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Uno dei quattro pilastri di Pro Natura è la protezione attiva dei biotopi e delle specie.
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femelle ver luisant Hans Niederhauser
Animal de l’année

Animal de l’année 2019: le ver luisant

En 2019, le ver luisant (Lampyris noctiluca) attirera l’attention sur la situation des insectes dans notre pays. Cet animal mystérieux est encore très répandu dans notre pays. Mais le rétrécissement de son espace de vie et la pollution lumineuse le poussent à déserter nos parcs et nos bois.

Son nom est trompeur: le ver luisant n’est pas un ver, mais un scarabée qui émet une lumière froide. Le nom précis de l’Animal de l’année 2019 est «grand lampyre». Il s’agit de la plus commune des quatre espèces de vers luisants présentes en Suisse.

Pourquoi Pro Natura a-t-elle choisi le ver luisant comme animal de l’année?

Notre faune est peuplée d’insectes. Sur les quelque 36’000 espèces animales connues en Suisse, 30’000 sont des insectes. Là où les insectes vont bien, la nature se porte bien. Mais le monde merveilleux des insectes se dégrade à une vitesse effrayante. La destruction des habitats, les pesticides, la pollution lumineuse et d’autres facteurs encore l’affectent considérablement, avec de graves conséquences pour la nature et pour nous, les êtres humains. De plus en plus de personnes en sont désormais conscientes et s’inquiètent des découvertes alarmantes de la science. En 2019, le ver luisant attirera l’attention sur cette situation problématique, mais aussi sur les solutions concrètes possibles.

 

Liebeslicht im Dunkel: Ein Glühwürmchen-Weibchen auf Partnersuche. Biosphoto / Stephane Vitzthum
Un signal mystérieux: une femelle ver luisant recherche un partenaire.

Terreur des escargots

C’est seulement à la fin de sa vie que le ver luisant apparait dans nos nuits d’été. Auparavant, il aura passé près de deux ans sous forme de larve. Ces dernières sont de grands prédateurs d’escargots et de limaces. Leurs méthodes de chasse brutales ne cadrent pas avec l’image charmante de la luciole des contes de fées.

Telles de mini-crocodiles brun-noir, les larves traquent leurs proies, souvent bien plus grosses qu’elles. Elles tuent l’escargot ou la limace capturée en lui injectant un venin et il ne leur faut qu’un jour pour consommer entièrement leur victime. Un organe spécial situé à l’extrémité de son abdomen permet à la larve de se nettoyer à fond après avoir ingéré ce repas visqueux.

Les larves disposent de poisons défensifs. Elles ne sont pas comestibles pour d’éventuels prédateurs et des points luminescents sur leur abdomen les dissuadent de s’y risquer. Cette lumière n’est pas aussi forte que le signal d’accouplement des individus adultes, mais elle est bien visible à une distance d’un à deux mètres. En hiver, lorsqu’il n’y a plus ni limaces ni escargots à manger, les larves entrent en hibernation.

larve à la chasse
À la chasse: une larve de ver luisant attaque un jeune escargot.
Une larve de ver luisant consomme un escargot

Un final lumineux

Après deux ou trois hivers, les larves se mettent en cocon. Les vers luisants adultes éclosent au bout d’une semaine environ. Les individus adultes sont aussi frugaux que les larves sont voraces, puisqu’ils peuvent tout à fait rester sans manger.

Très vite, les femelles se postent à un endroit bien en évidence pour allumer leur signal destiné aux mâles en quête d’amour. La lumière émise par les organes lumineux situés à l’extrémité de leur corps est produite par une réaction chimique. Cette capacité des animaux et des plantes à produire de la lumière est appelée bioluminescence.

bandes lumineuses
Les bandes lumineuses des sixième et septième segments du corps sont bien visibles. Le huitième segment a un point lumineux à gauche et à droite.

Le mâle en vol de recherche

Les mâles des vers luisants n’émettent pas de lumière. Ils survolent leur habitat et guettent de leurs grands yeux le signal d’amour tant désiré. Dès qu’un mâle atterrit près d’une femelle, la lueur s’éteint et l’accouplement a lieu. La femelle pond ses œufs à même le sol, sous des herbes, des pierres ou des morceaux de bois. Après, elle meurt.

Le mâle vit environ deux semaines. Le couple laisse 60 à 80 œufs qui peuvent être faiblement luminescents. Après un mois, les larves éclosent. Ces minuscules créatures, de quelques millimètres seulement, partent à la chasse aux limaces et escargots. Le cycle recommence.

ver luisant mâle
Aux aguets avec ses grands yeux, un ver luisant mâle.
L’accouplement

Des limaces et des escargots, de la diversité et...

Le ver luisant est répandu dans toute la Suisse et se rencontre jusqu’à 2000 mètres d’altitude. Ils vivent aussi bien à l’orée de la forêt que dans les parcs de nos villes. Trois conditions doivent être remplies pour qu’ils se sentent chez eux.

Premièrement, il leur faut des limaces et des escargots. Deuxièmement, une mosaïque diversifiée de petits biotopes est nécessaire et ceux-ci doivent être dépourvus de pesticides. Des espaces ouverts, des coins ombragés, des cachettes humides: le genre de structures qu’offrent, par exemple, un paysage rural traditionnel, un jardin naturel, un cimetière ou un parc entretenu sans pesticides.

nature en ville
Les vers luisants aiment les structures diversifiées, y compris dans les zones habitées.

...de l’obscurité!

Mais le ver luisant a besoin de quelque chose devenu malheureusement rare: l’obscurité. À l’heure actuelle, une nuit sombre ne va plus de soi. Les rues illuminées 24 heures sur 24, les enseignes lumineuses et les petites lumières installées dans les jardins sont néfastes aux vers luisants. Ce problème a un nom: pollution lumineuse.

En effet, quand la nuit devient claire à cause de la lumière artificielle, la femelle ver luisant éclaire en vain. Les mâles ne retrouvent plus leurs partenaires. Il est important de laisser son obscurité à la nuit. Pas seulement pour le ver luisant: les chauves-souris, les papillons de nuit, mais aussi les humains au repos ont besoin de nuits sombres.

 

pollution lumineuse
Pollution lumineuse au-dessus de Thoune BE

Trois autres espèces de vers luisants

En dehors du grand lampyre, on peut observer trois autres espèces de vers luisants en Suisse:

C’est au cimetière Waldfriedhof de Schaffhouse que vit l’une des rares populations suisses du nord des Alpes de petit lampyre (Lamprohiza splendidula). Les femelles émettent une lumière en position «assise». Lorsque les mâles se mettent à voler en scintillant entre les arbres et les tombes, émettant par intermittences une lumière verte, le spectacle est proprement féérique. Ce ballet lumineux attire chaque année de nombreux curieux.

La luciole à ailes courtes (Phosphaenus hemipterus) ne fait pas vraiment honneur à son nom, car elle ne brille que très faiblement et ne vole pas non plus. Cette espèce est répandue dans toute la Suisse. Elle est peut-être même plus commune que le grand lampyre, mais elle passe souvent inaperçue. Contrairement aux autres espèces de vers luisants, la larve de la luciole à ailes courtes ne se nourrit pas d’escargots ni de limaces, mais de vers de terre.

La Luciola italica a son aire de répartition principale – comme son nom le laisse supposer – au Tessin et dans les vallées du sud des Grisons. Les deux sexes luisent et émettent une lumière blanche. Il existe des populations locales au nord des Alpes, à Lausanne et à Zurich. L’origine de cette espèce à Zurich est mystérieuse. Quant aux Luciola italica établies dans le parc Bourget à Lausanne, elles ont été introduites depuis le Tessin dans les années 1940, tout simplement pour le plaisir du public.

Une autre espèce non indigène, Luciola lusitanica, a également été découverte sporadiquement en Suisse. Elle est étroitement apparentée à la Luciola italica, c’est pourquoi sa classification biologique (systématique) n’a pas encore pu être clarifiée.

luciole à ailes courtes
Une luciole à ailes courtes (mâle).

Que fait Pro Natura pour le ver luisant?

De nombreuses réserves naturelles Pro Natura abritent des vers luisants. C’est parce que ces endroits offrent tout ce dont ces insectes ont besoin: des habitats diversifiés, des gastéropodes et des nuits sombres. Qui sait, peut-être vous laisserez-vous tenter par une promenade dans une réserve naturelle Pro Natura par un beau soir d’été…

En savoir plus sur les 700 réserves naturelles Pro Natura

La protection de la nature ne doit pas se limiter aux réserves naturelles. Fidèle à sa devise «Davantage de nature, partout», Pro Natura s’engage pour la nature sur les rives, en forêt, dans l’arc alpin.

En savoir plus sur les différents biotopes

Des paysages ruraux diversifiés offrent au ver luisant un habitat idéal. Il est important que l’agriculture suisse devienne plus écologique. Pro Natura s’engage dans ce but. 2019 marque le début d’une phase extrêmement importante pour la politique agricole, avec le développement de la «Politique agricole 22+».

Pro Natura et la politique agricole

Lièvre

«Action Lièvre & Cie» pour un paysage rur­al diversifié

22.05.2018 Crise de la biodiversité

La Convention pour la biodiversité a 25 ans, mais pas de quoi pavoiser

Vingt-cinq ans après l’adoption de la Convention sur la diversité biologique, les espèces animales et végétales déclinent inexorablement sur tous les continents. En Suisse, le bilan de ce quart de siècle est particulièrement décevant. Notre pays est très loin d’avoir atteint les objectifs.

Se basant sur une analyse effectuée en 2017, Pro Natura et d’autres organisations environnementales ont montré que la Suisse ne remplira qu’un dixième des engagements auxquels elle est tenue par la Convention sur la diversité biologique (CDB) à l’horizon de 2020. Pire, l’évolution actuelle laisse penser que notre pays n’atteindra qu’un seul de ses 18 propres objectifs fixés pour cette échéance dans la Stratégie Biodiversité Suisse de 2012.

Les mesures de protection de la biodiversité décidées au niveau international n’ont guère bénéficié aux espèces menacées en Suisse. Le bilan de ce quart de siècle est par exemple affligeant pour:

  • Le tarier des prés: sa population a diminué de moitié.
  • Le lièvre brun: ses effectifs ont fondu de près d’un tiers.
  • Le petit murin: son aire de répartition a perdu un tiers de sa surface. Et 58 % des autres espèces de chauves-souris sont sur liste rouge.
  • Le hérisson: en ville de Zurich, il a déserté un tiers des espaces qu’il occupait auparavant.
  • L’azuré des mouillères et le fadet des tourbières: malgré la loi sur la protection des marais, ces papillons diurnes des zones humides sont toujours plus menacés.
  • 93,8 % du territoire suisse: les aires protégées ne représentent que 6,2 % de la surface totale de notre pays. On est bien loin de l’objectif fixé par la Convention, qui est de 17 % sous protection en 2020.

Pro Natura réclame des actes

Pour espérer atteindre au moins partiellement les objectifs nationaux et internationaux en matière de biodiversité, il faut appliquer de toute urgence le plan d’action édicté en 2017 par le Conseil fédéral. Mais même ainsi, le problème sera encore loin d’être réglé. Dans le Plan d’action biodiversité: le point de vue de la société civile (en allemand), les organisations environnementales montrent en quoi consiste une protection de la biodiversité réellement exhaustive. Elle requiert des mesures concrètes, et surtout une rigueur dans leur mise en œuvre. Pro Natura combattra toute tentative d’affaiblir la législation en vigueur pour protéger la biodiversité.

Plus d’informations

Convention internationale sur la diversité biologique (CDB)

C’est aujourd’hui la Journée internationale de la biodiversité. Elle commémore le 22 mai 1992, date à laquelle les représentants de la communauté internationale réunis à Nairobi ont approuvé le texte de la Convention des Nations unies sur la diversité biologique (Convention of Biological Diversity, CBD). Entrée en vigueur en 1993, la convention vise à conserver la diversité biologique, utiliser ses éléments de façon durable et partager équitablement les bénéfices découlant de l'exploitation des ressources génétiques. En 2010, les États signataires ont défini ensemble 20 objectifs à atteindre durant la décennie 2011-2020 pour mettre enfin un terme au déclin constant de la biodiversité. Ces «objectifs d’Aichi» valent également pour la Suisse.

Pour en savoir plus

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Photos à télécharger

Les photos mises à disposition ne peuvent être utilisées qu’en relation avec le communiqué Pro Natura correspondant et en mentionnant l'auteur (copyright)

Des caprins en chemin

Ménag­er la chèvre et le chou: des caprins pour la biodiversité 

Photo de groupe Pro Biotop 2025

Un groupe d’intervention mobile en lutte pour la nature 

12.06.2018 Crise de la biodiversité

Des chèvres «itinérantes» au service de la biodiversité

Pro Natura s’allie aux cantons d’Uri et des Grisons pour expérimenter de nouveaux moyens de préservation de la biodiversité dans les régions alpines: à leur initiative, trois bergers et 200 chèvres passeront l’été en déplacement entre la Vallée du Rhin, aux environs de Coire, et le col de la Furka. Objectif: débroussailler plus de 50 hectares de pâturages secs. Si le projet «Chèvres itinérantes» fait ses preuves, il sera étendu à d’autres régions de Suisse.

Les prairies et les pâturages secs sont des biotopes particulièrement riches en espèces ainsi que de vivants témoins de notre passé agricole. Ces milieux naturels d’une haute valeur écologique ont perdu près de 95 % de leur surface au cours des 100 dernières années, entraînant la disparition d’un grand nombre de plantes, papillons et sauterelles rares. C’est surtout dans les régions alpines que les prairies et les pâturages se sont peu à peu embroussaillés. Ces terrains étaient autrefois régulièrement fauchés et utilisés pour la pâture du bétail, mais leur exploitation n’est aujourd’hui plus rentable.

Les pâturages secs, un pays de Cocagne pour les chèvres

Pour enrayer ce déclin, Pro Natura a lancé le projet « Chèvres itinérantes » en collaboration avec les cantons d’Uri et des Grisons. Durant sept mois, un troupeau de quelque 200 chèvres se déplacera entre plusieurs pâturages secs. Les caprins brouteront les buissons, jeunes plants d’arbres et vieilles herbes qui envahissent ces espaces, faisant ainsi place nette pour que des plantes rares y trouvent la lumière et la chaleur nécessaires à leur croissance. Le périple des chèvres « itinérantes » les conduira de la Vallée du Rhin, près de Coire, jusqu’au pied du col de la Furka, sous la houlette d’un groupe de bergers.

Un débroussaillage à grande échelle

Ce troupeau mobile permettra de nettoyer plus de 50 hectares. Il s’agit d’une des plus grandes opérations de débroussaillage lancée jusqu’ici par Pro Natura. Après une phase pilote en 2018, le projet sera évalué et amélioré au besoin. Si cette nouvelle approche s’avère efficace, elle sera mise en œuvre dans d’autres régions de Suisse.

Renseignements

  • Corinne Vonlanthen, cheffe de projet biotopes et espèces, tél.  061 317 91 32, @email
  • Justine Eberherr, Office de la nature et de l’environnement du Canton des Grisons, tél. 081 257 29 35, @email
  • Thomas Ziegler, Service de la nature et du patrimoine, Canton d’Uri, tél. 041 875 28 92, @email

Photo pour les médias

Les photos mises à disposition ne peuvent être utilisées qu’en relation avec le communiqué Pro Natura correspondant et en mentionnant l'auteur (copyright).

Même la nuit, il ne fait pas nuit à Berne. Les lampadaires, les projecteurs et les lampes d'appartement s'en assurent.
09.05.2019 Insectes

Eteignons la lumière pour la faune nocturne

La faune nocturne subit de plein fouet les impacts négatifs de la pollution lumineuse. Les problèmes sont nombreux mais la solution, elle, est simple à mettre en œuvre. Il suffirait d’éteindre la lumière.

Les mulots s’agitent à la recherche de nourriture, les hiboux hululent, les chauves-souris fendent l’air tandis que d’innombrables insectes et autres invertébrés s’activent et font bruisser les nuits de sons tantôt familiers, tantôt énigmatiques: les nuits noires regorgent de vie. Mais celles-ci sont difficiles à trouver sur le Plateau et dans le Jura. La faune nocturne lucifuge (se dit d’un animal qui évite la lumière) se trouve toujours plus sous pression.

Au cours de millions d’années d’évolution, les espèces animales ont développé une horloge interne contrôlée par le rythme circadien. Nombre d’entre elles sont actives la nuit. Par exemple, 95% des 3668 espèces de papillons connus en Suisse sont nocturnes.

Ils s’orientent grâce à leurs antennes très sensibles aux odeurs, ils peuvent par exemple détecter une femelle à plusieurs kilomètres. Les chauves-souris chassent uniquement la nuit grâce à leur sonar. Les oiseaux migrateurs volent quant à eux lorsqu’ils peuvent s’orienter grâce aux étoiles. C’est aussi la nuit que les larves d’insectes comme les éphémères ou les phryganes émergent de l’eau.

Des pièges mortels pour de nombreuses espèces

Une nuit obscure offre aux animaux une protection, même si elle est parfois relative, puisque de nombreux prédateurs se sont également adaptés à la vie nocturne. Sans irradiation solaire directe, les petits invertébrés et les chenilles de papillons sont moins exposés à la déshydratation durant les nuits fraîches. Les papillons nocturnes n’entrent pas en concurrence avec les abeilles et les autres pollinisateurs diurnes pour l’accès au nectar des plantes.

Les papillons de nuit ont une vue 1000 fois plus performante que les papillons de jour et voient surtout les fleurs jaunes et blanches. Et c’est justement dans ces gammes de couleur que rayonne la lumière artificielle qui les attire sur des distances allant jusqu’à 250 mètres, surtout les mâles plus mobiles que les femelles. La lumière artificielle modifie également la couleur des fleurs: les papillons ne les voient plus et ne peuvent donc pas les polliniser. Les insectes s’épuisent en tournant autour des lampadaires.

En été, 150 insectes sont tués par nuit et par lampadaire au lieu d’aller chercher de la nourriture, de polliniser les plantes ou de pondre. Ils deviennent ainsi des proies faciles pour les chauves-souris, les chats et les oiseaux à l’aube. Dans un environnement éclairé, les femelles du ver luisant émettent leur signal sexuel lumineux en vain: les mâles n’arrivent plus à les repérer pour s’accoupler. Les lampes installées le long des petits cours d’eau attirent et tuent par épuisement une foule d’insectes émergeant de l’eau, privant poissons, oiseaux et chauves-souris d’une source de nourriture.

La pollution lumineuse a doublé en 30 ans

La lumière artificielle bouleverse les équilibres des écosystèmes nocturnes et perturbe le comportement des animaux et des plantes. Les espèces lucifuges perdent leurs repères dans leur espace vital modifié au détriment des espèces tolérantes à la lumière. La chaîne alimentaire est altérée, tout comme l’efficacité de la pollinisation des plantes par les insectes nocturnes.

Une étude de l’Université de Berne montre que des cirses maraîchers (plante de la famille des astéracées, ressemblant au chardon) éclairés artificiellement produisent 13% de fruits en moins et reçoivent aussi 62% de visites d’insectes nocturnes en moins que les plantes restées dans l’obscurité.

Cette perturbation lumineuse nocturne s’ajoute à la longue liste des problématiques créées par l’homme, mettant ainsi la biodiversité sous pression. Sachant qu’au cours des 30 dernières années la pollution lumineuse a plus que doublé en Suisse, il est à craindre que son impact sur la faune et flore va aller croissant. Pourtant, un simple geste suffirait à inverser la tendance : éteindre la lumière.

RENE AMSTUTZ est chef de projet Promotion des espèces chez Pro Natura.

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Cet article a été publié dans le Pro Natura Magazine.



Le Magazine Pro Natura vous dévoile les petites merveilles de la nature, vous informe des projets sur le terrain de l’association et vous présente des personnalités captivantes. Des belles images et des offres exclusives complètent le plaisir de la lecture. Tous les membres Pro Natura le reçoivent en exclusivité cinq fois par année le magazine sur la protection de la nature en Suisse. Sur 44 pages, le Magazine Pro Natura porte un éclairage sur les dessous des décisions politiques, présente des recherches et explique la nature. Il informe où, comment et pourquoi Pro Natura lutte pour la nature.

Voie Lactée sur Chaîne Gantrisch
09.05.2019 Crise de la biodiversité

L’obscurité, c’est mieux et moins cher

Un éclairage « intelligent » ménage l’environnement et coûte moins cher. Plusieurs communes montrent déjà l’exemple, mais la Confédération tarde à instaurer des dispositions plus strictes.

Remplacer l’éclairage conventionnel par des diodes électroluminescentes (LED) réduit fortement la pollution lumineuse. En abaissant l’intensité lumineuse à 30 ou 40 pour cent, même de manière intermittente, on ménage les animaux nocturnes. Les lampadaires équipés de LED, en particulier ceux qui émettent une lumière tirant sur le rouge orangé, perturbent moins les biorythmes des oiseaux, des insectes et des chauves-souris – qui se nourrissent de ces mêmes insectes. Les LED consomment également beaucoup moins d’électricité.

Des coûts nettement inférieurs

A Trubschachen (BE), commune de l’Emmental de 1500 habitants, l’ensemble de l’éclairage public a été équipé de LED en 2017. « Depuis, la commune économise presque 12’000 francs par an sur sa facture d’électricité », explique Theo Rüegger, responsable des finances municipales. Les 80’000 francs investis seront donc assez vite rentabilisés. L’éclairage doit rester puissant sur la route cantonale. C’est sur les routes secondaires que la commune réalise plus de 90% d’économies.

Chaque lampe est régie par un système intelligent: elle ne s’allume que si une présence est détectée, et n’éclaire pas plus que le strict nécessaire. De ce fait, les ampoules chauffent moins et durent plus longtemps. Theo Rüegger note que cet avantage économique, allié aux arguments écologiques, a convaincu la commune de faire le pas. Il espère que la démarche fera école, dans l’intérêt de la nature et des contribuables.

Une réduction de 80% de l’intensité lumineuse

La commune zurichoise de Langnau am Albis a elle aussi adopté un concept innovant en matière d’éclairage public. Les artères et les rues qui traversent les quartiers sont équipées de radars, et les voies piétonnes de capteurs de mouvement. L’intensité lumineuse peut ainsi descendre à 20% et remonter à 100% à l’approche d’un véhicule ou d’un piéton, les éclairant pendant deux minutes. Entre une heure et cinq heures du matin, les 7’500 habitants de la commune bénéficient d’un repos dans l’obscurité complète: tous les lampadaires restent éteints.

Près du Locle, Cerneux-Péquignot (NE) est une commune de 300 âmes. Depuis 2011, l’éclairage public diminue entre 22h et minuit, pour s’éteindre complètement jusqu’à 6 heures du matin. Consultés sur cette mesures, 51 ménages l’ont approuvé et sept s’y sont opposés. En 2015, la petite commune est passée en mode LED. «La nuit est magnifique, mais on ne s’en aperçoit que si on éteint la lumière», déclare l’ancien président de la commune, Laurent Isch. «Nous vivons désormais davantage au rythme de la nature et percevons beaucoup plus intensément les animaux qui nous entourent. La biodiversité y gagne aussi.»

Des martinets rares dans l’obscurité

Lucerne est parfois surnommée la «ville lumière», en raison de son festival des lumières qui a lieu en janvier. Elle entreprend aujourd’hui de lutter contre la pollution lumineuse. Son «Plan lumière» mise sur un éclairage plus doux et plus atmosphérique, mais aussi mieux ciblé. Des touches de lumière mettent discrètement en valeur vingt-cinq monuments et bâtiments d’importance, de même que les places, les ruelles et les quais qui bordent le lac et la rivière.

La méthode d’éclairage, la hauteur de la source et la couleur de la lumière sont adaptées en fonction de l’emplacement. Les zones de reproduction des martinets à ventre blanc, une espèce rare, restent ainsi plongées dans l’obscurité. «Cet exemple nous montre de façon remarquable comment concilier aménagement urbain, efficience énergétique et protection de la nature», remarque le conseiller municipal Adrian Borgula (Les Verts).

Inaction du Conseil fédéral

La Suisse ne possède pas de réglementation vraiment efficace contre la pollution lumineuse. La Loi sur la protection de la nature et du paysage (LPN) réglemente les atteintes à l’esthétique d’un lieu – en particulier lorsque celui-ci est reconnu d’importance nationale. Mais les émissions lumineuses n’y sont pas explicitement mentionnées, pas plus que dans la Loi sur la protection de l’environnement (LPE).

Les conseillères nationales Tiana Angelina Moser (Verts libéraux, ZH) et Maya Graf (Les Verts, BL) avaient déjà dénoncé cette situation il y a dix ans. En 2008, Maya Graf déposait un postulat réclamant des mesures contre la pollution lumineuse, suivi l’année suivante par une intervention analogue de Tiana Angelina Moser. Le Conseil fédéral reconnaissait, en 2009, la nécessité d’agir dans ce domaine et ordonnait la rédaction d’un rapport. Paru en 2018 (!), celui-ci conclut que la législation en vigueur est suffisante. Le Conseil fédéral renvoie aux recommandations de l’Office fédéral de l’environnement (OFEV) et laisse les cantons agir en cas de nécessité.

La plupart des cantons se sont cependant contentés d’émettre eux aussi des recommandations. Le canton du Jura est le seul à être allé un peu plus loin: à la mi-février 2019, l’éclairage public a été totalement supprimé sur trois grands carrefours en zone rurale. Si le test est concluant d’ici 2020, le Jura éteindra ses 300 lampadaires à l’extérieur des localités.

Le premier «Dark Sky Park» de Suisse?

Il y a des projets pionniers à l'étranger: L’International Dark Sky Association (IDA) distingue dans le monde entier des localités et des régions considérées comme des « réserves d’obscurité ». Il existe actuellement 66 « Dark Sky Parks » aux Etats-Unis et une petite vingtaine en Europe, mais aucun dans les Alpes. En Suisse, deux régions sont encore totalement épargnées par la pollution lumineuse, celle de la Jungfrau-Aletsch et celle de l’Adula, candidate malheureuse au projet de second parc national suisse. De par sa topographie, la région du -Gantrisch se trouve en grande partie à l’abri des lumières des villes. Le parc naturel du Gantrisch veut saisir cette opportunité pour devenir le premier « Dark Sky Park » de Suisse. Il a envoyé sa candidature à l’IDA début 2019. Son projet « Paysage nocturne -Gantrisch » lui a valu le prix Beugger 2018, partagé avec la commune de Fläsch (GR), qui a réduit ses émissions lumineuses par un éclairage public adéquat.

Que pouvons-nous faire?

  • Les luminaires ciblant les espaces à éclairer ou dotés d’un abat-jour évitent de gaspiller la lumière là où elle n’est pas nécessaire. On évitera en particulier d’éclairer le ciel.
  • Adapter l’intensité des sources lumineuses, qui doit être proportionnée au besoin d’éclairage.
  • Installer une minuterie et programmer l’extinction automatique de la lumière entre 22 h et 6 h du matin.
  • Ne pas abuser des capteurs de mouvement: veiller à bien les régler pour que les lumières ne s’allument ou ne s’éteignent pas au moindre coup de vent.
  • Supprimer les éclairages extérieurs qui n’ont pas de fonction de sécurité.

ROLF ZENKLUSEN est journaliste indépendant.

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Étourneau sansonnet
04.03.2019 Aménagement du territoire

Agir plutôt que réagir – avec une double initiative pour la nature et le paysage

L’actualité de ces derniers temps n’a pas vraiment permis de nourrir de nouveaux espoirs pour l’avenir de la nature et du paysage. En été 2017, une étude très remarquée réalisée en Allemagne a montré que la masse des insectes volants y a diminué de 75% entre 1983 et 2015. C’est trois fois moins de coléoptères, d’abeilles et de papillons notamment, et pas dans des lieux d’habitation ou des zones industrielles, mais dans une réserve naturelle. Cette information alarmante a fait brièvement la une des journaux.

La situation en Suisse n’est pas plus réjouissante. Dans son dernier rapport, l’Organisation de coopération et de développement économique (OCDE) a donné une très mauvaise note aux efforts de notre pays pour préserver la nature et le paysage: la Suisse possède la part d’espèces menacées la plus élevée des pays membres de l’OCDE et arrive en dernière position en ce qui concerne les réserves naturelles.

Et que nous disent les oiseaux? L’Atlas des oiseaux nicheurs en Suisse, publié en 2018, montre que les effectifs d’un grand nombre d’espèces ont nettement, voire massivement chuté depuis le dernier recensement national, il y a vingt ans. Les espèces des terres cultivées ont subi les plus lourdes pertes.

La loi sur la protection devient une «loi d’abattage»

Face à cette situation, le contraste offert par le manque de volonté des décideurs à enfin reconnaître les signes du temps et à agir de façon responsable ne pourrait être plus saisissant. Les interventions politiques, qui visent à affaiblir les acquis législatifs en matière de protection de la nature et du paysage, deviennent même de plus en plus effrontées. Dernier exemple en date, les interventions qui demandent de pouvoir abattre des espèces protégées comme le castor ou le lynx. Entretemps, ces interventions ont abouti à un projet de loi du Conseil fédéral, qui remet en cause le compromis équilibré entre les intérêts de la chasse et de la protection qui caractérise l’actuelle Loi sur la chasse et la protection des mammifères et oiseaux sauvages et la réduit à une pure «loi d’abattage».

Les interventions parlementaires destinées à faciliter la construction dans les zones non constructibles sont également préoccupantes. Le principe de séparation entre les zones constructible et non constructible est miné à un rythme tel que les pelles mécaniques ont de la peine à suivre. Résultat: les constructions prolifèrent dans la zone non constructible et des paysages magnifiques, des objets protégés d’importance nationale et le patrimoine bâti subissent une pression croissante qui les met en péril.

Le bilan environnemental du Parlement est misérable

A l’issue des élections parlementaires de 2014, deux partis peu sensibles à la cause environnementale ont obtenu une courte majorité (101 sièges) au Conseil national. Depuis, l’opposition à l’égard des interventions visant à mieux protéger la nature et le paysage s’est nettement durcie sous la coupole fédérale.

Le dernier écorating de l’Alliance Environnement le confirme: le PLR ne s’est prononcé que dans 24,9% des cas en faveur de l’environnement, alors que cette proportion est de seulement 4,6% pour l’UDC. Pas surprenant, dès lors, que les propositions allant dans le sens d’une meilleure protection de la nature et de l’environnement aient de la peine à passer la barre de la chambre basse.

Les spécialistes tirent la sonnette d’alarme

Six mois seulement après les élections, au printemps 2015, 43 expertes et experts suisses ont pourtant clairement montré, dans un rapport intitulé «Etat de la biodiversité en Suisse – Une analyse scientifique», que les efforts entrepris ces dernières décennies pour conserver et encourager la biodiversité ne suffisaient pas. Leurs effets positifs sont trop faibles pour compenser les menaces qui perdurent et s’aggravent même dans certains domaines. «Pour conserver la biodiversité et les services fournis par les écosystèmes, il est urgent d’agir dans toutes les politiques sectorielles», résumait le Forum Biodiversité Suisse, à l’origine du rapport. Cet appel pressant est passé largement inaperçu.

Passer à l’offensive en utilisant la démocratie directe

Il est grand temps d’envoyer un signal fort pour attirer l’attention du public sur la protection de la nature et du paysage et placer celle-ci au centre de l’agenda politique. Agissons offensivement en faveur de la nature et du paysage au lieu de réagir aux menaces et aux atteintes qu’ils subissent. Utilisons la démocratie directe pour préserver les bases de la vie et, avec elles, notre qualité de vie.

Les principales organisations suisses de défense de la nature et de l’environnement – Pro Natura, BirdLife Suisse, Patrimoine suisse (SHS), la Fondation suisse pour la protection et l’aménagement du paysage (FSPAP) – se sont réunies au sein d’une association pour lancer deux initiatives populaires, présentées dans les pages suivantes. Ces initiatives portent sur deux domaines où des mesures sont à prendre de toute urgence : la sauvegarde de la biodiversité et la protection du paysage.

Ces deux points doivent être ancrés dans la Constitution fédérale – pour la sauvegarde de la nature et pour que les paysages vierges de construction le restent. Les deux initiatives ne veulent pas seulement faire bouger les acteurs politiques. Elles sont aussi une occasion d’informer et de sensibiliser davantage la population sur l’importance d’une nature et d’un paysage intacts. Pour y parvenir, l’engagement de chacune et chacun est nécessaire.

Je me réjouis de m’engager avec vous pour le succès de ces deux initiatives et pour envoyer un signal politique fort afin de préserver un patrimoine très précieux: la nature et le paysage.

URS LEUGGER-EGGIMANN, secrétaire central de Pro Natura

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Cet article a été publié dans le Pro Natura Magazine.

Le Magazine Pro Natura vous dévoile les petites merveilles de la nature, vous informe des projets sur le terrain de l’association et vous présente des personnalités captivantes. Des belles images et des offres exclusives complètent le plaisir de la lecture. Tous les membres Pro Natura le reçoivent en exclusivité cinq fois par année le magazine sur la protection de la nature en Suisse. Sur 44 pages, le Magazine Pro Natura porte un éclairage sur les dessous des décisions politiques, présente des recherches et explique la nature. Il informe où, comment et pourquoi Pro Natura lutte pour la nature.

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