Le biologiste Andrey Laletin de Krasnoyarsk © Theiva Lingam

«Nous sommes considérés comme des espions étrangers»

21.11.2017

Dans sa lutte contre le déboisement des forêts de Sibérie, Andrey Laletin est parfois menacé par des réseaux criminels. Mais il peut aussi se réjouir de beaux succès.

Comme fondateur et président de l’ONG Friends of the Siberian Forests (Amis des forêts de Sibérie), le biologiste Andrey Laletin (à gauche) de Krasnojarsk lutte contre la destruction des forêts primaires en Sibérie. Coprésident de Friends of the Earth Russie et membre de la Global Forest Coalition, un regroupement mondial de 86 ONG, il dispose d’un bon réseau international.

Pro Natura: combien de tigres vivent encore dans les forêts de Sibérie?
Andrey Laletin:
450 tigres de Sibérie vivent encore dans les régions de Primorski et de Khabarovsk, dans l’est de la Russie. Cette espèce en danger d’extinction est surtout menacée par les braconniers qui vendent leur fourrure et leurs os en Chine. L’habitat naturel du tigre ne cesse de se restreindre à cause du déboisement et de l’industrie minière.

Vous vous battez depuis plus de 30 ans pour les forêts de Sibérie. Comment procédez-vous?
En 1992, j’ai fondé l’organisation non gouvernementale Friendsof the Siberian Forests avec des amis. Lorsque nous avons connaissance de déboisements illégaux, nous nous rendons sur place et essayons de mettre fin au processus de déforestation – mais très souvent, nous arrivons trop tard.

Où puisez-vous cette énergie pour protéger la nature?
J’aime les forêts, mon travail de doctorat en biologie portait d’ailleurs sur l’écologie forestière. Pendant mes études, j’ai créé un groupe environnemental pour étudier et recenser les épicéas et les fleurs en forêt. Je suis préoccupé par le recul de la biodiversité en forêt. Je protège aussi les forêts pour mes fils et petitsenfants, à qui j’apprends à écouter la forêt et à la comprendre.

Les personnes qui défendent l’environnement vivent dangereusement en Russie, non?
C’est vrai. Les organisations non gouvernementales ne sont pas reconnues. Comme nous recevons de l’argent de l’étranger, nous sommes considérés comme des espions étrangers par les autorités. A plusieurs reprises, nous avons d’ailleurs dû payer des amendes. L’économie forestière est dominée par des réseaux criminels: le bois exploité illégalement part surtout en Chine où il est «légalisé», avant que les produits finis ne parviennent sur les marchés européens et américains.

Avez-vous déjà reçu des menaces?
Oui, à plusieurs reprises. On a voulu nous forcer à abandonner la lutte contre les déboisements illégaux. Certains de ces criminels sont aujourd’hui sous les verrous. La population locale apprécie-t-elle votre travail? Quelques militants locaux nous soutiennent dans nos actions. Mais la plupart des gens ont tellement de problèmes économiques et sociaux que la protection de la nature passe évidemment au second plan.

Quel est votre plus grand succès?
Certainement la création de la réserve naturelle Botchinsky. 50 000 hectares de forêt préservée devaient être défrichés au bord de la rivière Botchi, près de Khabarovsk, et remplacés par des plantations artificielles. En collaboration avec des scientifiques, nous avons pu convaincre des politiciens locaux de mettre la zone sous protection.

Rolf Zenklusen est journaliste indépendant.
 

Cet article a été publié dans le Pro Natura magazine.

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