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Photos pour les médias «Vision Trois Lacs 2050»
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La Commission de l’environnement reconnait la nécessité d’agir en faveur de la biodiversité sans plus attendre
«Plus d’un tiers des espèces animales et végétales de Suisse figurent sur la liste rouge. Les efforts actuels en matière de protection de la biodiversité sont encore clairement insuffisants pour enrayer l’extinction des espèces en Suisse. Le contre-projet devrait contribuer à une sauvegarde rapide de notre source de vie qui est actuellement gravement menacée. Il est donc important que le Conseil national maintienne ce projet de révision de la LPN.»
Raffael Ayé, directeur de BirdLife Suisse
«La nature fournit d’importantes prestations écosystémiques telles que la pollinisation et la fertilité des sols, sans lesquels nous ne pourrions pas vivre. Le Conseil fédéral parle d’une valeur des services écosystémiques de 14 à 16 milliards de francs par an*. Préserver ces services nous coûte peu en comparaison. En revanche, nous ne pouvons pas nous permettre un déclin continu de la biodiversité. Pour protéger nos bases vitales et celles des générations futures, nous avons besoin d’une révision efficace de la loi, comme celle présentée par le Conseil national.»
Sarah Pearson Perret, directrice romande de Pro Natura
Nouvelle approche pour le contre-projet indirect
La CEATE-N a apparemment discuté d’une nouvelle approche pour le contre-projet indirect. L'association de soutien de l’Initiative biodiversité continue de saluer le fait que le Parlement décide d'un contre-projet efficace et donc d'une sauvegarde rapide de notre source de vie. La Suisse ne peut plus se permettre d'attendre davantage. L'association de soutien examinera une nouvelle proposition dès qu'elle sera publiée.
Pour un contre-projet indirect
L’association de l’Initiative biodiversité souhaite une action rapide et ciblée et continue donc de s’engager pour un contre-projet adéquat. En l’absence d’un contre-projet acceptable, elle est toutefois prête à porter l’initiative devant les urnes et à s’engager de toutes ses forces dans la campagne de votation. Elle pourra s’appuyer sur un soutien important de la population, comme le montrent les 44 000 signatures récoltées pour l’appel biodiversité en seulement huit semaines (Pétition 23.2024 Crise de la biodiversité: Agissons sans attendre!).
Explications du Conseil fédéral du 4.3.2022: page 11 et note 19
https://www.fedlex.admin.ch/eli/fga/2022/737/fr
Contact:
- Pro Natura: Sarah Pearson Perret, directrice romande, tél. 079 688 72 24, @email
- BirdLife Suisse: Raffael Ayé, directeur, tél. 076 308 66 84, @email
- Patrimoine suisse: Stefan Kunz, secrétaire général, tél. 079 631 34 67, @email
- Fondation suisse pour la protection et l’aménagement du paysage: Franziska Grossenbacher, directrice adjointe, tél. 076 304 43 58, @email
- Initiative biodiversité: Dagmar Wurzbacher, service médias, tél. 076 517 25 96, @email
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Commentaire de l’association de soutien à l’Initiative biodiversité suite à la décision de la CEATE-N
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Page web de l'Initiative biodiversité«Nous avons trop peu d’aires protégées où les espèces peuvent trouver refuge»
En Suisse, il n’existe pas de vue d’ensemble ni de stratégie sur lamanière dont les aires protégées doivent être réparties et mises en réseau sur l’ensemble du territoire. Le patchwork actuel de zones protégées manque en outre de réserves naturelles diversifiées et de qualité, qui réunissent différents milieux naturels et abritent une grande variété d’espèces animales et végétales – ce que l’on appelle les hotspots de biodiversité.
Pro Natura assure la protection de plus de 800 réserves naturelles en Suisse, dont certains hotspots. Dans ce magazine, nous en présentons une petite sélection, avec des caractéristiques différentes. Parallèlement, nous nous entretenons avec notre chef de division sortant, Urs Tester, sur la gestion des réserves naturelles.
Magazine Pro Natura: «Quelles aires protégées pour la Suisse?»: c’est la question à laquelle vous consacrez votre nouveau livre, à paraître prochainement. Faut-il surtout des vastes aires protégées bien connectées, comme celles mises à l’honneur dans ce numéro?
Urs Tester: de toute évidence, il en faudrait plus de ce type. De nombreuses espèces menacées ont besoin d’habitats vastes en raison de leur mode de vie. Et les grandes réserves sont nécessaires aussi pour les espèces hautement spécialisées, car le risque d’extinction est élevé dans les aires isolées et de petite taille. Il suffit parfois de deux étés caniculaires successifs ou d’émissions d’azote trop importantes à proximité pour qu’une espèce disparaisse de la zone. L’impact de ces phénomènes est moins marqué dans les aires plus vastes, les espèces spécialisées s’y maintiennent donc plus facilement. En outre, une grande réserve a plus de chances d’être colonisée par des animaux et des plantes. Les îles en sont une parfaite illustration: plus elles sont grandes, plus on y trouve d’espèces.
Les arguments en faveur de la création de grandes réserves naturelles semblent donc nombreux.
Oui, mais il serait impossible de couvrir tous les types d’habitats et toutes les régions géographiques de Suisse avec seulement quelques très grandes aires protégées. Il en faut donc de plus petites, réparties sur tout le territoire. Autre point important, elles ne doivent pas être trop éloignées les unes des autres, et doivent être reliées entre elles par ce que l’on appelle des biotopes-relais, comme des haies, des prairies extensives, des étangs, des ruisseaux à ciel ouvert. Là encore, les îles sont un bon exemple: celles qui sont isolées, éloignées d’un continent ou d’autres îles, comptent moins d’espèces. Cette «théorie des îles» va donc dans le sens, arguments à l’appui, de la création de corridors écologiques.
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Cet article a été publié dans le Magazine Pro Natura.
Le Magazine Pro Natura vous dévoile les petites merveilles de la nature, vous informe au sujet de gros projets et vous présente des personnalités captivantes. Il porte un éclairage sur les dessous des décisions politiques et révèle où, comment et pourquoi Pro Natura lutte pour la nature. Tous les membres Pro Natura le reçoivent cinq fois par an.
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Susanna Meyer
- Haie d’arbres riche en espèces près de Mümliswil-Ramiswil (SO).
Pourtant, il y a déjà plein de petites zones protégées en Suisse. Chaque commune en a une, qu’il s’agisse d’un étang, d’une ancienne carrière, etc.
Effectivement, la Suisse compte beaucoup de toutes petites aires protégées. Certains biotopes d’importance nationale ne sont pas plus grands qu’un terrain de handball. Mais un petit étang isolé ne peut assurer la survie d’aucune population. Il peut servir de relais, à condition qu’il se trouve à proximité de biotopes plus vastes. En Suisse, il n’y a pas assez d’aires protégées où les espèces peuvent se sentir en sécurité et trouver refuge. Pro Natura essaie de montrer l’exemple et de contribuer au déploiement d’un réseau de zones protégées viable: en gérant 260 km2 de réserves naturelles, nous participons au maintien de la biodiversité. Mais c’est insuffisant, il en faut davantage.
À quoi reconnaît-on une «bonne» réserve naturelle?
Elle doit être bien connectée et être entourée d’une zone tampon suffisamment large. Bon nombre de sites à protéger se trouvent au cœur d’une zone exploitée intensivement et sont exposés à de nombreux risques, comme les engrais, les pesticides, la lumière artificielle, le bruit, la circulation. Plus les «frontières» sont marquées, plus les réserves naturelles sont vulnérables. Dans l’idéal, la transition entre la zone protégée et la surface exploitée intensivement devrait être graduelle. Et le paysage y gagnerait aussi beaucoup. Enfin, la manière dont la réserve est gérée et entretenue est un élément décisif.
À quoi faut-il veiller?
Tout d’abord, il faut fixer un objectif clair: quels milieux naturels souhaite-t-on conserver ou valoriser? Il faut ensuite établir un plan de gestion pour définir comment atteindre cet objectif. Vient alors la mise en œuvre: les réserves naturelles ne sont pas autonomes, elles doivent être entretenues et développées. C’est aussi valable pour les espaces où on laisse la nature à sa libre évolution, comme les réserves forestières naturelles ou les zones alluviales. On peut éviter les dégradations ou les limiter au maximum par une bonne signalisation et une bonne gestion des visiteurs, ainsi que par la présence de rangers. Malheureusement, de nombreuses réserves communales, cantonales et nationales ne sont pas entretenues autant qu’il le faudrait et perdent en qualité. Les bas-marais s’embroussaillent, des néophytes envahissantes se répandent dans les zones alluviales, les hauts-marais s’assèchent.
Comment expliquez-vous ce manque d’entretien?
C’est le reflet du manque de considération d’une partie de la société envers la nature. La classe politique n’est pas prête non plus à investir les ressources financières et humaines nécessaires pour valoriser et développer les aires protégées. Au lieu d’être valorisés pour leur travail, les agriculteurs et agricultrices signent des contrats d’entretien standard et n’ont pas d’interlocuteur dédié, faute de personnel. Et parce qu’il n’y a pas assez d’argent, ils n’ont pas l’assurance de recevoir les contributions versées au titre de la protection de la nature. Autant d’éléments qui se répercutent sur leur motivation et sur la qualité de la zone protégée.
En Suisse, il existe peu d’aires protégées où la nature est livrée à elle-même. La plupart n’échappent pas au fauchage, à la mise en pâturage, à la taille ou au sciage. Ne serait-il pas bénéfique de laisser plus d’espaces sauvages?
Effectivement, de nombreuses espèces en profiteraient, raison pour laquelle Pro Natura s’engage depuis des années en ce sens. Cela étant, la Suisse est aussi riche en paysages cultivés dotés de biocénoses spécifiques. Sans agriculture, une partie de ces espèces n’existerait pas chez nous. C’est le cas du grand rhinolophe, une chauve-souris originaire du bassin méditerranéen, ou de la fouine, arrivée du Proche-Orient, deux espèces qui ont pu s’établir chez nous parce qu’elles y ont trouvé un habitat adapté sur les terres agricoles et dans les zones urbanisées. La flore messicole aussi est arrivée en Suisse grâce à la culture des terres. Originaire en grande partie du Proche-Orient, elle enrichit désormais les zones cultivées ici, à condition qu’on lui laisse l’espace dont elle a besoin. L’entretien du paysage est donc essentiel à la protection de la biodiversité. Là où la culture traditionnelle n’est plus pratiquée, nous devons la remplacer par des mesures ciblées.
Dans certaines zones protégées, la dynamique naturelle de l’eau est simulée, par exemple via la création d’étangs et de mares ou le dragage de gravières, afin de créer des habitats de substitution pour les populations des zones alluviales. Cela fonctionne-t-il?
Il s’agit là du type de réserve naturelle le plus complexe et le plus exigeant: parce que les rivières et les ruisseaux ne s’écoulent plus librement, leur dynamique naturelle est annihilée. Il faut donc des habitats de substitution dans lesquels les phénomènes naturels sont recréés par dragage. L’expérience montre que ces mesures sont efficaces.
Existe-t-il un «état idéal» vers lequel la protection de la nature tendrait?
De ce point de vue, les choses ont bien changé: iI y a plus d’un siècle, au moment de la création du Parc national suisse, on avait une vision très statique de la nature. On pensait que la forêt, après les grandes opérations de déboisement du 19e siècle, poussait en continu jusqu’à atteindre un équilibre éternel. Cet équilibre était perçu comme l’idéal à atteindre dans la forêt, mais aussi plus généralement dans tous les écosystèmes. Dans les années 1970, la notion de cycles répétitifs s’est imposée: on imaginait que les forêts avaient une phase de croissance puis d’écroulement avant de recommencer à croître. Cette idée de nature qui change toujours de la même manière est dépassée. On sait aujourd’hui que la nature est en constante évolution et le dérèglement climatique agit comme un accélérateur. Elle ne reviendra plus jamais à un état antérieur, mais continuera d’évoluer en spirale.
Qu’est-ce que cela signifie concrètement pour la gestion des zones protégées?
Les objectifs à atteindre ne doivent pas être liés à un état passé. Conserver un marais ou une prairie à l’identique est un objectif vain. En revanche, avec une bonne politique de gestion des réserves naturelles, nous pouvons favoriser la biodiversité et empêcher la nature de s’appauvrir.
NICOLAS GATTLEN, reporter, et RAPHAEL WEBER, rédacteur en chef du Magazine Pro Natura.
Découvrez la diversité de la nature dans une sélection de nos réserves naturelles.
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Lâcher prise, observer et s’émerveiller
Lors d’une récente randonnée dans la région d’Aletsch, le coup d’œil sur le glacier révèle un versant entier qui s’est mis en mouvement. Les strates rocheuses s’ouvrent à la verticale tel un éventail, et les aroles dressent leurs couronnes dans le ciel dans toutes les directions. Un peu plus tard, j’apprends que la forêt est en feu dans une réserve forestière naturelle du val Mesolcina. Et bien que l’année soit déjà avancée, je lis encore des informations sur l’étendue des chablis suite aux tempêtes Burglind et Friderike de l’hiver dernier.
De tels événements naturels sont des phénomènes récurrents chez nous. Ils font partie du cycle naturel et façonnent la nature. Mais le changement climatique peut renforcer ces phénomènes naturels et les induire plus fréquemment. Une plus grande sécheresse, comme nous l’avons vécue cet été, augmente par exemple le danger de feux de forêt. De fortes précipitations, avec une fréquence et une intensité supérieures à la moyenne telles qu’elles ont été enregistrées en Suisse depuis le début du nouveau millénaire, peuvent provoquer des inondations ou des glissements de terrain. Le recul des glaciers et la fonte du pergélisol, deux conséquences évidentes du réchauffement du climat, mettent en mouvement des pans entiers de montagne.
L’être humain est responsable du changement climatique. Pro Natura combat résolument ce processus et s’engage au niveau national et international en faveur d’une politique climatique efficace qui doit réduire de manière significative les émissions beaucoup trop élevées de CO2. Mais le changement climatique a commencé depuis longtemps, les événements naturels croissants sont les témoins de cette évolution. La protection de la nature doit donc trouver la manière de gérer les conséquences de ces événements.
Les «perturbations» créent des habitats naturels
La dynamique naturelle est souvent perçue exclusivement comme une destruction et considérée comme occasionnant des dommages. Pourtant, ces « perturbations » peuvent créer également de nouveaux habitats et structures, plutôt rares en Suisse; par exemple, des zones rudérales et des forêts pionnières. Certaines espèces dépendent même de cette dynamique pour leur survie. Parce que la dynamique naturelle dans nos paysages façonnés et exploités par l’homme devient très limitée, la protection de la nature tente parfois de reproduire artificiellement ce manque de dynamisme: le cerclage des arbres, par exemple, entraîne une offre plus importante en bois mort, un habitat de choix pour d’innombrables coléoptères lignicoles. L’enlèvement ponctuel de l’humus crée des sols bruts à découvert, qui sont à nouveau colonisés par des espèces spécialisées. Les surfaces bénéficiant d’un développement naturel servent aussi de réservoir génétique, ainsi que de refuge et source de propagation pour les espèces spécialisées. Elles apportent également une contribution à la science, en nous permettant d’observer l’évolution naturelle pour en tirer des enseignements, par exemple pour une exploitation forestière efficace et durable. Elles nous permettent en outre de renforcer la relation de l’homme à la nature et de faire une expérience directe de la nature. Ce qui est le cas par exemple dans le plus grand espace naturel de Suisse qui permet cette dynamique naturelle: le Parc national suisse.
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Matthias Sorg
- La chute d'une avalanche dans le Parc national suisse dynamise le développement de la nature.
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Cet article a été publié dans le Magazine Pro Natura.
Le Magazine Pro Natura vous dévoile les petites merveilles de la nature, vous informe au sujet de gros projets et vous présente des personnalités captivantes. Il porte un éclairage sur les dessous des décisions politiques et révèle où, comment et pourquoi Pro Natura lutte pour la nature. Tous les membres Pro Natura le reçoivent cinq fois par an.
Une capacité de régénération inattendue
Les expériences tirées des grands événements naturels passés ont montré que ceux-ci pouvaient réserver quelques surprises. Après les chablis de grande étendue suite à la tempête Lothar durant l’hiver 1999, il a été observé que la jeune forêt se développait à nouveau sur presque toutes les surfaces ouvertes. Lors de l’incendie de forêt de Loèche en 2003, la végétation au sol aussi bien que les couronnes des arbres ont brûlé sur une grande partie de la surface. A peine quelques années plus tard, la surface a été de nouveau colonisée par des plantes herbacées et des plantules. Au fil du temps, après les espèces pionnières à croissance rapide, sont revenus les chênes et les pins, auparavant très présents. La nature a montré dans tous ces cas une capacité de régénération inattendue.
Permettre une dynamique naturelle ne doit évidemment pas entraîner un risque pour l’être humain. Il est également crucial de considérer de telles surfaces comme une contribution supplémentaire à une plus grande diversité naturelle. Ce n’est pas une alternative excluant la protection traditionnelle du paysage rural. Les deux approches – appliquer des mesures de protection de la nature spécifiques aussi bien que permettre une dynamique naturelle – sont importantes pour assurer la diversité de la nature dans nos paysages marqués par les interventions de l’homme. Pro Natura réalise elle aussi les mesures d’entretien nécessaires dans la plupart de ses 700 réserves naturelles. Dans plusieurs vastes zones protégées, la nature peut cependant se développer librement.
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Matthias Sorg
- Avalanche de pierres en dessous du col du Lukmanier.
Des conséquences indésirables sont possibles
Permettre le développement naturel sur certaines surfaces – à grande ou petite échelle, à long terme ou seulement de manière temporaire, dans des zones isolées ou très accessibles – peut avoir des conséquences fâcheuses. Des espèces exotiques envahissantes peuvent s’y installer et se propager, ou les infrastructures peuvent subir des dommages indésirables. Dans un pays très développé et aux dimensions réduites comme la Suisse, la concurrence avec d’autres besoins sur ces surfaces peut apparaître.
Finalement, les événements naturels extrêmes ne doivent pas prévaloir et se produire trop fréquemment. Car les phénomènes extrêmes n’ont d’effet positif sur la nature que jusqu’à un certain point.
Le 13 août 2003, plus de 3 km2 de forêt ont brûlé au-dessus de Loèche (VS). La cause n’était pas naturelle – il s’agissait d’un incendie criminel – mais la dynamique qui s’est installée après cet événement a bien vu la nature à l’œuvre. Pour des raisons de coût, il a été décidé de renoncer à un reboisement et de laisser libre cours au développement naturel. Après trois ans seulement, les trois quarts de la surface carbonisée avaient de nouveau verdi.
En l’espace de dix ans, les chercheurs du WSL ont trouvé 560 espèces de plantes et près de 2000 espèces d’insectes, d’araignées et de cloportes, y compris des espèces de coléoptères qui n’avaient pratiquement jamais été observées en Suisse auparavant. De nombreuses espèces d’oiseaux menacées ou rares, comme le torcol, le rougequeue à front blanc ou le monticole de roche, ont colonisé en grand nombre la zone brûlée. La surface ouverte et les éléments nutritifs libérés par le feu ont fourni des conditions idéales pour un développement florissant de la nature.
Mais ces conditions exceptionnelles ne peuvent durer éternellement car la forêt reprend du terrain: dès la deuxième année, de nombreux arbres à feuilles caduques ont germé, leurs graines ayant été portées par le vent. La plupart des chênes pubescents qui ont été carbonisés ont à nouveau bourgeonné. Dans les zones basses de la surface d’incendie, une forêt de feuillus gagne du terrain à la place de la forêt de conifères qui préexistait – une évolution due au climat que l’on observe également ailleurs en Valais, mais beaucoup plus lentement. La dynamique naturelle qui a suivi l’incendie de forêt n’a donc pas seulement offert une «happy hour» à la biodiversité; elle laisse également derrière elle une forêt qui sera mieux adaptée, à long terme, au climat de demain.
Le Parc national suisse (PNS) a été créé au début du 20e siècle par l’actuelle Pro Natura, afin de laisser se développer librement un coin de «nature alpine originelle» et de documenter scientifiquement son développement naturel. Le concept de protection totale était révolutionnaire pour l’époque et le PNS reste encore, à ce jour, la plus grande réserve totale des Alpes.
Outre la protection des plantes, des animaux et des habitats, la protection des processus est l’un des objectifs centraux. Ces processus comprennent également les avalanches. Pour beaucoup de gens, il est difficile de comprendre en quoi une avalanche constitue un phénomène souhaitable et pourquoi le PNS ne prend aucune mesure pour prévenir les dommages causés par les avalanches. Le PNS doit donc relever le défi d’expliquer ce choix. La recherche a montré que les avalanches ne sont pas seulement destructrices, mais qu’elles constituent aussi un facteur dynamique dans le cycle naturel. Elles creusent des couloirs dans les forêts de montagne, créant ainsi de nouveaux habitats pour les espèces végétales et animales qui ont besoin de lumière, et fonctionnent comme des catalyseurs de la biodiversité. Comme on peut le voir sur la photo, une strate herbacée et arbustive riche en espèces peut ainsi se développer et fournir de la nourriture et un habitat à de nombreux insectes. Il n’est donc pas surprenant que trois fois plus d’espèces vivent dans les couloirs d’avalanche que dans la forêt voisine, selon une étude de l’Institut pour l’étude de la neige et des avalanches SLF.
Si vous tapez «Derborence» sur internet, la majorité des occurrences concerne des propositions de balades. Les descriptions rivalisent de superlatifs, surtout sur la beauté du paysage sauvage. Si l’on avait interrogé les habitants des villages voisins au 18e siècle, les réactions auraient été bien différentes. Les habitants de cette vallée valaisanne avaient toutes les raisons d’avoir peur des forces de la nature: deux éboulements dévastateurs s’y sont produits en 1714 et 1749. Une grande partie des constructions et des alpages de l’époque se sont retrouvés recouverts d’une masse d’éboulis mesurant jusqu’à 100 mètres de haut, qui a entraîné la formation du lac de Derborence. Après cet épisode, il arrivait encore régulièrement que des rochers se précipitent dans la vallée, si bien que les habitants abandonnèrent à la nature ce site dangereux, aujourd’hui légendaire. Ainsi, une des trois forêts vierges de Suisse s’est développée sur ces versants au cours des 300 ans qui suivirent. Des sapins blancs mesurant jusqu’à 40 mètres s’y dressent aujourd’hui et leur écorce crevassée abrite nombre d’insectes, de champignons et de lichens. Le bois mort abondant fournit un habitat devenu très rare en Suisse. Une route d’accès vertigineuse dessert aujourd’hui la vallée. En été, de nombreux visiteurs viennent se détendre au bord du lac ou empruntent un joli sentier dans la forêt. En hiver, la route est fermée et la vallée redevient aussi sauvage qu’elle l’a été pendant plusieurs siècles.
Le soir du 12 mai 1999, le Bünz (un affluent de l’Aar) charriait 68 m3 d’eau à la seconde, la moyenne annuelle étant de 1,1 m3. En quelques heures, ces énormes quantités d’eau ont profondément modifié le cours de la rivière, dont d’importants tronçons avaient été canalisés dans un étroit corset au milieu du 20e siècle. A Möriken (AG), un secteur légèrement plus pentu, les berges ont commencé à s’éroder et dans le même temps, les terres agricoles environnantes ont été inondées par une retenue et la terre emportée par le courant. De nouveaux bras latéraux ont vu le jour et le lit du cours d’eau, qui faisait huit mètres de large à l’origine, mesura bientôt 40 à 50 mètres de large. Près de quatre hectares de terres cultivées et 12 000 m3 de matériaux ont été déplacés ou emportés en une nuit. Une situation trop extrême pour pouvoir rétablir l’état antérieur. C’est pourquoi les autorités concernées ont décidé de laisser la nature créer un paysage de plaine inondable. Par échange ou achat, 20 hectares sont devenus possession du canton et 27 hectares des communes. De nouvelles inondations en 2007 et 2015 ont continué à remodeler la zone alluviale.
Les fortes rafales de vent de la tempête Burglind, au début de l’année, nous ont rappelé avec quelle force les ouragans pouvaient se déchaîner, laissant derrière eux des arbres couchés, tordus, cassés ou déracinés sur les surfaces de chablis. Il y a vingt ans, l’ouragan Lothar traversait la Suisse, creusant de nombreuses tranchées dans les forêts suisses, y compris dans celle du Rorwald, dans le canton d’Obwald.
La corporation «Teilsame Lungern-Obsee» a fait de nécessité vertu: elle s’est épargné des travaux de déblaiement longs et coûteux et a créé en l’an 2000 une réserve forestière en faveur de la nature, d’entente avec le canton et Pro Natura. Depuis lors, la forêt se développe au cœur de la réserve sans aucune intervention humaine.
Cet abandon de l’exploitation est une bénédiction pour le grand tétras, un oiseau extrêmement farouche qui présente ici des densités exceptionnellement élevées pour la Suisse. De plus, de nombreux insectes et champignons tirent profit du bois mort laissé par la tempête. Les recherches scientifiques de l’Institut fédéral de recherches WSL ont déjà montré que la prochaine génération d’arbres se développait bien et montrait une grande richesse d’espèces, même sans intervention forestière.
L’apparition du typographe, l’espèce la plus connue de scolyte, constitue aussi un processus naturel dans les forêts d’épicéas victimes d’ouragans. Alors que la mort des arbres fait partie de la dynamique naturelle dans une réserve forestière, une infestation de vastes pans des forêts de protection situées le long du Giswiler Laui voisin par le typographe n’était pas envisageable pour des raisons de sécurité. C’est pourquoi on a aménagé une bande tampon entre la forêt de protection et la réserve forestière, et on a éliminé les arbres touchés. Une méthode qui a porté ses fruits: les bostryches ont à peine pénétré dans la forêt de protection, tandis que les populations ont diminué d’elles-mêmes dans la réserve forestière.
Grâce à la réserve forestière, le Rorwald pourra se développer en «forêt vierge»: les clairières créées par Lothar vont se refermer lentement, la chute de vieux arbres de haute taille va créer de nouvelles clairières plus petites.
Positif jusqu’à un certain point
S’ils se produisent trop souvent, la nature ne peut plus se régénérer. Dans de nombreuses régions du monde, les conséquences tragiques de ce développement peuvent déjà être constatées. Sécheresses, tempêtes et inondations ont rendu des zones entières inhabitables et entraîné un grand nombre de réfugiés. Il faut par conséquent s’en tenir résolument à une politique climatique efficace.
Au niveau national, les organisations de protection de la nature sont désormais invitées à se pencher sur les conséquences des phénomènes naturels. La dynamique naturelle est un concept difficile à accepter, et aussi à expliquer, car on ne peut préjuger de ses résultats et son évolution ne peut être contrôlée directement. Il nous est difficile de lâcher prise. Nous sentons-nous alors inutiles ? Ou le manque de contrôle nous fait-il peur ? En faisant preuve de patience et d’ouverture d’esprit, nous pouvons nous résoudre à faire face à un développement inconnu. Nous laisser surprendre. Et peut-être que ce que nous pourrons alors observer nous rendra plus sereins et capables de nous émerveiller.
LESLY HELBLING est cheffe de projet Réserves naturelles et réserves forestières chez Pro Natura.
À la veille de la Conférence internationale sur la diversité biologique, la Suisse à la traine
La Conférence de l’ONU sur la diversité biologique (CBD COP16) s’ouvre le 21 octobre. Elle sera l’occasion de dresser un bilan des mesures que les États membres ont inscrites dans leurs plans d’action pour atteindre les 23 cibles du Cadre mondial de la biodiversité décidées ensemble il y a deux ans. La communauté internationale a fixé le délai à 2030. La Suisse a adopté ces objectifs et sa législation nationale lui impose également d’en faire plus pour sauvegarder la biodiversité, la base de notre vie.
Délai non respecté, mesures annoncées totalement insuffisantes
Depuis, 83 pays ont adapté leurs plans nationaux pour concrétiser les objectifs de biodiversité ou ont défini de nouveaux objectifs nationaux. Parmi eux, trois voisins de la Suisse: la France, l’Italie et l’Autriche. Mais notre pays n’a pas respecté le délai et a déjà laissé s’écouler un quart du temps imparti sans initier les mesures efficaces nécessaires, pour ne pas parler de les mettre en œuvre.
Les projets du Plan d’action Biodiversité connus jusqu’ici sont tout à fait insuffisants. Au lieu de prendre des mesures pour protéger et restaurer la nature dans les zones urbaines, les forêts, les campagnes et les milieux aquatiques, il n’est question que de mener de nouvelles études ou de constituer des bases supplémentaires. L’état de la recherche montre pourtant clairement que la Suisse a assez de connaissances sur la biodiversité pour pouvoir agir immédiatement.
Avec un tel plan d’action, la Suisse ne peut ni atteindre ses propres objectifs de biodiversité inscrits dans sa Constitution et ses lois, ni contribuer de façon significative aux objectifs mondiaux communs. Ajoutons que cette année même, le Conseil fédéral et le Parlement ont supprimé au dernier moment un crédit de 68 millions de francs annuels pour la nature déjà décidé dans le plan financier. Ce qui fait craindre une détérioration catastrophique de la qualité des aires protégées existantes pour des décennies.
La Suisse jouera-t-elle franc jeu lors de la Conférence sur la biodiversité?
Nonobstant la situation désolante du plan d’action Biodiversité et l’affaiblissement en cours de la protection de la nature en Suisse, le Conseil fédéral se montre ambitieux sur le plan international: il veut s’engager en faveur de la mise en œuvre des objectifs de biodiversité à l’échelle mondiale et soutenir la création d’un mécanisme de contrôle permettant d’apprécier les effets des mesures nationales et d’en tirer des enseignements. Il reste à voir si la Suisse communiquera honnêtement sur ses propres mesures insuffisantes lors de la Conférence.
«Il est inadmissible qu’on exige d’autres pays beaucoup plus pauvres qu’ils en fassent davantage pour protéger la biodiversité, alors qu’on a soi-même négligé ses devoirs», critique Friedrich Wulf, responsable de projets Politique de protection de la nature chez Pro Natura. «Notre pays doit certes s’engager plus vigoureusement pour les objectifs mondiaux de biodiversité. Mais le Conseil fédéral et le Parlement sont surtout tenus par notre législation de sauvegarder nos bases de vie en Suisse même, où elles sont particulièrement menacées», souligne Raffael Ayé, directeur de BirdLife Suisse.
Informations complémentaires:
Convention on Biological Diversity (cbd.int)
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Communiqué de presse commun de Pro Natura, BirdLife Suisse et WWF Suisse
Les mesures et les indicateurs pour la protection de la biodiversité manquent en Suisse
La conférence de l'ONU sur la biodiversité à Cali est maintenant à mi-parcours. Un objectif important de la conférence : définir des indicateurs qui montrent l'efficacité des mesures. Sur la scène internationale, la Suisse s'engage pour un système de contrôle standardisé et clair. Mais dans notre propre pays, il manque à la fois le nouveau plan d'action et des indicateurs pour la préservation de nos bases vitales naturelles.
Une porte ouverte à l'enjolivement des faits
Le premier Plan d'action biodiversité suisse, qui aurait dû garantir la diversité naturelle dans notre pays, montre ce qui se passe lorsque les indicateurs font défaut. Lorsqu'il a été adopté en 2017, différentes mesures – bien qu'absolument insuffisantes d'un point de vue scientifique – ont certes été définies, mais aucun indicateur ne l'a été. Ces derniers auraient pourtant pu montrer si le plan d'action contribuait réellement et efficacement à la réalisation des objectifs suisses et internationaux en matière de biodiversité. Le fait qu'aucun critère de mesure n'ait été fixé à l'époque s'est avéré payant lorsqu'il a fallu faire le bilan en 2023. L'OFEV a tenté de corriger l'erreur et d'évaluer l'impact des mesures en confiant de coûteux mandats à des sociétés de conseil. Le résultat est un rapport d'efficacité totalement flou, qui a donc pu être enjolivé.
Le Conseil fédéral se moque des électeurs et électrices
Dans le projet de nouveau Plan d'action biodiversité suisse, qui doit s'appliquer à partir de 2025, les indicateurs manquent à nouveau. C'est absolument incompréhensible : sans indicateurs, il n’est pas possible de savoir si l’on est sur la bonne voie pour atteindre les objectifs et d’adapter le cas échéant les mesures. Sous de beaux titres comme « Restauration d'écosystèmes performants », il est prévu, selon le projet du plan d’action, de rédiger de nouveaux rapports d'ici 2030. Mais il y en a déjà bien assez. On sait depuis longtemps ce qu'il faut faire pour la biodiversité. Pourtant, le projet ne contient aucune mesure susceptible d'avoir un impact réel. Le plan d'action nécessite des mesures concrètes et mesurables au moyen des indicateurs. Quels écosystèmes seront restaurés d'ici 2030 ?, Comment et avec quelle ampleur ?
Produire des rapports avec le nouveau plan d'action dans l'espoir qu'ils soient repris d'une manière ou d'une autre et qu'ils débouchent sur des mesures est voué à l'échec. D'autant plus que les moyens alloués à la protection de la nature ont été réduits lors de la session d'automne et que de nouvelles propositions de réduction seront mises en consultation en janvier. Un plan d'action sans mesures, indicateurs et ressources nécessaires bafoue les promesses du Conseil fédéral faites aux électeurs et électrices. En effet, avant la votation du 22 septembre, le Conseil fédéral avait promis de préserver les animaux et les plantes menacés ainsi que les habitats menacés grâce à un nouveau plan d'action efficace.
Entre-temps, 115 pays ont déjà présenté à Cali leurs objectifs ou plans d'action pour la conservation de la diversité naturelle dans leur pays – ce qui n'est pas le cas de la Suisse. Cette omission doit au moins être mise à profit pour réviser le projet de Plan d'action biodiversité, absolument insuffisant, et pour y intégrer les nouveaux indicateurs de Cali. Ce n'est qu'ainsi que le plan d'action pourra contribuer efficacement à la préservation de nos bases vitales naturelles.
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Communiqué commun de BirdLife Suisse, WWF Suisse et Pro Natura
La population suisse veut des mesures efficaces en faveur de la biodiversité
Plus des trois quarts de la population se dit très inquiète de la destruction de notre nature, comme le montrent les résultats de l’analyse Vox qui fait suite à la votation sur l’Initiative biodiversité.
«Ce résultat prouve que l’initiative a amené le thème de la biodiversité dans le débat national, déclare Franziska Grossenbacher, codirectrice de la Fondation suisse pour la protection et l’aménagement du paysage. La population a pris conscience de l’importance de la biodiversité.» Lors de la votation, la majorité a cru aux promesses du Conseil fédéral de garantir efficacement la biodiversité avec les bases légales existantes.
La population donne à la Confédération et au Parlement le mandat d’agir
«Tant le Conseil fédéral que les opposants à l’initiative n’ont eu de cesse que de souligner l’importance de la biodiversité et de promettre que notre source de vie sera protégée au moyen des lois existantes, souligne Sarah Pearson Perret, directrice romande de Pro Natura. Le sondage qui a suivi les votations montre clairement que ces arguments ont convaincu une majorité de citoyens.»
«Le Conseil fédéral et le Parlement ont désormais le devoir de mettre rapidement en œuvre les mesures annoncées en faveur de la biodiversité et de mettre fin à la destruction de notre nature, ajoute François Turrian, directeur romand de BirdLife Suisse. Un plan d’action efficace en faveur de la biodiversité, de l’amélioration de la qualité des surfaces de biodiversité existantes et de la prise en considération de la biodiversité dans tous les secteurs, de l’agriculture aux zones bâties, est essentiel pour répondre aux attentes de la population.»
Argument trompeur de la sécurité alimentaire
Pour justifier son opposition, l’alliance du non a argué que l’initiative mettrait en danger la sécurité alimentaire. Selon le sondage qui a suivi les votations, c’est principalement cet argument qui a incité les citoyens à voter non à l’initiative. Il ne reflète cependant pas la réalité, car seule une biodiversité intacte permet de maintenir la fertilité des sols et la pollinisation des plantes. Pour préserver la biodiversité, notre source de vie, il faut désormais que l’ensemble des acteurs agissent de manière conséquente en faveur de la nature, qui reste gravement menacée.
Personnes de contact:
- Pro Natura: Sarah Pearson Perret, directrice romande, tél. 079 688 72 24, @email
- BirdLife Suisse: François Turrian, directeur romand, tél. 079 318 77 75, @email
- Fondation suisse pour la protection et l’aménagement du paysage: Franziska Grossenbacher, codirectrice, tél. 076 304 43 58, @email
- Responsable médias: Leo Richard, tél. 079 378 37 11, @email
«Le problème, c’est la rapidité du changement climatique»
Magazine Pro Natura: comment se porte la forêt suisse?
Harald Bugmann: dans l’ensemble, assez bien. Car nous la gérons de façon durable, en utilisant des méthodes plutôt douces. Mais les effets du changement climatique sont déjà visibles, on perçoit plusieurs signaux d’alarme.
Lesquels?
La phénologie se modifie, avec par exemple un allongement de la période de végétation. La germination commence plus tôt, la chute des feuilles survient plus tard. Depuis 2018, les événements clima- tiques extrêmes se succèdent à une fré- quence accrue, notamment les sécheresses. C’est très probablement une conséquence du changement climatique. Si cela devient la norme, ça n’est pas très réjouissant.
Que voulez-vous dire par là?
Le changement climatique induit par l’être humain est extrêmement rapide et d’une ampleur considérable. La forêt peut s’y habituer, mais elle aura de plus en plus de mal à remplir des fonctions qui nous sont pourtant vitales, comme le stockage du carbone, la production de bois, la bio- énergie, la protection contre les dangers naturels en montagne. Par ailleurs, nous ne pourrons plus l’utiliser pour les loisirs.
Que pouvons-nous faire par rapport à cette évolution?
Nous pouvons couper plus tôt les essences menacées, comme les épicéas du Plateau suisse, et créer ainsi des trouées de lumière qui permettront à la forêt de se régénérer. Toutefois, en de nombreux endroits, les énormes effectifs de gibier compliquent cette tâche qui devient très coûteuse. Nous devons aussi nous demander si les jeunes arbres qui apparaissent naturellement sont ceux que nous souhaitons voir atteindre leur maturité dans cinquante ans. Dans le cas contraire, il faut réfléchir aux essences à planter.
Quelles sont ces essences?
Sur le Plateau, il s’agit par exemple du tilleul à petites feuilles, de l’érable plane et du chêne. Ils supportent bien la sécheresse. Mais le hêtre garde de bonnes perspectives de survie sur les sols les plus propices.
Et qu’en est-il des résineux?
L’épicéa ne résiste pas à la sécheresse et il est très vulnérable aux scolytes. On ne peut plus sérieusement envisager de le cultiver en moyenne et basse altitude. Plus haut, à l’étage subalpin, il pourra conti- nuer encore longtemps à jouer un rôle. Concernant le sapin, les avis sont partagés. Je suis moi-même convaincu qu’il a un grand potentiel pour l’avenir. Quant au douglas, même si n’est pas une essence in- digène, sa présence à 10–20% dans une forêt mixte peut être pertinente. Toutefois, il ne s’agit en aucun cas d’importer et de planter sans réfléchir des arbres exotiques sur de vastes surfaces. Cela peut s’avérer catastrophique.
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Cet article a été publié dans le Magazine Pro Natura.
Le Magazine Pro Natura vous dévoile les petites merveilles de la nature, vous informe au sujet de gros projets et vous présente des personnalités captivantes. Il porte un éclairage sur les dessous des décisions politiques et révèle où, comment et pourquoi Pro Natura lutte pour la nature. Tous les membres Pro Natura le reçoivent cinq fois par an.
- Favoriser la dynamique naturelle.
- Conserver et favoriser la biodiversité.
- Procéder à un rajeunissement naturel avec des essences indigènes aussi diversifiées que possible et adaptées à la station.
- Pratiquer une sylviculture proche de la nature.
- Développer, garantir et indemniser les réserves forestières ainsi que les sites forestiers rares tels que les forêts humides et sèches, les forêts alluviales et les forêts de feuillus clairsemées.
- Relier les forêts entre elles dans un réseau écologique.
- Créer suffisamment de zones de tranquillité pour le gibier.
- Là où le gibier cause des dommages du point de vue humain, autoriser la régulation, de préférence dans le cadre de processus naturels.
- Se détendre en forêt en respectant la faune et la flore.
Le changement climatique a-t-il déjà un impact notable sur les différents étages de la végétation?
Il y a vingt-cinq ans, lorsque j’ai commencé à travailler en forêt, peu de gens se préoccupaient du changement climatique. Il allait de soi qu’en montagne, à l’étage des sapins et des épicéas, on ne trouvait pas de hêtres. D’ailleurs, on ne prenait même pas la peine de vérifier. À présent, nous en observons. Les remarquons-nous uniquement parce que nous nous attendons désormais à les trouver à ces altitudes? Leur présence à cet étage est-elle vraiment une nouveauté? Ou étaient-ils déjà là avant, sans que nous n’y prêtions attention? À mon sens, ces phénomènes indiquent quand même que la limite de propagation des essences se déplace vers le haut et beaucoup d’études scientifiques confirment cette hypothèse.
Le risque d’incendies de forêt va-t-il augmenter?
Oui, les feux de forêt vont devenir un sujet de préoccupation également au nord des Alpes. Après le canton de Glaris, ils ont frappé le Jura soleurois cette année. Nous n’y sommes pas habitués. Pour la forêt, ce n’est pas vraiment un problème. Effectivement, ces feux profitent à la biodiversité. Ils créent des niches pour des organismes qui n’auraient aucune chance de survie dans une forêt trop sombre.
Pouvez-vous décrire la forêt du futur?
Impossible, car cela dépendra de nous. Si nous réussissons à réduire drastiquement nos émissions de gaz à effet de serre, les dégâts seront limités. Dans le cas contraire, nous nous trouverons dans une situation inédite. Nous devrons faire face à des changements d’un ordre de grandeur jamais vus auparavant en un temps si court.
En d’autres termes, l’avenir de la forêt est entre nos mains?
Oui, c’est à nous de jouer. Jusqu’en février 2022, j’étais très optimiste, je pensais que nous avions la capacité de changer de cap. Mais avec les bouleversements géopolitiques récents, je constate que tous les pays se focalisent sur leurs intérêts à court terme. La réduction des émissions n’est plus une priorité à l’agenda politique.
BETTINA EPPER est rédactrice du Magazine Pro Natura.
Comment Pro Natura aide la forêt
Les réserves forestières permettent un développement naturel de la forêt. Grâce à une forte proportion de vieux bois et de bois mort, elles offrent un habitat à une grande diversité d’espèces. Pro Natura protège depuis plus de cent ans des sites naturels en Suisse, dont de nombreuses forêts comme la Combe Grède (BE), le Val Onsernone (TI), le Burstel (TG) ou la forêt d’Aletsch (VS).
La forêt, c'est plus que des arbres - beaucoup plus!
Face aux enjeux liés à l’eau potable, la protection des eaux souterraines est une nécessité. Les forêts jouent un rôle essentiel dans l’approvisionnement en eau potable: les eaux souterraines issues des bassins versants forestiers présentent le plus souvent une qualité telle qu’elles peuvent être consommées sans traitement préalable.
Dans ce contexte, la Chambre des Bois de l’Ouest Vaudois, en collaboration avec le Groupement forestier de la Serine AGFORS et le soutien de l’État de Vaud et de la Confédération, a élaboré des outils pratiques permettant de concrétiser un partenariat entre les propriétaires forestiers et les distributeurs d’eau potable visant à garantir la qualité des eaux et à renforcer le cadre légal.
La boîte à outils mise à disposition (www.jefiltretubois.ch) est constituée de plusieurs documents permettant d’établir un partenariat. Elle propose un catalogue de mesures préventives de gestion à appliquer dans les zones de protection des eaux souterraines en forêt, la méthode de calcul de la perte de rendement ou des surcoûts engendrés, un contrat type, des propositions de supports de communication et des textes, à intégrer dans la planification forestière, sur les mesures particulières de gestion des zones de protection des captages.
Les conventions établies sur une base volontaire permettent au monde forestier d’être reconnu comme un acteur à part entière du cycle de l’eau et de valoriser un service écosystémique de la forêt.
François Godi
La forêt est un climatiseur naturel. La ville de Baden veut en faire bénéficier ses habitants avec son projet «Kühlwald» (forêt rafraîchissante), le premier de ce type en Suisse. Pour échapper aux trop fortes chaleurs estivales, il suffit de se réfugier en forêt: la canopée y offre un ombrage bienvenu. La sensation de fraîcheur est due à la transpiration des plantes, qui diffusent une humidité constante et refroidissent l’atmosphère.
La ville de Baden (AG) souhaite mettre à profit cette propriété rafraîchis- sante en redirigeant, la nuit, les courants froids de la forêt vers la ville par le biais de corridors. «L’idée nous a été donnée par un de nos garde forestiers, qui a constaté que même pendant les nuits de canicule, une brise agréablement fraîche souffle dans certaines zones de la forêt», explique Georg von Graefe, forestier en chef de Baden. En étudiant les courants d’air froid sur les relevés climatiques du canton, Georg von Graefe s’est demandé s’il était possible de les guider dans une direction précise. «Il s’agit simplement de profiter du phénomène physique qui veut que l’air frais descende et s’écoule au ras du sol, en canalisant ce flux à travers des corridors. Nous ne produisons rien, nous n’ajoutons rien, nous ne faisons que donner une orientation.»
En guise d’expérience, quatre corridors de 30 à 100 mètres de longueur sur 20 à 30 de largeur ont été ouverts, dans le cadre de l’exploitation normale de la forêt, en direction de la résidence pour seniors de Kehl. Vingt-deux capteurs ont mesuré la température sur une année, avant et après les coupes. Un effet rafraîchissant réel a été constaté par les résidents et les habitants des alentours. Georg von Graefe attend avec impatience les résultats de l’analyse des mesures, prévus pour début 2024.
Bettina Epper
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L’Initiative biodiversité sera soumise au vote le 22 septembre
L'Initiative biodiversité (initiative populaire fédérale « Pour l'avenir de notre nature et de notre paysage ») a pour objectif d’améliorer la protection de la biodiversité en Suisse. Car une nature diversifiée est essentielle à la vie. Elle nous garantit l’eau potable, la fertilité des sols, la pollinisation des plantes et une alimentation saine. En outre, l'initiative vise préserver les éléments naturels de valeur, les paysages et le patrimoine architectural hors des zones protégées, afin qu'ils ne soient pas dégradés sans intérêt prépondérant.
Toutefois, la biodiversité est soumise à une forte pression en Suisse. Un tiers des espèces animales et végétales indigènes et la moitié des habitats y sont menacés. Cette extinction massive passe largement inaperçue, malgré ses graves conséquences.
En décembre de l'année dernière, les initiants se sont engagés en faveur d’un contre-projet indirect. Ils ont alors reçu le soutien du Conseil fédéral, du Conseil national et des associations de cantons et de villes. Mais une courte majorité du Conseil des États a refusé de débattre des mesures rapides proposées par ce contre-projet afin de protéger la biodiversité.
Le 22 septembre 2024, les électeurs·trices auront donc le dernier mot. Les organisations de soutien à l’initiative s’engageront à fond dans la campagne de votation pour la protection de la nature et du paysage. La crise de la biodiversité et la crise climatique sont les deux faces d’une même médaille.
Une large alliance regroupant des organisations actives dans l’agriculture, la sylviculture, la pêche, les parcs, la recherche et la protection de la nature soutient l’Initiative biodiversité.
Contact:
- Pro Natura: Sarah Pearson Perret, directrice romande, tél. 079 688 72 24, @email
- BirdLifeSuisse: Raffael Ayé, directeur, tél. 076 308 66 84, @email
- Patrimoine suisse: Stefan Kunz, directeur, tél. 079 631 34 67, @email
- Fondation suisse pour la protection et l'aménagement du paysage: Franziska Grossenbacher, directrice adjointe, tél. 076 304 43 58, @email
- Contact médias: Dagmar Wurzbacher, tél. 076 517 25 96, @email
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Communiqué de l’association de soutien à l’Initiative biodiversité