparément. Elles font partie de la biodiversité et dépendent les unes des autres, ainsi chaque espèce compte. L’être humain aussi fait partie de la biodiversité et dépend d’elle. C’est pourquoi nous devons la protéger.
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M. Sorg
- Les abeilles sauvages ont besoin de paysages diversifiés.
Osons le désordre et la diversité dans nos jardins!
En aménageant et en entretenant nos jardins de manière naturelle, nous pouvons faire beaucoup pour les abeilles sauvages, sans grands efforts. Le principe est simple: il faut avoir le courage d’accepter un certain désordre pour laisser place à la diversité. La contribution la plus importante à la protection des abeilles sauvages réside dans la préservation et la valorisation de milieux naturels.
Vous pouvez être utile aux abeilles avec:
- Un jardin aux structures très diverses avec des plantes indigènes de différentes formes et périodes de floraison.
- Une prairie riche en espèces que vous fauchez en plusieurs fois: en ne fauchant que certaines parties du pré, on conserve un milieu naturel pendant une plus longue période.
- Des zones ouvertes avec des sols sablonneux ou limoneux.
- Des tas de gravier et de bois mort, des murs en pierres sèches, des coquilles d’escargots et des tiges de plantes.
Avec ces mesures simples, nous pouvons aider les abeilles sauvages à se nourrir et à se reproduire. Mais pensez aussi que le couvain des abeilles se développe pendant l’hiver dans les nids. Laissez donc dans votre jardin des tiges de plantes et des coquilles d’escargots jusqu’au printemps, sans quoi tout un couvain pourrait être perdu. Si vous voulez faire encore davantage pour les abeilles sauvages, vous trouverez au début de la page un mode d’emploi pour la construction d’hôtels à abeilles (en allemand).
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M. Sorg
- Un jardin «sauvage» pour les abeilles.
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Animal de l’année 2009: l’ours brun
«L’ours est de retour!» annonçait le Parc national suisse dans un communiqué de presse daté du 26 juin 2005, soit près de cent ans après que le dernier ours suisse a été abattu. Deux autres ours sont apparus dans le val Münster et en Engadine en 2007. On peut s’attendre à ce que d’autres ours immigrent en Suisse pour y trouver un nouveau milieu de vie. L’Arc alpin a été peuplé d’ours depuis la nuit des temps. Et il semble bien que ce soit à nouveau le cas. L’ours fait partie de notre nature, de notre culture. De nombreux noms de lieux et sa présence sur des armoiries cantonales et communales en témoignent. Sans oublier toutes les auberges du pays dont le nom rend hommage à l’ours.
L’ours trouve chez nous des conditions de vie favorables. L’attitude de la population à son égard et le manque de soutien politique sont en définitive les plus grands obstacles que l’ours brun ait à franchir sur son chemin vers la Suisse. Notre pays doit faire face à ses responsabilités si des ours bruns continuent d’immigrer de manière naturelle. En effet, les ours bruns sont toujours menacés et donc protégés au niveau européen.
Pro Natura et l’ours: cent ans d’histoire commune
Cent ans ont passé depuis la constitution par des scientifiques bâlois de la Ligue suisse pour la protection de la nature – aujourd’hui Pro Natura – en vue de créer un Parc national suisse. Le premier objectif de Pro Natura était d’obtenir le financement du futur parc national. Il aura fallu également près de cent ans pour que l’ours brun revienne en Suisse: en 1904, deux chasseurs abattaient le dernier ours helvétique en Engadine. Photographes et population villageoise s’étaient alors déplacés pour assister au triomphe du monde civilisé sur le monde sauvage. Pendant près d’un siècle, on a donc considéré que l’ours avait disparu de Suisse.
Jusqu’à ce que JJ2 – affectueusement rebaptisé «Lumpaz» par le Blick – s’aventure à nouveau dans les forêts grisonnes en 2005. Ce n’est pas par hasard si le premier ours est réapparu cent ans après dans le Parc national suisse fondé par Pro Natura. Ce site offre manifestement une portion de nature sauvage où l’ours se sent bien. Aujourd’hui, Pro Natura s’investit sur le plan politique et par un travail de sensibilisation pour un retour pacifique de l’ours en Suisse. Pour permettre à l’histoire de l’ours en Suisse et en Europe de se poursuivre.
Vivre avec l’ours, c’est possible!
L’ours est toujours une espèce menacée et il bénéficie donc d’une protection au niveau européen. La Suisse porte une responsabilité particulière à l’égard de la diffusion naturelle de l’ours en Europe. L’Arc alpin est l’un des plus vastes territoires européens offrant un espace naturel aux ours et la Suisse est au beau milieu. Les ours ont fait partie de notre culture pendant des siècles. De nombreux noms de lieux-dits et de localités et quantité d’armoiries témoignent de la longue histoire culturelle de l’ours en Suisse. Sans parler des centaines d’auberges à travers le pays qui portent fièrement le nom de l’«ours». Mais la société a désappris à partager son territoire avec des animaux sauvages au cours de la centaine d’années pendant lesquelles l’ours avait disparu. Par le choix de l’ours, Pro Natura souhaite rendre la population attentive aux besoins des animaux sauvages et au bon comportement à adopter à leur égard, en particulier avec l’ours. Son objectif est d’obtenir davantage de sécurité pour les êtres humains et un plus large accueil de l’ours par une meilleure connaissance de cet animal.
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- © Anton Christoffel
Qui est l’ours brun? Signalement
La taille de l’ours brun (Ursus arctos) se situe entre 1m70 et 2m20. Son poids peut varier considérablement selon le territoire où il vit. Le mâle (120 à 350 kg) est nettement plus lourd que la femelle (75 à 160 kg). L’ours brun d’Europe est couvert d’un épais pelage brun clair. Le jeune porte un collier clair qui disparaît avec l’âge. À côté de puissantes canines, la dentition de l’ours présente des molaires relativement plates et larges qui fonctionnent comme des meules broyant les végétaux. Ses organes sensoriels sont extrêmement développés, en particulier son museau et ses oreilles. Le plantigrade est très curieux et montre une grande capacité d’apprentissage. Les connaissances acquises jouent un rôle important dans son comportement. Chaque animal porte en lui l’empreinte de ses expériences individuelles, ainsi les modes de comportement peuvent varier fortement d’un individu à un autre.
Répartition hier et aujourd’hui
Hier...
L’ours brun vivait autrefois dans tout l’hémisphère nord, de la toundra arctique aux régions subtropicales. Sa grande faculté d’adaptation lui a permis d’occuper des milieux naturels très divers: forêts, steppes, régions de montagne, toundra arctique. Le morcellement du paysage, le déboisement de l’Europe et surtout la traque dont il a été victime, l’a fait disparaître de vastes secteurs de son aire de diffusion originelle. Le débat sur l’opportunité du retour de l’ours a été lancé en Suisse peu après l’extinction de l’espèce dans notre pays. En 1936, l’Engadinois Steivan Brunies, co-fondateur de la Ligue suisse pour la protection de la nature (LSPN), aujourd’hui Pro Natura, exprimait l’espoir d’un repeuplement naturel de la région du Parc national à partir du Tyrol du Sud, où des partisans italiens de la protection de la nature militaient énergiquement pour une protection de l’ours et pour la création d’une vaste réserve. Septante ans plus tard, on parle de nouveau de l’ours brun en Suisse. En 2005, le premier ours brun depuis des décennies regagnait la Suisse depuis le sud.
…et aujourd’hui
Les populations actuelles d’ours en Europe sont installées dans des régions boisées, généralement montagneuses et assez peu peuplées. Leur habitat naturel est déterminé par les ressources alimentaires à disposition. En Europe, on connaît des territoires vitaux allant de 50 à 5000 km2. Selon les expériences faites dans d’autres régions d’Europe densément peuplées et exploitées de manière intensive, la Suisse offre aussi des milieux naturels appropriés pour les ours. On trouve la densité d’ours la plus élevée en Europe dans les Carpates roumaines. L’ours est également répandu dans les Alpes (Slovénie, Italie) et dans les Pyrénées. Un nombre important d’ours vit également à l’état sauvage au nord et à l’est de l’Europe (Suède, Finlande, Norvège, Russie).
L’ours brun est non seulement répandu en Europe mais aussi en Amérique du Nord, sous la forme des sous-espèces que sont l’ours Kodiak (Île Kodiak et îles voisines, près de la côte sud de l’Alaska) et le grizzly (ouest et centre de l’Amérique du Nord).
Que mange l’ours?
Le plus grand prédateur européen est principalement végétarien. Un ours brun n’est jamais en équilibre au niveau énergétique. Soit il prend rapidement du poids, soit il maigrit.
Son appétit est particulièrement grand à la fin de l’été et en automne, car il doit se constituer des réserves de graisse pour l’hiver. Un ours adulte peut consommer jusqu’à 20’000 calories par jour. Cette quantité d’énergie correspond à 30 kg de pommes.
À cette époque de l’année, la nourriture de l’ours est constituée de fruits, tels que glands et faînes et, dans les forêts du sud, de châtaignes et de baies. L’ours se retire dans une grotte pour passer l’hiver, ses réserves de graisse atteignent près d’un tiers de son poids. Lorsqu’il quitte son abri au printemps, il n’a guère faim dans un premier temps. Il se nourrit alors de racines, de graminées et de plantes comme l’ail des ours. Des charognes d’animaux sauvages victimes de l’hiver, par exemple de chamois, sont également les bienvenues. Des abeilles, des guêpes ou des fourmis fournissent aussi à l’ours des protéines animales.
Comportement et reproduction
L’ours mâle erre en solitaire dans la forêt. Il ne défend donc pas de territoire mais il évite ses congénères. C’est seulement durant la période d’accouplement, en été, qu’il cherche le contact avec une femelle. Au terme de quelques jours passés ensemble et après l’accouplement, leur chemin se sépare déjà.
Après la fécondation, le développement des embryons ne débute qu’avec l’hibernation de la femelle. La gestation dure alors de six à huit semaines. Blottie dans sa tanière, la femelle donne naissance à deux à trois minuscules rejetons qui ne pèsent que 300 à 400 grammes. Les ours vont grandir rapidement et quitter la grotte qui les a vu naître au début du printemps. Ils resteront avec leur mère pendant un an et demi à trois ans et demi.
Leur mère leur apprend à reconnaître les endroits où trouver de la nourriture et les aliments les plus énergétiques. Une fois séparés de leur mère, les oursons restent généralement encore un été ensemble avant de se mettre en quête d’un territoire propre. Les jeunes femelles cherchent alors à rester à proximité de leur mère alors que les jeunes mâles doivent souvent parcourir de longues distances pour trouver un territoire libre. Les animaux qui ont survécu à la période critique de la jeunesse peuvent atteindre l’âge de 25 ans.
Hibernation
Pour passer l’hiver, l’ours recherche une caverne dans laquelle il dépose toutes sortes de végétaux propres à constituer un tapis douillet. Durant l’hibernation, le plantigrade ne boit et ne mange rien pendant des mois et brûle ses réserves de graisse pour survivre. C’est également l’époque à laquelle les mamans ourses allaitent leurs petits. Durant le repos hivernal, l’ours voit la température de son corps baisser, de même que sa fréquence respiratoire et cardiaque. Il n’a pas besoin d’uriner ni de déféquer. Mais s’il est dérangé, l’animal se réveille instantanément et quitte même son refuge au besoin. Lorsque la température se radoucit, il arrive qu’il quitte brièvement son abri. On peut donc parfois tomber sur ses traces même en plein hiver.
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Prisma / Berndt Fischer
- Une ourse avec ses oursons
Ours et homme: la cohabitation est possible
On trouve un bon exemple de coexistence pacifique de l’ours et du monde civilisé à quelques kilomètres seulement de la frontière suisse. Après des années de travaux préparatoires, des ours slovènes ont trouvé une nouvelle patrie dans le Parc naturel italien d’Adamello Brenta, dans le Trentin. Dix ours y ont été lâchés au tournant du millénaire. Les ours des Alpes n’auraient pas eu d’avenir sans cet apport de sang neuf. Faute d’autres populations vivant aux alentours avec lesquelles ils auraient pu entretenir un échange, leur base génétique était devenue trop restreinte et ces ours n’avaient plus de descendance. Les ours réintroduits vont permettre de reconstituer une population viable.
Lors d’un sondage, la population du Trentin s’est déclarée favorable à cette politique de soutien à l’ours. Cela tient d’une part aux ours eux-mêmes, qui n’ont jamais posé de problème de par leur discrétion, et d’autre part au travail d’information intensif mené par les responsables du projet. Les chasseurs et les paysans, qui constituent les groupes d’intérêts les plus critiques, ont été inclus dans le projet. Les expériences de nos voisins Italiens et Autrichiens montrent que l’ours et l’homme peuvent cohabiter sans encombre. Ursus arctos constitue même un véritable atout touristique dans les régions concernées.
Adopter le bon comportement vis-à-vis des ours est un élément important pour la cohabitation de l’animal et de l’homme, ce uniquement dans le cas très rare d’une rencontre en pleine nature. Les mesures à adopter par la société à l’égard des ours jouent aussi un rôle important. Des poubelles à l’épreuve des ours, aucun nourrissage et aucune tentative de rapprochement téméraire sont autant d’éléments essentiels pour une cohabitation sûre et paisible de l’être humain et de l’ours. Certains ours, comme Lumpaz ou JJ3, se montrent peu timides à l’égard du monde civilisé. On doit réapprendre cette réserve aux ours en leur enseignant qu’ils ne trouveront rien à manger dans les zones habitées et qu’ils n’y sont pas les bienvenus. La plupart des ours apprécient la tranquillité et vivent retirés dans leur forêt, à l’écart des agglomérations.
Rares rencontres entre l’ours et l’être humain
Des surfaces boisées impraticables et reculées sont certes idéales pour l’ours. Mais l’homme ne doit pas forcément être absent de son territoire vital. La chance de rencontrer cet animal sauvage reste très faible même dans les régions où l’ours brun est répandu. Grâce à son remarquable odorat et à son ouïe fine, il détecte généralement de loin la présence de l’homme et prend le large. Lorsqu’on croise néanmoins le chemin du plantigrade, il faut rester calme et immobile. Dès que l’ours discerne la présence de l’être humain et réalise qu’elle ne constitue pas une menace, il bat tranquillement en retraite. Le fait que l’homme ait poursuivi et chassé ses ancêtres pendant des millénaires est profondément inscrit en lui. Il reste donc à bonne distance des êtres humains.
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Sobli / Thomas Buchwalder
- L’ours brun dans le Val Münster
Dommages causés par l’ours: comment les prévenir
L’ours est surtout végétarien mais il peut s’en prendre aux animaux domestiques, aux cultures et aux aliments pour les animaux. Il aime le sucré. Les ruches constituent donc une véritable tentation. Il est toutefois possible de les protéger par des clôtures électrifiées. Les moutons, les chèvres isolées, les bovins et les chevaux peuvent aussi être des victimes de premier plan. On peut limiter dans une large mesure les dommages en faisant garder les animaux domestiques, en les détenant la nuit dans une étable ou en les protégeant avec une clôture électrifiée. En Europe, un ours tue moins de cinq moutons par année. Les dommages aux cultures dus aux ours sont négligeables en comparaison des dommages causés par les cerfs, les chevreuils, les chamois ou les sangliers. Les dommages occasionnés malgré toutes les mesures préventives, sont indemnisés par la Confédération et les cantons.
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Jean-Marc Weber
- Sur l’Alp Giétroz
Menacé et protégé: protection juridique et gestion en Suisse
En Suisse, l’ours brun est protégé sur la base de la Convention de Berne (1980) et de la législation fédérale sur la chasse (1986). La gestion des ours immigrants a été définie en 2006 par l’Office fédéral de l’environnement (OFEV) dans un «Plan Ours». Ce Plan est basé sur la conviction que les ours et les hommes peuvent aussi cohabiter en Suisse. Il souhaite créer les conditions préalables à une coexistence qui soit la plus pacifique possible, réglementer la prévention et l’indemnisation des dommages et définir la gestion des ours dangereux pour les êtres humains. Des concepts de gestion des populations locales ont été développés dans plusieurs pays européens afin de garantir la protection de l’espèce et une cohabitation avec les hommes qui soit la plus paisible possible. Sur le plan européen, un «Plan d’action» du Conseil de l’Europe poursuit les mêmes objectifs. Grâce à ces efforts, différentes populations européennes d’ours bruns ont connu un essor au cours des dernières décennies.
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Imagepoint
- En Suisse, l’ours brun est protégé
Ulteriori informazioni
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Animal de l’année 2008: le caloptéryx éclatant
Pro Natura a choisi cette élégante libellule comme animal de l’année 2008 pour rappeler à tous combien ces paysages deviennent rares dans notre pays.
Fiche signalétique
Aspect extérieur, taille: 5 cm de long à peine, deux paires d’ailes identiques de 6 à 7 cm d’envergure, corps grêle, six longues pattes foncées
Couleur du corps: mâle bleu-vert chatoyant, femelle vert à bronze chatoyant
Couleur des ailes: mâle teintées de vert avec une large bande bleu foncé, femelle teintées de vert avec tache blanche à l’extrémité
Période de vol: de fin mai à septembre
Habitat: berges ensoleillées de ruisseaux et rivières à courant lent
Larve: jusqu’à plus de 3 cm de long, branchie caudale du milieu plus courte que les latérales, antenne à premier segment fort, vit dans les plantes aquatiques et racines flottantes des eaux courantes
Du sous-marin à l’hélicoptère
Le caloptéryx éclatant (Calopteryx splendens) vit près des rivières et des ruisseaux à courant lent, bien ensoleillés. Il est largement répandu en Europe, où l’on distingue deux sous-espèces, une méridionale et une septentrionale. En Suisse, la sous-espèce du nord colonise le Plateau et les vallées jusqu’à une altitude de 1100 mètres sur le versant Nord des Alpes et en Valais; la sous-espèce du sud est présente sur la plaine de Magadino au Tessin.
Dans de nombreux tronçons de ruisseaux ou de rivières, on peut rencontrer une autre espèce de caloptéryx: le caloptéryx vierge (Calopteryx virgo). Celui-ci a tendance à préférer les rivières et ruisseaux aux eaux plus rapides, froides et pauvres en éléments nutritifs, qui peuvent même être ombragés.
Stade vulnérable
En mai, quand les nuits deviennent plus chaudes, les premières larves sortent de l’eau. Sous le couvert des plantes des berges, la plupart du temps tôt le matin, commence le délicat processus qui donnera naissance à l’élégante demoiselle. Après s’être dégagée de son enveloppe, la libellule doit déplier ses ailes, qui ne forment pour l’instant qu’un triste paquet tout ratatiné. Pour ce faire, elle injecte du liquide corporel dans les veines de ses ailes. Elle procède de la même manière pour redresser son arrière-train. Une fois les ailes et le corps durcis, la créature fraîchement éclose s’élance dans les airs. Le passage de la vie aquatique à la vie aérienne est réussi.
Mais toutes les libellules ne parviennent pas à ce stade: leur vulnérabilité est grande au cours des quelque trois heures que dure cette métamorphose. Tant que les ailes n’ont pas durci, une simple rafale de vent peut les rendre incapables de voler. Il suffit qu’une branche tombe trop près d’elles, et c’est fini. Une vague peut emporter un individu éclos trop près de la surface de l’eau, ou les oiseaux peuvent en faire leur pâture.
Un chasseur acrobate
À peine sortie de son œuf, la libellule doit partir en quête de nourriture. Mâle et femelle ont besoin de beaucoup d’énergie pour mener à terme le développement de leurs organes génitaux. Chez le caloptéryx éclatant, cette étape dure environ une semaine.
Les libellules peuvent s’éloigner de l’eau à la recherche d’endroits où les insectes pullulent, comme les prairies naturelles, bords de chemins, haies et lisières de forêts, qui constituent, à l’instar des lieux humides, d’excellents terrains de chasse. Mais pour qu’il vaille la peine de partir en patrouille de reconnaissance, il faut que les alentours des ruisseaux et des rivières comptent des endroits restés proches de l’état naturel. Le caloptéryx éclatant ne s’éloigne de toute façon pas aussi loin ni aussi longtemps des cours d’eaux que nombre d’autres espèces.
Équipé pour la chasse
Le caloptéryx est parfaitement équipé pour la chasse: avec ses deux yeux formés de milliers de facettes, représentant chacune un œil simple indépendant, il dispose d’une vue panoramique presque ininterrompue. Il est capable de repérer des mouvements très rapides, ce qui lui permet de suivre des insectes très vifs. Trois petits yeux ponctuels sur la tête lui permettent en outre de reconnaître l’horizon.
La grande mobilité de la tête augmente encore son champ de vision. Le caloptéryx peut bouger les ailes indépendamment les unes des autres, ce qui lui offre une grande liberté de mouvement. Les instruments de mastication dont sont équipées les mandibules inférieure et supérieure se complètent pour saisir et déchiqueter les proies.
Son excellente vue et sa mobilité lui servent non seulement à chasser, mais aussi à éviter de devenir lui-même une proie. Si vous désirez les approcher pour les observer ou les photographier, vous vous apercevrez vite de leur extraordinaire capacité à débusquer le plus infime mouvement. Oiseaux, poissons et grenouilles vertes essaient pourtant de les attraper. Les petites libellules doivent aussi se méfier de leurs grandes sœurs, ainsi que des araignées et de leurs toiles.
Dépendantes du soleil
Le soir, lorsque la température de l’air descend, le corps du caloptéryx se refroidit, ce qui lui fait perdre sa mobilité. L’acrobate des airs est alors obligé d’attendre que le soleil le requinque en un lieu de repos, sous le couvert d’une végétation dense. Cette retraite peut se trouver dans le rayon élargi du territoire de chasse aux abords d’un cours d’eau, ou directement vers l’eau. Les caloptéryx éclatants se plaisent bien dans les buissons des berges, les roselières et les broussailles de ronces non fauchées.
Si le temps reste frais et pluvieux pendant une longue période, la situation devient critique pour ces animaux à sang froid: leur corps n’arrive pas à atteindre une température suffisante pour la chasse. Sans apport d’énergie nouvelle, les caloptéryx survivent au maximum une semaine. Ils deviennent également une proie facile pour les oiseaux. On peut observer des caloptéryx éclatants de mai jusqu’en septembre, mais la plupart des individus ne vivent à l’état d’insecte ailé que quelques jours, quelques semaines dans le meilleur des cas.
Conquête d’un territoire
Une fois parvenus à la maturité sexuelle, le mâle et la femelle du caloptéryx éclatant cherchent un territoire convenant à la reproduction. Cela peut être l’endroit où ils sont nés, ou un cours d’eau à proximité; ruisseau ou rivière, c’est égal, pourvu que le courant soit modéré et l’eau pas trop froide: sa température doit se situer entre 18 et 24°C pour que leur progéniture se développe bien. L’endroit idéal aura suffisamment de plantes aquatiques, ainsi que des roseaux et des buissons sur les berges, sans que cette végétation soit trop dense, afin d’assurer un ensoleillement suffisant au lieu de reproduction.
Cours naturel plébiscité
Pour le caloptéryx éclatant, l’endroit idéal se situe le long du cours moyen ou inférieur des cours d’eau naturels. Il ne peut coloniser nos cours d’eau canalisés du Plateau qu’aux endroits où un état proche des conditions naturelles a pu se développer. Une végétation diversifiée dans les alentours doit garantir une bonne population d’insectes qui lui servira de nourriture.
L’Aar en amont de Soleure offre par exemple ces conditions: son cours sinueux est de faible courant, et l’eau, qui sort du lac de Bienne, est chaude. Il en résulte une abondance de plantes aquatiques, qui forment de grands tapis çà et là, lesquels attirent les libellules – dont le caloptéryx éclatant – qui y déposent leurs œufs.
Manœuvres aériennes
Le mâle de caloptéryx éclatant revendique un territoire à lui dans le lieu de reproduction. Cette petite surface d’eau avec plantes aquatiques sera défendue avec détermination par son propriétaire contre toute intrusion d’un rival potentiel. Le combattant se bat avec force manœuvres aériennes et ses ailes à bandes foncées servent de signal de menace. Il part à l’assaut de ses adversaires en s’agitant en tous sens afin de faire étalage du plus de couleur possible, n’hésitant pas à se contenter à certains moments d’une paire d’ailes pour voler, l’autre paire servant de pavillon guerrier. Si cette parade d’intimidation ne suffit pas, il peut aller jusqu’à attaquer l’ennemi de front.
Le but de la manœuvre est bien sûr d’attirer une femelle avec une place de premier choix près de l’eau. Pour arriver à ses fins, le mâle va de nouveau se servir de ses ailes, mais cette fois-ci, la technique de vol est toute autre: le prétendant va se mettre à agiter ses ailes à un rythme frénétique et saccadé, et non plus lent comme précédemment. Il se rapproche de la femelle par la voie des airs en bourdonnant comme un hélicoptère, et pour bien s’identifier, relève haut son abdomen afin de montrer sa tache colorée d’un blanc tirant sur le jaune. La fréquence des battements d’ailes et la «lanterne», comme on nomme cette tache abdominale, sont spécifiques à l’espèce, et aident les partenaires de la même espèce à se reconnaître. La tache du caloptéryx vierge est rose, par exemple.
Prête à la ponte
Le mâle se pose sur les ailes de la femelle, puis se recourbe pour accrocher sa partenaire au cou avec la pince située à l’extrémité de son abdomen. Il courbe encore plus son corps mince et expédie un paquet rempli de sperme depuis l’extrémité de son abdomen dans une ouverture située derrière sa poitrine. La femelle introduit alors l’extrémité de son abdomen dans cette ouverture pour prendre livraison du sperme.
Pour pondre ses œufs, la femelle – chose étonnante – plonge son corps dans l’eau et, en quelques secondes, perce pour chaque œuf un trou dans le tissu des plantes flottantes.
Une croissance aquatique
Quelques semaines après la ponte, les larves éclosent et cherchent dans la jungle des plantes aquatiques un endroit favorable qu’elles vont défendre contre l’invasion d’autres larves. Elles guettent leurs proies nichées dans les tapis de plantes aquatiques, potamots ou renoncules flottantes, ou dans l’enchevêtrement de fines racines d’aulnes et de saules. Les laves mangent tout ce qu’elles peuvent attraper et maîtriser: petits crustacés, larves de moustiques, etc.
La larve du caloptéryx éclatant a besoin de courant, qui permet une meilleure oxygénation de l’eau. Elle absorbe l’oxygène par la peau et trois petites branchies situées à l’extrémité de son corps. Si le courant est trop faible ou l’eau trop chaude, l’animal agite ses branchies et se trémousse pour augmenter l’échange gazeux.
La larve du caloptéryx éclatant, contrairement à beaucoup de larves de libellules, supporte une certaine pollution. Mais si cela devient trop sale et mal oxygéné, elle périt, car elle est incapable de chercher activement un nouvel habitat disposant d’une eau de meilleure qualité.
Croissance par mues
La larve grandit tout au long de l’été suivant ou celui de l’année d’après. La rapidité de son développement dépend de la température de l’eau et de l’offre en nourriture. Dotée d’un épiderme rigide empêchant une croissance continue, la larve doit passer par six mues successives, à chaque fois plus grande et plus proche du stade larvaire final.
Après les premières mues déjà, des ébauches d’ailes apparaissent, qui grandissent à chaque changement de peau. Comme pour toutes les libellules, le développement du caloptéryx diffère de celui des papillons: ceux-ci se transforment en insectes volants au cours d’un stade de chrysalide, alors que chez les libellules cette transformation se fait par étapes tout au long de la vie larvaire.
Peu de temps avant que la larve quitte l’eau, le point culminant de la transformation s’annonce: l’animal cesse de manger, les fourreaux des ailes gonflent, les contours des yeux commencent à se dessiner. De temps en temps, la larve se hisse jusqu’à l’air libre, ce qui montre que le passage de la respiration aquatique à la respiration aérienne est en cours. La longue période de développement dans l’eau touche à sa fin. Le cycle recommence: un caloptéryx éclatant commence sa vie aérienne, courte mais intense.
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