Pro Natura Schutzgebiet Brunnenkresse im Kanton Bern
18.12.2023 Crise de la biodiversité

Un an après l'accord de Kunming-Montréal sur la biodiversité, la Suisse doit définir plus de surfaces pour protéger la nature

Il y a un an, la Convention sur la biodiversité de l'ONU a adopté des objectifs globaux pour lutter contre l'extinction aiguë des espèces et la destruction continue de nos bases naturelles de vie. Il s'agit notamment de protéger 30% des surfaces planétaires d'ici 2030. La Suisse tente d'atteindre cet objectif avec des chiffres enjolivés au lieu de mener une protection efficace. Pro Natura critique cette légèreté et montre dans sa propre analyse de la situation l'ampleur réelle des actions nécessaires.

Afin de sauver nos bases naturelles de vie fortement menacées, 23 objectifs ont été adoptés le 19 décembre 2022 lors de la Conférence des Nations Unies sur la biodiversité à Montréal. Il s'agit notamment de stopper la disparition des espèces, de réduire l'utilisation d'engrais et de pesticides et d'adapter les activités économiques aux besoins de la nature. L’un des objectifs les plus significatifs est de protéger 30% des surfaces terrestres et maritimes d’ici à la fin de la décennie. Il faut maintenant réellement s’atteler à la concrétisation et à la mise en œuvre de cet objectif dit «30by30». Bien que la Suisse ait fait partie de la coalition à l’origine de cet engagement, elle n’a jusqu’à présent rien fait pour remplir ses obligations sur son propre sol. Cela doit impérativement changer.   

Des chiffres trompeurs au lieu d’une protection efficace

En matière de protection de la biodiversité, il y a un énorme écart entre les exigences et la réalité du terrain. En 2021, le rapport de l’Agence européenne pour l’environnement a montré que la Suisse était l’un des pays d’Europe présentant la plus faible proportion d’aires protégées par rapport à sa superficie. Ces aires sont indispensables à la sauvegarde des espèces et des habitats menacés, mais aussi au maintien des services écosystémiques essentiels à notre survie comme la fertilité des sols, le stockage de l’eau et du CO2 ou la pollinisation.

Au lieu de fixer des surfaces suffisamment vastes à la protection de la nature, le Conseil fédéral et l’Office fédéral de l’environnement préfèrent jouer sur les chiffres pour nous faire croire que l’objectif «30by30» est en vue. Dans le rapport qu’ils ont publié cette année, ils prennent en compte des surfaces qui ne bénéficient que d’une protection minimale ou temporaire pour déterminer le pourcentage global. C’est trompeur, car laisse supposer que la nature se porte bien en Suisse, alors que la moitié des habitats indigènes et un tiers des espèces animales et végétales y sont menacés. 

Les surfaces suffisamment protégées n’occupent que 8% du territoire suisse

Pro Natura demande à la Confédération d’identifier de façon rigoureuse les surfaces dévolues à la biodiversité en appliquant des critères vérifiables faisant autorité au niveau international. Cela n’a pas été le cas jusqu’ici. Pro Natura a effectué une analyse détaillée qui montre que 8% seulement des aires protégées indiquées dans le rapport fournissent la protection requise, et non 23% comme la Confédération l’annonce.

Pour atteindre l’objectif «30by30», la Suisse doit accroître la protection de certaines aires déjà délimitées, tant sur le plan juridique que dans les faits. Elle doit en outre leur adjoindre d’autres surfaces assez vastes pour protéger toutes les espèces et habitats rares. Tant que ces conditions ne sont pas remplies, il est incorrect de prétendre que la Suisse n’a pas besoin de davantage d’aires protégées et que la législation et la planification en vigueur sont satisfaisantes. Il est urgent d’en faire plus pour protéger la biodiversité, y compris voter oui à l'Initiative biodiversité l'année prochaine.  

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Contact: 

Friedrich Wulf, chef de projet Politique internationale de la biodiversité, tél. 079 216 02 06, @email

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Info

La réserve naturelle de Brunnenkresse dans le canton de Berne © Matthias Sorg