Même la nuit, il ne fait pas nuit à Berne. Les lampadaires, les projecteurs et les lampes d'appartement s'en assurent. ©Matthias Sorg

Eteignons la lumière pour la faune nocturne

09.05.2019

La faune nocturne subit de plein fouet les impacts négatifs de la pollution lumineuse. Les problèmes sont nombreux mais la solution, elle, est simple à mettre en œuvre. Il suffirait d’éteindre la lumière.

Les mulots s’agitent à la recherche de nourriture, les hiboux hululent, les chauves-souris fendent l’air tandis que d’innombrables insectes et autres invertébrés s’activent et font bruisser les nuits de sons tantôt familiers, tantôt énigmatiques: les nuits noires regorgent de vie. Mais celles-ci sont difficiles à trouver sur le Plateau et dans le Jura. La faune nocturne lucifuge (se dit d’un animal qui évite la lumière) se trouve toujours plus sous pression.

Au cours de millions d’années d’évolution, les espèces animales ont développé une horloge interne contrôlée par le rythme circadien. Nombre d’entre elles sont actives la nuit. Par exemple, 95% des 3668 espèces de papillons connus en Suisse sont nocturnes.

Ils s’orientent grâce à leurs antennes très sensibles aux odeurs, ils peuvent par exemple détecter une femelle à plusieurs kilomètres. Les chauves-souris chassent uniquement la nuit grâce à leur sonar. Les oiseaux migrateurs volent quant à eux lorsqu’ils peuvent s’orienter grâce aux étoiles. C’est aussi la nuit que les larves d’insectes comme les éphémères ou les phryganes émergent de l’eau.

Des pièges mortels pour de nombreuses espèces

Une nuit obscure offre aux animaux une protection, même si elle est parfois relative, puisque de nombreux prédateurs se sont également adaptés à la vie nocturne. Sans irradiation solaire directe, les petits invertébrés et les chenilles de papillons sont moins exposés à la déshydratation durant les nuits fraîches. Les papillons nocturnes n’entrent pas en concurrence avec les abeilles et les autres pollinisateurs diurnes pour l’accès au nectar des plantes.

Les papillons de nuit ont une vue 1000 fois plus performante que les papillons de jour et voient surtout les fleurs jaunes et blanches. Et c’est justement dans ces gammes de couleur que rayonne la lumière artificielle qui les attire sur des distances allant jusqu’à 250 mètres, surtout les mâles plus mobiles que les femelles. La lumière artificielle modifie également la couleur des fleurs: les papillons ne les voient plus et ne peuvent donc pas les polliniser. Les insectes s’épuisent en tournant autour des lampadaires.

En été, 150 insectes sont tués par nuit et par lampadaire au lieu d’aller chercher de la nourriture, de polliniser les plantes ou de pondre. Ils deviennent ainsi des proies faciles pour les chauves-souris, les chats et les oiseaux à l’aube. Dans un environnement éclairé, les femelles du ver luisant émettent leur signal sexuel lumineux en vain: les mâles n’arrivent plus à les repérer pour s’accoupler. Les lampes installées le long des petits cours d’eau attirent et tuent par épuisement une foule d’insectes émergeant de l’eau, privant poissons, oiseaux et chauves-souris d’une source de nourriture.

La pollution lumineuse a doublé en 30 ans

La lumière artificielle bouleverse les équilibres des écosystèmes nocturnes et perturbe le comportement des animaux et des plantes. Les espèces lucifuges perdent leurs repères dans leur espace vital modifié au détriment des espèces tolérantes à la lumière. La chaîne alimentaire est altérée, tout comme l’efficacité de la pollinisation des plantes par les insectes nocturnes.

Une étude de l’Université de Berne montre que des cirses maraîchers (plante de la famille des astéracées, ressemblant au chardon) éclairés artificiellement produisent 13% de fruits en moins et reçoivent aussi 62% de visites d’insectes nocturnes en moins que les plantes restées dans l’obscurité.

Cette perturbation lumineuse nocturne s’ajoute à la longue liste des problématiques créées par l’homme, mettant ainsi la biodiversité sous pression. Sachant qu’au cours des 30 dernières années la pollution lumineuse a plus que doublé en Suisse, il est à craindre que son impact sur la faune et flore va aller croissant. Pourtant, un simple geste suffirait à inverser la tendance : éteindre la lumière.

RENE AMSTUTZ est chef de projet Promotion des espèces chez Pro Natura.

Cet article a été publié dans le Pro Natura Magazine.



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