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Uno dei quattro pilastri di Pro Natura è la protezione attiva dei biotopi e delle specie.
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Brief an den Bundesrat mit Anforderungen zum 2. Aktionsplan Biodiversität
23.09.2024 Crise de la biodiversité

Tenir les promesses: le Conseil fédéral doit réviser le Plan d’action biodiversité

Lors de la campagne de votation sur l’Initiative biodiversité, le Conseil fédéral a promis de mieux protéger la biodiversité, fortement menacée, sur la base des lois existantes et en particulier par un deuxième plan d’action. Mais la version provisoire de ce dernier est absolument insuffisante. Si le Conseil fédéral veut tenir ses promesses et préserver nos bases vitales pour les générations futures, il est urgent de réviser ce plan d’action. BirdLife Suisse, Pro Natura et le WWF Suisse ont transmis aujourd’hui au Conseil fédéral les exigences scientifiques en ce sens.

«Il est dès lors urgent d’agir fermement pour protéger les services apportés par la biodiversité.»: cette phrase a été écrite par le Conseil fédéral fin 2022 [1]. Ces dernières semaines, il n’a cessé de répéter que la biodiversité était toujours sous pression [2], mais qu’elle pouvait être protégée par les lois existantes, en particulier par un deuxième Plan d’action biodiversité [3]. Il s’agit maintenant de tenir cette promesse. Le plan d’action doit être révisé de fond en comble sans délai, car la version provisoire connue est largement insuffisante et le premier plan d’action arrive à échéance à la fin de l’année.

Projet du deuxième plan daction absolument insuffisant

Le premier plan d’action de 2017 n’a pas eu l’effet escompté en raison de mesures notoirement insuffisantes et d’un manque de ressources [4]. Cependant, la version provisoire du deuxième plan d’action présentée est encore pire. Elle prévoit avant tout la réalisation d’études et de rapports supplémentaires sur certains aspects de la biodiversité. Aucune des activités prévues ne profite réellement à la biodiversité. Cela ne correspond en aucun cas à ce qui est nécessaire aujourd’hui, au consensus scientifique [5] et à ce que le Conseil fédéral a promis. Le projet est aussi totalement déconnecté de la réalité en ce qui concerne les moyens prévus: par année, à peine 1,7 million de francs sont prévus pour la mise en œuvre du plan d’action, alors que le budget fédéral se monte à environ 90 milliards. Ainsi, pour la mesure «M12: Enrayer le déclin des insectes», à peine 217’000 francs sont prévus chaque année – un montant dérisoire au vu des énormes défis à relever dans ce domaine.

Tenir les promesses faites à la population suisse

Le Plan d’action biodiversité repose sur des bases légales existantes: l’article constitutionnel sur la protection des espèces animales et végétales menacées en tant que tâche de la Confédération, la Loi sur la protection de la nature et du paysage, qui prescrit le maintien d’espaces vitaux suffisamment étendus, et la Stratégie Biodiversité, qui fixe dix objectifs concrets à cet effet. Aucun de ces objectifs n’est aujourd'hui atteint. Avec le plan d’action, des mesures doivent maintenant être mises en œuvre pour atteindre les objectifs en matière de biodiversité. C’est ce qu’a promis le Conseil fédéral, et il y est tenu par la Constitution, la législation et la stratégie.

L’analyse remise par BirdLife Suisse, Pro Natura et le WWF Suisse à l’ensemble du Conseil fédéral montre dans quelle direction le Plan d’action biodiversité doit aller pour remplir les objectifs. «Il faut des mesures efficaces avec des moyens suffisants pour protéger la nature», déclare Raffael Ayé, directeur de BirdLife Suisse. «Seule une révision de fond en comble de la version provisoire permettra de répondre aux grands défis actuels en matière de biodiversité et à notre responsabilité envers les générations futures», souligne Urs Leugger-Eggimann, directeur de Pro Natura. Thomas Vellacott, CEO du WWF Suisse, ajoute: «La protection de la biodiversité doit maintenant être abordée main dans la main avec une agriculture et une sylviculture adaptées, avec une utilisation judicieuse des énergies renouvelables et en soutenant les adaptations des agglomérations face aux changements climatiques.»


[1] Conseil fédéral: Environnement Suisse 2022, page 86
[2] Conseil fédéral: livret de votation, page 16
[3] Conseil fédéral: livret de votation, page 8.
[4] Contrôle de l’efficacité de l’OFEV: https://www.newsd.admin.ch/newsd/message/attachments/79853.pdf
[5] https://www.scientifiques-pour-la-biodiversite.ch/

Informations complémentaires:

Contact:

  • BirdLife Suisse: François Turrian, directeur romand, 079 318 77 75, @email
  • Pro Natura: Sarah Pearson Perret, directrice romande, 079 688 72 24, @email
  • WWF Suisse: Pierrette Rey, porte-parole, 021 966 73 75, @email

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Communiqué de presse commun de Pro Natura, BirdLife Suisse et WWF Suisse

Naturschutzgebiet Les Follateres
04.09.2024 Crise de la biodiversité

Les lacunes du financement de la protection de la nature en Suisse

La protection de la nature prescrite par la loi tarde à être mise en œuvre en de nombreux endroits de Suisse. Ce sont surtout le personnel et les moyens financiers qui font défaut. Investir dans la protection de la nature éviterait pourtant à l’avenir des milliards de francs de dépense pour compenser les dégâts.

La Commission de l’environnement du Conseil national veut supprimer l’ensemble d’un budget supplémentaire de 276 millions sur 4 ans pour des mesures urgentes de protection de la nature. Pro Natura passe en revue les lacunes dont souffre le financement de ce domaine en Suisse.

Liste actualisée, mais non exhaustive:

  • Entretien des biotopes d’importance nationale: joyaux de la nature suisse, ces biotopes couvrent à peine 2% du territoire national et sont protégés depuis de nombreuses années par la loi. Mais un recensement effectué dans les cantons en 2021 montre que les mesures de protection et d’entretien mises en œuvre sont insuffisantes dans trois quarts de ces quelque 7100 objets. Une étude de la Confédération chiffre à 126 millions annuels une protection et un entretien conformes à la loi, auxquels il faut ajouter un montant unique de 1,6 milliard pour les assainissements. Cet argent fait actuellement défaut, ce qui compromet la conservation des principales réserves naturelles. L’Office fédéral de l’environnement constate lui-même que la protection et l’entretien des biotopes exigés par la loi ne sont pas conformes par manque de moyens financiers.
  • Revitalisation des cours d’eau: 75% des poissons indigènes sont menacés en raison de la destruction de leur habitat. Pour lutter contre la disparition des habitats aquatiques, la Confédération a décidé en 2010 de renaturer 4000 kilomètres de cours d’eau d’ici 2090. Depuis, à peine 20 kilomètres l’ont été annuellement, quand plus du double aurait été nécessaire. Rien que pour 2024, il manque 32 millions de francs pour financer la mise en œuvre de mesures de revitalisation.
  • Assainissement écologique des centrales hydrauliques: les cours d’eau sont les habitats les plus menacés de Suisse. Des mesures d’assainissement écologique sont prévues depuis 2011 dans la loi révisée sur la protection des eaux. Seule une fraction de ces mesures est aujourd’hui appliquée. Les fonds nécessaires, que nous versons toutes et tous via le prix de l’électricité, sont insuffisants pour atteindre l’objectif d’ici 2030.
  • Mesures de compensation à l’utilisation des forces hydrauliques: les cours d’eau suisses sont aujourd’hui très majoritairement aménagés. Moins de 5% d’entre eux subsistent intacts. Lorsque les concessions des vieilles centrales hydrauliques arrivent à échéance, celles-ci devaient jusqu’ici prendre des mesures de rétablissement ou de compensation pour les dommages infligés à la nature, comme la loi les y oblige depuis les années 1980. C’est l’état originel non impacté qui faisait foi pour déterminer l’ampleur de ces mesures. Durant son mandat de conseiller national, Albert Rösti a déposé une initiative parlementaire autorisant à prendre comme référence l’état actuel déjà dégradé, parfois de façon massive. De la sorte, les centrales hydrauliques construites avant les années 1980 ne devront jamais fournir de mesures de compensation. Les millions de francs qui auraient dû être utilisés pour améliorer la biodiversité sont ainsi soustraits à la protection de la nature.
  • Entretien des remblais des CFF: les remblais ferroviaires couvrent en Suisse une surface équivalente à 3500 terrains de football. Ils peuvent constituer des habitats de remplacement pour la faune et la flore menacées, et l’entreprise fédérale s’est donné pour objectif d’en entretenir 20% de façon naturelle d’ici 2030. En raison de la pression interne sur les coûts, les CFF n’atteignent actuellement que 5%.

Pour Economiesuisse, la valeur d’une nature intacte pour le tourisme suisse s’élève annuellement à 19,3 milliards de francs, et Agroscope chiffre à 350 millions de francs les services rendus chaque année par la pollinisation. Si l’extinction des espèces se poursuit au rythme actuel et si ces prestations écosystémiques cessent, «le coût annuel de l’inaction […] pourrait atteindre en Suisse 14 à 16 milliards de francs en 2050», selon les estimations du Conseil fédéral.

L’initiative Biodiversité, sur laquelle nous voterons le 22 septembre prochain, demande à la Confédération et aux cantons d’allouer les moyens indispensables à l’entretien des bases de la vie. Le Conseil fédéral évalue sa mise en œuvre à près de 400 millions de francs par année, une fraction de ce que nous coûterait la perte de la biodiversité. En votant oui le 22 septembre, nous transmettrons aux générations futures une nature intacte et non une montagne de dettes.

Informations supplémentaires:

Contact:

  • Nicolas Wüthrich, responsable de l’information, tél. 079 212 52 54, @email  

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Photo: Raphael Weber

Drapeau de la campagne Oui à la biodiversité accroché au bord du chemin le 22 septembre
08.08.2024 Crise de la biodiversité

«Nous devons créer des offres mettant l’accent sur la découverte de la nature»

Si la protection des ressources naturelles est un objectif déclaré de notre pays, la réalité est malheureusement tout autre. C’est pourquoi la protection de la biodiversité requiert un ancrage plus fort dans la Constitution. Le 22 septembre, nous avons besoin d’un oui à l’Initiative biodiversité.

Magazine Pro Natura: pourquoi soutenez-vous l’Initiative biodiversité, vous qui êtes un représentant du secteur touristique?

Claudio Föhn: comme le montrent différents sondages menés auprès de touristes, la découverte de la nature est primordiale pour celles et ceux qui passent leurs vacances en Suisse. Or, nous avons besoin de la biodiversité pour pouvoir continuer à offrir cette immersion dans la nature. C’est seulement en la protégeant que nous pourrons maintenir l’attractivité de la Suisse comme destination touristique. L’Initiative biodiversité a aussi pour objectif de préserver les sites et le patrimoine bâti dignes de protection, ce qui est également intéressant pour nos visiteuses et visiteurs.

Le tourisme a donc tout à gagner d’une biodiversité intacte?

Oui, tout à fait. De notre côté, nous devons créer des offres de tourisme doux, qui mettent l’accent sur la découverte de la nature. Avec des randonnées thématiques guidées, par exemple sur les amphibiens ou les plantes, ou des actions bénévoles pour remettre en eau des surfaces de marais ou éliminer les espèces exotiques envahissantes à certains endroits. Quant aux produits régionaux, ils peuvent aussi attirer les touristes. En balade durant la journée, ils voient paître des vaches et le soir, ils mangent du fromage produit avec le lait de ces mêmes vaches. De telles expériences ne sont toutefois possibles que si la biodiversité est intacte, car elle constitue la base de la production alimentaire.

Le recul de la biodiversité représente donc aussi un problème pour le tourisme?

Oui. Je pense notamment aux animaux sauvages que l’on ne peut plus observer parce qu’eux-mêmes ou leurs milieux naturels disparaissent. C’est le cas des marmottes, qui doivent se réfugier de plus en plus haut en altitude.

L’initiative demande que davantage de surfaces soient protégées en faveur de la biodiversité. Comment faudrait-il mettre en œuvre cet objectif pour que le tourisme en bénéficie aussi?

Pour nous, il est important que ces surfaces restent accessibles, même s’il ne s’agit que d’un chemin de randonnée. La découverte de la nature doit rester possible. L’exemple du Parc national suisse montre que le principe «protéger la nature et tirer profit de ses bienfaits» marche très bien. On peut se promener dans le parc, mais il y a des règles claires à respecter. À Arosa, nous avons déjà deux types d’exploitation touristique: autour du Weisshorn, il existe toute une infrastructure nécessaire à la pratique du ski, mais nous avons développé en parallèle un tourisme doux. Ainsi, au Schiesshorn, on rencontre des randonneurs et des vététistes, mais il n’y a pas d’infrastructure touristique. C’est dans cette direction que nous devons nous développer, en établissant, par le dialogue, quel type de tourisme nous voulons promouvoir et dans quels lieux spécifiques. Tout le monde en profitera.

BETTINA EPPER est rédactrice du Magazine Pro Natura.

Claudio Föhn est responsable depuis 2022 de la mise en œuvre de la stratégie de durabilité Arosa 2030 pour Arosa Tourisme. L’objectif est le développement durable du tourisme. Les premières Journées de la biodiversité, qui seront désormais organisées chaque année, constituent un bon exemple de l’engagement d’Arosa Tourisme. Des excursions, des conférences et des ateliers figuraient au programme de cette manifestation étalée sur une semaine.

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Cet article a été publié dans le Magazine Pro Natura.

Le Magazine Pro Natura vous dévoile les petites merveilles de la nature, vous informe au sujet de gros projets et vous présente des personnalités captivantes. Il porte un éclairage sur les dessous des décisions politiques et révèle où, comment et pourquoi Pro Natura lutte pour la nature. Tous les membres Pro Natura le reçoivent cinq fois par an.

Drapeau de la campagne Oui à la biodiversité accroché au bord du chemin le 22 septembre
08.08.2024 Crise de la biodiversité

«Agriculture et biodiversité sont étroitement liées»

Si la protection des ressources naturelles est un objectif déclaré de notre pays, la réalité est malheureusement tout autre. C’est pourquoi la protection de la biodiversité requiert un ancrage plus fort dans la Constitution. Le 22 septembre, nous avons besoin d’un oui à l’Initiative biodiversité.

Magazine Pro Natura: dans votre exploitation laitière, 50% des prairies et des pâturages sont considérés comme des surfaces de promotion de la biodiversité (SPB). Cela peut paraître surprenant, car la production agricole et la promotion de la biodiversité sont souvent présentées comme incompatibles.

Braida Dür: agriculture et biodiversité sont étroitement liées. Elles ne s’excluent pas l’une l’autre, mais cohabitent harmonieusement. Sans l’agriculture, ces magnifiques prairies fleuries avec toute la diversité de leurs insectes n’existeraient pas. Elles s’embroussailleraient en l’espace de quelques années et seraient rapidement envahies par la forêt. À l’inverse, la biodiversité est bénéfique à l’agriculture. Elle contribue à la fertilité et à la bonne santé des sols, elle assure la pollinisation des plantes cultivées et garantit des rendements stables. En outre, elle permet une plus grande souplesse d’exploitation.

Qu’entendez-vous par là?

Les prairies riches en espèces qui ne sont pas fertilisées poussent moins vite en hauteur que les prairies intensives. S’il pleut beaucoup, comme ce fut le cas ce printemps, on n’a pas à craindre que le fourrage soit rabattu vers le sol et que sa qualité s’en ressente. On a aussi une plus grande marge de manœuvre dans la gestion du pâturage.

Mais les rendements sont moindres.

Oui, c’est vrai. Nos prés et nos pâturages produiraient nettement plus de fourrage s’ils étaient fertilisés davantage. Je suis toutefois convaincue que la composition riche en espèces de ces prés et pâturages permet d’obtenir un fourrage présentant une plus grande diversité de composants et donc des aliments de meilleure qualité nutritionnelle. Mais la pression économique est si forte que de nombreux agriculteurs et agricultrices voient surtout les inconvénients: rendements moindres, charge de travail plus importante.

Qu’attendez-vous de l’Initiative biodiversité?

Je trouve que l’Initiative biodiversité est formulée de manière un peu vague, ce qui laisse une grande marge d’interprétation. Néanmoins, elle souligne l’importance de protéger la biodiversité. J’espère qu’elle nous permettra de nous éloigner d’une vision binaire et de nous orienter vers une production d’aliments durables et sains, dans le respect de la biodiversité. Cela nécessite de repenser les réglementations actuelles. Je suis convaincue qu’il est possible d’accroître la biodiversité par des mesures créatives et intelligentes, sans pour autant réduire la production alimentaire. Par exemple, les prairies qui sont fertilisées avec un peu de fumier présentent une biodiversité relativement élevée tout en permettant une production de fourrage nettement plus importante que les prairies et les pâturages non fertilisés.

NICOLAS GATTLEN, reporter pour le Magazine Pro Natura.

Braida Dür (42) vit avec son mari et leurs quatre enfants à Couvet dans le Val-de-Travers (NE). Le couple exploite depuis quatre ans une ferme de 50 hectares «La Ferme sur le Crêt», à 1100 mètres d’altitude. Cette exploitation certifiée Bourgeon bio est axée sur la production laitière: 33 vaches sont au pâturage jour et nuit, du printemps à l’automne, et les veaux restent en contact avec leur mère jusqu’à l’âge de quatre mois. Le lait est transformé en fromage (gruyère bio).

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Drapeau de la campagne Oui à la biodiversité accroché au bord du chemin le 22 septembre
08.08.2024 Crise de la biodiversité

«Transition énergétique et sauvegarde de la biodiversité vont de pair»

Si la protection des ressources naturelles est un objectif déclaré de notre pays, la réalité est malheureusement tout autre. C’est pourquoi la protection de la biodiversité requiert un ancrage plus fort dans la Constitution. Le 22 septembre, nous avons besoin d’un oui à l’Initiative biodiversité.

Magazine Pro Natura: vous êtes clairement contre les projets de parcs solaires alpins. Pour protéger la biodiversité?

Arnaud Zufferey: indirectement, oui. Mais surtout quelle idée absurde d’aller détruire les derniers espaces vierges alors qu’il existe tellement d’autres possibilités sur les infrastructures existantes, des remontées mécaniques aux balcons des particuliers, des barrages aux toits plats dans les villes, et j’en passe. Les projets de parcs solaires alpins sont la caricature de ce que je dénonce depuis plus de quinze ans, à savoir que nous prenons les choses à l’envers: on veut résoudre la crise énergétique par la production et non pas par la consommation.

Le domaine de la production d’énergie est-il donc particulièrement responsable de la dégradation de la nature, et donc de la biodiversité?

C’est trop vite oublier l’agriculture, la mobilité, la construction, le tourisme, etc. qui tous ensemble surexploitent les ressources que sont les sols, les paysages. Je ne suis pas sûr que le domaine de l’énergie soit le principal fossoyeur de la biodiversité, il contribue aussi à sa dégradation, c’est tout. Par rapport à la perte de biodiversité, on ne reçoit malheureusement pas de notification sur notre smartphone qui nous indiquerait que nous sommes sur la fausse voie avec telle ou telle action.

L’initiative biodiversité, même générale dans ses objectifs, a toute son utilité?

Oui. Je pense même que c’est plutôt positif que les objectifs restent généraux. Cela évite les excuses du style: «C’est une bonne idée, mais c’est la mauvaise manière de le faire...» C’est plus pour moi une votation de principe qui nous place face à notre responsabilité de protéger nos ressources et nos bases de vie. Et je ne vois pas comment on pourrait être contre.

Est-il encore audible aujourd’hui d’être contre les éoliennes, par exemple, pour sauver la biodiversité?

Le temps est révolu de vouloir opposer les deux choses. Si l’on s’attaquait aux problèmes dans le bon ordre – sobriété d’abord, efficacité ensuite et production d’énergie renouvelable enfin – on éviterait alors de détruire nos paysages, et par conséquent de porter atteinte à la biodiversité. Et l’on ne discu- terait même plus de savoir s’il est possible ou non de mettre des éoliennes dans des bas-marais, ou d’accepter des parcs solaires alpins. Si on fait les choses dans l’ordre, on arrive à tout faire, et à le faire bien.

Si je vous comprends bien, accepter l’initiative n’empêchera en rien la transition énergétique.

Tout à fait, ce n’est pas contradictoire. J’aime bien illustrer l’importance de la sobriété, et donc les mesures d’économie, par le nombre d’éoliennes qu’on évite. En Suisse, l’extinction de l’éclairage public entre 1 h et 5 h du matin représente une économie d’environ 144 GWh, soit 29 grandes éoliennes. Si on aborde intelligemment la transition énergétique, on peut minimiser l’impact sur la biodiversité.

Florence Kupferschmid-Enderlin, rédactrice pour le magazine Pro Natura.

Arnaud Zufferey est ingénieur EPFL indépendant, artisan de la transition énergétique. Il est actif dans le domaine de l’énergie depuis dix-sept ans. Conseiller municipal à Sierre de 2009 à 2012 et professeur à la HES-SO Valais de 2012 à 2018, il donne de nombreuses conférences sur l’énergie et la pollution lumineuse en Suisse romande. Il est le concepteur du site https://www.energuide.ch, dédié à la transition énergétique.

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Drapeau de campagne de l'initiative OUI à la biodiversité accroché à un arbre au bord du Doubs.
08.08.2024 Crise de la biodiversité

«Ensemble, nous pouvons inverser la tendance»

à propos

«Production suisse en danger!» alertent les adversaires de l’Initiative biodiversité. Ils tentent de la présenter comme une menace pour la filière du bois indigène, le développement des énergies renouvelables, la survie des régions de montagne. Vraiment?

En réalité, c’est tout le contraire, car la biodiversité est indispensable à la fertilité des sols, à la pollinisation des champs – 80% de nos principales plantes cultivées en dépendent – et partant, à la production de denrées alimentaires saines. Sans la biodiversité, les forêts s’étiolent, dépérissent et ne sont plus armées face au changement climatique. Pourquoi apprécions-nous tant les loisirs et les vacances en plein air? Parce que nous nous plaisons dans une nature diversifiée, des paysages variés et typiques, des sites uniques. Et la promotion des énergies renouvelables? Les crises de la biodiversité et du climat s’aggravent mutuellement et l’une ne peut être résolue au détriment de l’autre. Les habitats riches en espèces tempèrent le changement climatique, auquel ils s’adaptent mieux et plus vite. La transition énergétique n’est nullement incompatible avec la préservation de la biodiversité.

Il est évident que la campagne des opposants se bat contre un ennemi imaginaire: son argumentation repose sur des scénarios qui n’ont rien à voir avec l’Initiative biodiversité. Le tourisme, la production d’énergie durable, l’agriculture vivrière et l’industrie du bois sont tributaires d’un milieu naturel intact, dont les prestations sont vitales pour notre espèce et ne peuvent pas être simplement remplacées par des solutions techniques. À coup de slogans trompeurs, d’affirmations infondées et de contre-vérités, le camp du non joue sur des peurs diffuses au sein de la population. Il passe sous silence le rôle existentiel de la biodiversité pour l’être humain. Et il conteste toute nécessité d’agir.

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Le Conseil fédéral, les cantons, les villes et les communes ont pourtant reconnu l’urgence de prendre soin de la biodiversité. Les scientifiques parlent du début d’une sixième extinction de masse. La Suisse n’est pas épargnée, et la situation y est même particulièrement critique en comparaison internationale. Notre pays compte proportionnellement beaucoup plus d’espèces menacées que ses voisins. Il est relégué en queue du classement de l’OCDE concernant les aires protégées, au niveau de la Bosnie-Herzégovine et de la Turquie. Où sont passés l’esprit pionnier et l’audace visionnaire qui ont présidé à la création du premier parc national alpin il y a un peu plus d’un siècle – avec le concours de Pro Natura, l’une des organisations fondatrices?

Urs Leugger-Eggimann, directeur général de Pro Natura
Pour un débat sur la biodiversité constructif et basé sur des faits!

Notre responsabilité vis-à-vis des générations futures nous commande de débattre sérieusement de ces questions. C’est pourquoi l’Initiative biodiversité a lancé un appel à un débat factuel et respectueux sur la biodiversité. À l’heure où nous mettons sous presse, près de 25 000 personnes ont signé cet appel, il s’agit d’un message fort.

L’inaction nous coûtera très cher

Un chiffre rarement cité résume à lui seul le recul dramatique des habitats ces dernières décennies: depuis 1900, nous avons perdu près de 7600 kilomètres carrés d’habitats riches en espèces comme les prairies sèches, les zones humides, les tourbières. C’est la superficie des cantons de Berne et Fribourg réunis, et presque un cinquième du territoire suisse. La destruction insidieuse de notre nature, de nos paysages et de notre patrimoine bâti a atteint des proportions alarmantes, avec des conséquences gravissimes pour notre santé, notre économie, l’avenir de nos enfants et de nos petits-enfants.

À propos d’économie, si nous n’agissons pas aujourd’hui, nous en paierons le prix. Le Conseil fédéral l’a calculé et il est exorbitant: entre 14 et 16 milliards de francs par année d’ici 2050, l’équivalent de 2 à 2,5 % de notre PIB. Le Forum économique mondial estime que la perte de biodiversité fait courir des risques très élevés à l’économie globale et à notre prospérité. Ajoutons que la protection n’exclut pas l’exploitation, bien au contraire. L’une et l’autre vont presque toujours de pair. Il est possible (et parfois nécessaire) d’adapter les pratiques agricoles et sylvicoles aux objectifs de protection. Et les subventions pour la promotion de la biodiversité sont versées directement aux régions. Elles profitent pour près de 40 % aux entreprises de construction locales ainsi qu’aux bureaux de planification et de maintenance. L’agriculture en reçoit également 40 %. Le solde couvre les frais de la gestion forestière et des communes dans les régions.

Oui à nos ressources vitales

Cette campagne est une opportunité unique d’informer la population sur l’importance et l’état de la biodiversité, la convaincre qu’il est urgent d’agir et l’inciter à se mobiliser. Pour un oui le 22 septembre, mais aussi, au-delà de ce dimanche de votation, pour une gestion plus respectueuse et plus durable des bases de notre existence. L’Initiative biodiversité est portée par une large alliance: sept organisations responsables, 67 organisations nationales ayant déclaré leur soutien, plus de 200 partenaires dans les cantons, des centaines d’organisations de protection de la nature à l’échelon local et près de 1900 bénévoles qui s’engagent à travers elle pour la préservation de nos ressources vitales (chiffres à fin juin). Cela nous encourage et nous rend optimistes. Ensemble, nous pouvons inverser la tendance pour répondre à l’urgence du défi. En disant oui à l’Initiative biodiversité, nous chargeons le Conseil fédéral et le Parlement de fixer les surfaces, les moyens et les instruments nécessaires. Ce n’est pas un luxe, mais un impératif, car la biodiversité est la source de la vie, de notre vie.

URS LEUGGER-EGGIMANN, directeur général de Pro Natura

Illustration d'une perdrix
08.08.2024 Crise de la biodiversité

La biodiversité décline, preuves à l’appui

En Suisse, un nombre particulièrement élevé d’espèces animales ont disparu ou sont sur le point de disparaître. Nous vous en présentonsici quelques-unes. Pour remédier à cette situation, il est indispensable de voter OUI à l’Initiative biodiversité le 22 septembre.

Le courlis cendré (Numenius arquata)

Illustration eines Brachvogels
Couples nicheurs
Un ennemi de taille

Le courlis cendré (Numenius arquata) a beau être le plus grand des limicoles et ne compter que peu d’ennemis naturels, il ne niche plus en Suisse depuis presque deux décennies.

En asséchant à grande échelle les zones humides, l’être humain est un ennemi de taille qui a détruit les milieux naturels de l’espèce. Avant les grands assèchements réalisés au 19e siècle, le courlis cendré faisait partie des espèces d’oiseaux caractéristiques du Plateau. Dans les années 1960, on ne comptait déjà plus que 40 couples nicheurs, et depuis 2006, il n’y a plus de preuve attestée de nidification en Suisse. Avec un peu de chance, on peut observer cet oiseau imposant lorsqu’il hiverne dans notre pays ou y fait halte durant la migration.

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La pie grièche-grise (Lanius excubitor)

 

Illustration d'une pie grièche-grise
espèces d'oiseaux nicheurs suisses sont menacées ou potentiellement menacées.
Un triste exemple

Neuf d’entre elles sont au bord de l’extinction et sept sont classées comme éteintes en Suisse, dont la pie grièche-grise (Lanius excubitor)

Alors que la plus grande pie grièche d’Europe était autrefois largement répandue dans notre pays, elle n’y a plus niché depuis 1986. Les milieux naturels dont elle a besoin – des prairies extensives et riches en structures comme des arbres fruitiers et des haies – sont devenus rares. La disparition de la pie grièche-grise est devenue le triste exemple de l’appauvrissement écologique de nos paysages agricoles.

La perdrix grise (Perdix perdix)

Illustration eines Rebhuhns
Perdrix grises
Disparition totale

Au milieu du siècle dernier, environ 10 000 perdrix grises (Perdix perdix) vivaient encore en Suisse. Près de septante ans plus tard, il n’en reste aucune.

La mécanisation et l’industrialisation de l’agriculture en sont la cause. Autrefois, cet oiseau trouvait des milieux naturels parfaitement appropriés dans les régions de grandes cultures ouvertes et richement structurées, dans lesquels son plumage lui permettait de se fondre. Face au recul alarmant des populations, des programmes de conservation de la Station ornithologique suisse tentent de valoriser des milieux naturels dans le Klettgau (SH) et en Champagne genevoise et y réintroduisent des perdrix grises importées. En vain: le dernier couple nicheur a été observé en 2018.

 L’oreillard gris (Plecotus austriacus)

Illustration einer Fledermaus (Plecoturs austriacus)
Attention, pollution lumineuse!

Voilà longtemps que l’oreillard gris (Plecotus austriacus) a disparu du Plateau. Aujourd’hui, cette chauve-souris ne se rencontre plus que le long de l’Arc jurassien, et de façon très sporadique, puisqu’elle est menacée de disparition. Elle ne trouve plus de territoires de chasse riches en insectes et dénués de pesticides. Impossible également de dénicher des greniers où passer l’été, ni des caves ou des fentes dans les murs pour s’abriter en hiver. Quant aux couloirs de vols libres de construction et de pollution lumineuse, ils viennent aussi à manquer. En bref, l’oreillard gris est privé des milieux naturels riches en espèces dont il a besoin.

Le saumon atlantique (Salmo salar)

Illustration Lachs
ans se sont écoulés depuis l'époque où des millions de saumons vivaient encore dans le Rhin.
Une attente vaine

Depuis de nombreuses années, des saumons atlantiques (Salmo salar) juvéniles sont lâchés par dizaines de milliers dans des eaux potentiellement propices au frai dans le nord-ouest de la Suisse, dans l’espoir que des saumons adultes remontent le Rhin depuis l’Atlantique. 

À ce jour, seuls quelques spécimens y sont parvenus, ce qui est largement insuffisant pour rétablir une population stable. Il y a un siècle, des millions de saumons vivaient encore dans le Rhin. Par la suite, la fonctionnalité du fleuve a été toujours plus impactée par des centrales hydroélectriques, tandis que la qualité de son eau se dégradait, signant l’arrêt de mort du saumon du Rhin. Aujourd’hui, la qualité de l’eau s’est améliorée et plusieurs centrales disposent de passes à poissons. Les efforts considérables entrepris pour faire revenir le saumon, jusqu’ici peu fructueux, montrent qu’il est plus facile de détruire que de restaurer. Et dans le cas de la biodiversité, le besoin de restauration est extraordinairement élevé.

La loutre d'Europe (Lutra lutra)

Illustration eines Fischotter
La tendance peut être inversée

Terminons avec une petite lueur d’espoir: parmi les centaines d’espèces animales qui figurent sur nos listes rouges, seules quelques-unes, comme la loutre d’Europe (Lutra lutra), affichent une tendance positive. Victime de la chasse, de la mauvaise qualité des eaux et de la destruction des milieux naturels, ce mammifère était considéré comme éteint en Suisse. Ses populations s’étant rétablies dans les pays voisins, des individus isolés ont à nouveau été observés dans le Rhône, l’Inn, le Rhin et le Tessin. En outre, deux individus qui s’étaient échappés du zoo du Dählhölzli à Berne se sont reproduits dans l’Aar. Cette population est encore modeste et la loutre reste donc une espèce menacée d’extinction en Suisse. Plusieurs éléments positifs permettent toutefois d’espérer qu’elle puisse recoloniser nos eaux. Un retour rendu possible par l’amélioration de la qualité de l’eau, la renaturation des rives et la suppression des obstacles: un exemple magnifique, qui montre que les mesures en faveur de la biodiversité peuvent avoir rapidement des effets concrets.

RAPHAEL WEBER, rédacteur en chef du Magazine Pro Natura

Schafherde im Lauterbrunnental
08.08.2024 Loup, lynx, ours

Le loup et la biodiversité dans les Alpes suisses: une mise en perspective

Quels animaux ont leur place dans les Alpes? Quelles menaces pèsent sur l’économie alpestre? Le loup nuit-il à la biodiversité dans les Alpes? La situation dans l’espace alpin est complexe. Pro Natura fait le point.

Le retour du loup en Suisse suscite des débats controversés, en particulier dans l’espace alpin. Les dommages causés aux animaux de rente et la protection des troupeaux font débat. En outre, les milieux critiques à l’égard du loup défendent une nouvelle thèse: le retour du loup nuirait à la biodiversité dans les Alpes, car il rendrait impossible l’estivage d’animaux de rente et, partant, une exploitation des alpages favorable à la biodiversité. Cependant, aucune étude scientifique ne vient étayer cette affirmation. Pro Natura estime en outre qu’il est contre-productif d’opposer un aspect de la biodiversité à un autre. Nous ne pouvons pas mettre en avant les pâturages extensifs, leur flore et leur faune au détriment du loup et de son rôle écologique. Pro Natura apporte son éclairage sur cette thématique complexe.

1. La valeur écologique des prairies et pâturages extensifs est indéniable.

Les Alpes ont toujours été un espace naturel et cultivé dynamique et changeant. Il n’existe pas de paysage rural alpin unique et pérenne. Les prairies et pâturages riches en espèces qui subsistent encore aujourd’hui dans l’espace alpin ne constituent qu’une toute petite partie des surfaces présentes dans notre pays au XIXe siècle. Parallèlement, de nombreux alpages sont aujourd’hui surfertilisés, surexploités et monotones en termes d’espèces animales et végétales. Il convient donc de préserver les sites extensifs riches en espèces qui subsistent et de les exploiter de manière adaptée. Ils constituent en effet des refuges importants pour des espèces animales et végétales rares.

2. Le loup fait partie de la biodiversité et il a sa place dans les Alpes.

Aujourd’hui, il faut en Suisse davantage de surfaces où la nature puisse se développer (plus) librement, y compris dans les Alpes, afin de préserver sa biodiversité à long terme. Le loup réintroduit une dynamique importante dans les forêts de montagne caractérisées par des populations (trop) importantes de gibier et pourrait ainsi indirectement favoriser le rajeunissement des forêts. Il fait lui-même partie de la biodiversité indigène. Or, bien que les populations alpines de loups (notamment en Suisse, en Bavière et en Autriche) n’aient pas encore atteint un état de conservation favorable, on intervient déjà massivement sur elles par des tirs. Quand il est question du rôle écologique du loup, dans le rajeunissement des forêts notamment, ce sont les loups vivant dans notre pays qui sont importants, et non les grandes populations de loups en Roumanie ou au Canada, auxquelles les opposants au loup aiment se référer. Il est important que la Suisse apporte sa contribution pour qu’une population saine de loups alpins puisse remplir sa fonction écologique pour les populations de gibier et les forêts locales.

3. Le manque de personnel, de rentabilité et d’infrastructures constitue la principale menace pour l’économie alpestre.

La forme d’exploitation que constituent les pâturages d’estivage extensifs avait enregistré un fort déclin dans les Alpes bien avant le retour du loup. Il y a plusieurs raisons à cela:

  • Changement démographique (migration vers les villes, mobilité et diversité des perspectives de travail pour les jeunes professionnel·les);
  • Concurrence des prix sur les marchés mondiaux et baisse du prix des denrées alimentaires;
  • Manque de personnel qualifié et d’infrastructures (p. ex. cabanes pour les gardien·nes de troupeaux, fontaines, chemins);
  • Élevage de petit bétail à titre purement accessoire.

C’est ainsi que la mise en pâture de surfaces exigeantes et demandant beaucoup de travail, typiques des Alpes, n’a plus été assez rentable et qu’elle a donc été abandonnée. Des études scientifiques démontrent que les alpages à petit bétail sont abandonnés pour de nombreuses raisons et que la présence du loup ne joue pas un rôle déterminant dans ce processus (1).

(1) Mink, S., Longinova, D., & Mann, S. (2023): Wolves’ contribution to structural change in grazing systems among swiss alpine summer farms: The evidence from causal random forest. In: Journal of Agricultural Economics, 00, 1-17.

 

4. Le pacage d’animaux de rente n’est pas forcément bon pour la biodiversité.

Toutes les formes de pacage ne sont pas favorables à la biodiversité. Différents facteurs doivent être réunis pour que la mise en pâture d’une surface soit bénéfique à la biodiversité:

  • Type et race d’animaux de rente par rapport aux facteurs environnementaux (pente, sol, climat, objectifs d’entretien);
  • Nombre d’animaux de rente par surface;
  • Pacage au-dessus ou au-dessous de la limite de la forêt;
  • Durée du pacage et gestion du troupeau.

Seules quelques races de moutons conviennent, par exemple, pour juguler l’embroussaillement. Pour garantir une exploitation régulière de la surface, les moutons doivent changer régulièrement d’enclos. Au-dessus de la limite de la forêt, où la majorité des moutons sont estivés, il n’y a pas de forêt contre laquelle le pacage permettrait de lutter. Là où paissent des troupeaux d’animaux de rente, il n’y a souvent plus guère de place ou de nourriture pour les chamois, les bouquetins ou les cerfs. De plus, certaines maladies peuvent se propager des animaux de rente aux animaux sauvages. Les troupeaux doivent être surveillés pour éviter qu’ils ne gagnent la forêt ou les moraines et n’évincent les animaux sauvages.

5. Le reboisement n’est pas forcément mauvais pour la biodiversité.

Les forêts de montagne ne sont pas en soi «denses et pauvres en espèces» ou de moindre valeur écologique que les pâturages extensifs. Selon leur stade de développement, les forêts présentent des compositions d’espèces différentes et passent par des stades présentant une plus ou moins grande biodiversité. Il convient en outre de considérer l’ensemble du spectre de la biodiversité (y compris les organismes vivant dans le sol, les champignons) et de ne pas raisonner uniquement avec quelques espèces emblématiques chères à la protection de la nature. Des concepts globaux à l’échelle régionale pour l’estivage pourraient aider à décider quels alpages doivent être conservés en priorité et dans quelles zones l’abandon de l’exploitation et le reboisement peuvent être tolérés. Malheureusement, cette planification globale n’est guère avancée dans les cantons.

Comme l’ont démontré des études menées dans le Parc national suisse, les cerfs élaphes, plus particulièrement, assument la fonction d’animaux de rente par leur comportement de pâturage et préservent les surfaces riches en espèces de l’embroussaillement.

6. Il existe des solutions pour les conflits d’objectifs ponctuels.

Quelques surfaces limitées dans l’espace sont concernées par un potentiel conflit d’objectif entre pacage extensif à des fins de protection de la nature et retour du loup. Il s’agit des petits pâturages de montagne escarpés situés en dessous de la limite de la forêt, qui sont parfois difficiles à protéger. On ne peut pas transposer les conflits d’intérêts liés à ces situations très spécifiques à l’ensemble de la région d’estivage. Si l’on veut protéger et préserver les pâturages visant à favoriser la biodiversité et les pâturages boisés situés en dessous de la limite de la forêt, il faut trouver des solutions pour que le pacage puisse se poursuivre malgré la présence du loup. On pourrait par exemple étendre les interventions du service civil en matière de protection des troupeaux en dehors des zones d’estivage, avec un cahier des charges spécifique pour le soutien à la protection des troupeaux et l’entretien du paysage sur les pâturages visant à favoriser la biodiversité et les pâturages boisés, recourir à des gardes de nuit (projets de bénévoles comme OPPAL), privilégier les races à cornes rustiques et légères (bovins) ayant conservé un comportement défensif face aux prédateurs ou utiliser ce qu’on appelle un «turbo-fladry» (clôture électrifiée à laquelle sont accrochés des rubans en tissu).

7. La protection des troupeaux est efficace. Il convient de soutenir au maximum les éleveur·euses d’animaux de rente.

La protection des troupeaux, la base de la cohabitation avec le loup, fonctionne très bien, comme le démontrent la baisse constante du nombre de prédations par loup en Suisse et la comparaison avec des troupeaux non protégés. Il n’existe pas de protection à 100%, mais la baisse du nombre d’attaques est importante sur le plan économique et psychologique.

Tou·tes les expert·es et toutes les études scientifiques s’accordent sur le fait que la protection des troupeaux est efficace et indispensable, même si les loups sont régulés. La protection des troupeaux dans les Alpes n’est pas (ou plus) une question de faisabilité technique ni de financement, mais avant tout une question de charge de travail acceptable. La Confédération et les cantons (financement, conseil, développement de la protection des troupeaux) ainsi que la société civile (bénévoles, service civil) sont appelés à apporter leur contribution au soutien des alpagistes. Il convient par exemple d’adapter son comportement lors des activités de loisirs en montagne en présence de chiens de protection des troupeaux.

8. Il est irréaliste de vouloir créer des zones «zéro loup» dans l’espace alpin.

La gestion écologiquement discutable du loup au moyen de zones «zéro loup» (appelées «zones de protection des pâturages» dans un doux euphémisme), telle qu’elle est pratiquée en Suède ou en Norvège pour protéger l’élevage de rennes, n’est pas une solution pour la gestion du loup dans les petits pays alpins. Nous ne disposons pas des surfaces nécessaires pour séparer physiquement les élevages et les populations de loups en bonne santé. De plus, étant donné que la Suisse est entourée de pays où les populations de loups sont en augmentation, il est illusoire de penser que des zones «zéro loup» puissent être sécurisées à un coût raisonnable. Même dans les zones sans loups, si les troupeaux n’étaient pas protégés, des loups isolés s’attaqueraient régulièrement à des animaux de rente voire causeraient des dommages majeurs. Le loup est une espèce dont le territoire s’étend sur de grandes surfaces. Il ne peut survivre sur quelques aires protégées de petite étendue. Pour préserver l’espèce, il n’y a pas d’autre solution qu’une cohabitation dans le paysage rural.

9. À ce jour, la règlementation sur la chasse permet déjà d’intervenir largement dans la population de loups.

En dépit de leur statut d’animaux protégés, les loups peuvent déjà être régulés en Suisse et en France. En Allemagne et en Autriche, les seuils d’abattage des animaux causant des dommages ont également été considérablement abaissés. En Suisse et en France, les tirs légaux sont la principale cause de mortalité des loups. Environ 20% de la population est «prélevée» chaque année en France. C’est beaucoup pour une espèce en principe protégée. En Suisse, il existe même une tolérance zéro en cas d’attaque sur des bovins ou des chevaux: il suffit d’un animal blessé pour que le loup soit abattu, sans forcément que des mesures de protection des troupeaux aient été prises. Depuis 2023, la Suisse autorise également la régulation proactive des loups, pour autant qu’elle soit liée de manière plausible à un risque de dommages important.

La régulation des loups ne peut contribuer à une bonne cohabitation que si la protection des troupeaux est mise en œuvre sur l’ensemble du territoire.

Il ne fait aucun doute qu’une régulation des populations de loups dans le paysage rural alpin est nécessaire pour créer un équilibre entre les intérêts de l’agriculture et ceux de la protection des espèces, pour freiner l’augmentation des effectifs de loups et pour donner aux personnes directement impactées par la présence du loup un moyen d’action supplémentaire lorsque la protection des troupeaux échoue de manière répétée. Il ne faut cependant pas espérer de miracle de la régulation en ce qui concerne la diminution des prélèvements d’animaux de rente. La régulation du loup ne pourra contribuer à la réduction des dommages que si la protection des troupeaux est mise en œuvre à grande échelle. En effet, même un loup isolé peut causer d’importants dégâts dans des troupeaux non protégés.

Le loup, une chance pour la biodiversité et les Alpes

Il est indéniable que le loup représente un défi dans les paysages ruraux fortement façonnés par l’être humain, comme ceux des Alpes. Une cohabitation est toutefois possible. C’est ce que démontre la réalité de nombreux pays européens, où le loup n’a jamais disparu. En Suisse, cette cohabitation doit d’abord s’installer. En tant que société, nous ne pourrons avancer que si nous considérons la coexistence avec le loup comme une invitation à la collaboration: apprendre ensemble, rechercher des solutions et les mettre en œuvre, tel doit être le mot d’ordre.

Ni l’agriculture de montagne ni la biodiversité dans les Alpes ne sont condamnées par le retour du loup. Il est important de voir les opportunités que recèlent les défis à relever:

  • Le potentiel écologique du loup dans le contexte forêt-gibier,
  • Les opportunités sociales de coopération et de solidarité entre ville et campagne,
  • L’amélioration de l’élevage dans les régions d’estivage.

Il est incontestable que les régions de montagne ont besoin de la solidarité et du soutien de tout le pays pour relever les nombreux défis auxquels elles sont confrontées en raison du réchauffement climatique, des changements structurels, de la présence du loup, et que leur expertise doit occuper une place importante dans toute recherche de solution.

Wolf im Wald Betyarlaca | iStock

Loup et économie alpestre: Pro Natura va de l’avant avec des projets concrets

Loup ou pas, il ne sera pas possible à l’avenir de mettre en pâture en continu toutes les surfaces de pâturage dans les régions particulièrement reculées ou présentant une topographie compliquée. L’abandon de certaines surfaces et leur retour à la «nature sauvage» ne doit pas être tabou, pas plus que la régulation de la population de loups.

Pro Natura va continuer à s’engager politiquement et à communiquer sur des projets concrets pour trouver des solutions en matière de gestion du loup, par exemple:

  • Nous élaborons des stratégies concrètes permettant de maintenir le pacage extensif dans les régions montagnardes d’altitude, car il est particulièrement précieux sur le plan écologique.
  • Nous proposons des excursions sur le thème de la protection des troupeaux afin de diffuser les connaissances permettant d’aborder les chiens de protection en toute sécurité.
  • Nous continuerons à soutenir des projets de bénévolat tels que Pasturs Voluntaris (en savoir plus) ou OPPAL (en savoir plus). Les projets de ce type soulagent les alpagistes dans leur quotidien difficile avec le loup comme voisin.

Herdenschutzhund Razvan | iStock
Biene auf Blume
13.08.2024 Crise de la biodiversité

Le Conseil fédéral ne veut pas protéger suffisamment notre source de vie

À l’occasion d’une conférence de presse organisée ce mardi, le conseiller fédéral Albert Rösti a présenté ses arguments concernant l’Initiative biodiversité, soumise au vote le 22 septembre. Le conseiller fédéral n’a pas abordé l’état alarmant de la biodiversité en Suisse et a enjolivé l’impact des mesures prises jusqu’à présent. Il n'évoque pas non plus la manière dont le mitage, l'imperméabilisation et les nouvelles constructions ont fortement endommagé le paysage et notre patrimoine bâti.

Notre nature est notre source de vie: nous lui devons la pollinisation, les sols fertiles, l’eau potable, la protection contre les dangers naturels, la régulation du climat. Pourtant, la biodiversité se porte mal en Suisse. Selon l’Office fédéral de l’environnement (OFEV), plus d’un tiers de nos espèces animales et végétales sont menacées ou ont déjà disparu. Près de la moitié des milieux naturels sont en danger.

Un renversement de tendance est impératif. Afin de garantir notre source de vie, le Conseil fédéral, les cantons et le Conseil national se sont prononcés en faveur d’un contre-projet indirect à l’Initiative biodiversité. Une courte majorité du Conseil des États a refusé d’en débattre, ignorant ainsi la menace qui pèse sur notre environnement et sur les générations futures.

Selon le rapport «Environnement Suisse 2022», les mesures sont insuffisantes

Lors de la conférence de presse de ce jour, le conseiller fédéral Albert Rösti a affirmé que la Suisse en fait déjà beaucoup, se référant aux lois existantes, au plan d’action Biodiversité, aux moyens à disposition et aux initiatives privées. Cependant, la réalité et les faits scientifiques démentent ces allégations.

Selon le rapport du Conseil fédéral «Environnement Suisse 2022», les mesures prises jusqu’à présent sont insuffisantes: «Les mesures de promotion produisent des effets localement, la biodiversité demeure en mauvais état et ne cesse de décliner. (...) Les succès ponctuels ne parviennent pas à compenser les pertes, dues essentiellement au manque de surface, à l’imperméabilisation, au morcellement, à l’utilisation intensive des sols ainsi qu’aux apports de pesticides et d’azote.»

Les mesures prises jusqu’à présent ne permettent pas non plus d’atteindre les objectifs de la Stratégie Biodiversité Suisse (SBS), comme le montre l’analyse de l’impact du plan d’action, publiée récemment: «... l’état général de la biodiversité en Suisse reste insatisfaisant. Dans leur majorité, les objectifs de la SBS ne sont pas atteints.»

Le Conseil fédéral ne publiera son nouveau plan d’action pour la biodiversité qu’après la votation

La publication du «Plan de mesures pour la deuxième phase de mise en œuvre, de 2025 à fin 2030», promise par le Conseil fédéral pour mi-2024, a été reportée après la votation. Cela est problématique du point de vue démocratique. Sans clarifications, les électeurs n’ont d’autre choix que de se prononcer à l’aveugle ou de s’assurer, par un oui à l’Initiative biodiversité, que la Confédération et les cantons protègent mieux notre source de vie et celle de nos enfants et petits-enfants. Tout indique cependant que le nouveau plan d’action sera encore moins efficace que le précédent.

Les fonds prévus pour la biodiversité ont été supprimés par le Conseil fédéral

Pour mettre en œuvre les bases légales existantes, la Confédération doit mettre à disposition les moyens nécessaires. Or, c’est précisément là que le bât blesse. De nombreux biotopes d’importance nationale, les joyaux naturels de la Suisse, ne sont pas entretenus de manière professionnelle. La protection de 75% des biotopes nationaux reste insuffisante. Selon le Conseil fédéral, le financement de la protection des biotopes, assuré par les conventions-programmes, est également lacunaire et non conforme à la loi.

Lors de sa session de décembre 2023, le Parlement a adopté, dans le cadre du plan financier 2025-2027, une augmentation progressive des moyens de 40 millions, 60 millions et 81 millions de francs. Quelques semaines plus tard, le Conseil fédéral est revenu sur cette décision du Parlement : dans son message sur les conventions-programmes dans le domaine de l’environnement (2025-2028), il supprime les 276 millions de francs supplémentaires pour la nature et le paysage. L’objet 23.081 sera traité lors de la séance de la CEATE-N des 12 et 13 août.

La protection de la biodiversité, du climat et du paysage vont de pair

En 2022, le Conseil fédéral a déclaré: «La perte de biodiversité et le changement climatique sont étroitement liés.» De fait, les mesures visant à maîtriser ces deux crises doivent tant que possible être combinées. C’est pourquoi les organisations environnementales se sont prononcées en faveur de la loi sur l’électricité. Ces mêmes organisations s’engagent désormais pour un OUI à l’Initiative biodiversité. Un avis de droit datant du 13 mai 2024 montre que l’adoption de l’initiative n’exercerait aucune influence sur la mise en œuvre de la loi sur l’électricité.

L’Initiative biodiversité crée une base permettant de protéger des zones de grande valeur écologique, le paysage et le patrimoine bâti et de préserver la biodiversité en Suisse. La loi sur l’électricité permet d’accélérer le développement des énergies renouvelables. La protection de notre source de vie et le tournant énergétique ne sont pas seulement compatibles. Ils vont de pair.

Personnes de contact:

  • Pro Natura: Sarah Pearson Perret, directrice romande, tél. 079 688 72 24, @email
  • BirdLife Suisse: Raffael Ayé, directeur, tél. 076 308 66 84, @email
  • Patrimoine suisse: Peter Egli, responsable de la communication, tél. 044 254 57 06, @email
  • Fondation suisse pour la protection et l’aménagement du paysage: Franziska Grossenbacher, directrice adjointe, tél. 076 304 43 58, @email
  • Responsable médias: Manuel Herrmann, tél. 078 765 61 16, @email
Lebensraum Wiese
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Aktuell fördern wir mit über 250 Projekten die Natur und die Artenvielfalt in allen Regionen der Schweiz. Dies ist nur dank Spenden und Mitgliederbeiträgen möglich. Herzlichen Dank für Ihre Unterstützung.

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