Hiver au Saanenland © Matthias Sorg

«Un engagement durable uniquement sur le papier»

11.01.2018

Sion vante sa candidature aux Jeux olympiques comme une option durable. Mais des jeux olympiques peuvent-ils vraiment être durables ? Andrew Zimbalist, professeur d’économie et spécialiste des JO, le réfute catégoriquement.

Magazine Pro Natura: Sion 2026 présente sa candidature comme un tournant pour des Jeux raisonnables et durables. La durabilité est-elle vraiment un critère clé pour le Comité international olympique (CIO)?
Andrew Zimbalist:
non, le CIO aimerait bien vendre ses Jeux comme durables mais des Jeux vraiment durables seraient contraires à beaucoup trop de critères essentiels pour le CIO. 

C’est-à-dire? 
Le CIO se prélasse volontiers dans des bâtiments flambant neufs à l’architecture avant-gardiste. Il fait volontiers construire des structures d’hébergement gigantesques pour les athlètes. Il apprécie les grands galas dans des centres de congrès qui coûtent à eux seuls jusqu’à un milliard de dollars. Les Jeux engloutissent aussi de grandes surfaces de terrain non bâti. 

L’Agenda 2020, dans lequel le CIO s’engage notamment à respecter les principes du développement durable, est-il davantage un alibi de relations publiques?
Indéniablement. Le CIO s’est certes engagé à respecter les principes de la durabilité sur le papier mais il a vraiment très peu fait dans ce domaine, les Jeux surdimensionnés de Sotchi en ont été la meilleure preuve. Aucune norme de durabilité n’a été définie depuis lors, et il n’existe pas non plus de possibilités de sanction lorsque les objectifs écologiques ne sont pas atteints.

Quelles pourraient être ces normes?
Elles pourraient par exemple définir la charge en CO2 à ne pas dépasser ou la part du trafic à couvrir par les transports publics. Si un bâtiment vraiment durable est construit, par exemple avec une production intégrée d’électricité ou des matériaux de construction recyclés, le CIO le crie sur tous les toits. Mais si l’on soumettait l’engagement du CIO en faveur d’un développement durable à un test rigoureux, il échouerait pitoyablement. Si l’on voulait vraiment que les Jeux soient durables, il faudrait définir un site d’accueil pour les JO d’été et un autre pour ceux d’hiver et y organiser les Jeux olympiques année après année. L’échange entre les différentes cultures pourrait quand même avoir lieu, l’ère de la télévision et d’internet offre de nouvelles possibilités.

Dans votre livre, vous décrivez le CIO comme une association non démocratique de personnes généralement très aisées. Est-ce que celles-ci se sont distinguées jusqu’à maintenant par leur engagement en faveur de l’environnement?  
Si l’on étudie les biographies des membres, on n’y trouve pas grand-chose sur leur engagement en faveur de l’environnement. Les décisions du CIO reflètent cet état de fait. 

Dans quelle mesure le CIO souhaite-t-il attribuer les Jeux, après ceux de Sotchi, à un pays qui n’a pas de régime autoritaire?
Le CIO s’inquiète beaucoup de son image, égratignée par le choix des sites d’accueil pour les derniers Jeux. Il est soulagé d’avoir à nouveau deux hôtes «propres» avec les futurs Jeux d’été à Paris et Los Angeles. Mais force est de constater qu’il y a toujours moins de candidatures émanant de pays démocratiques en raison du gigantisme des projets, des restrictions imposées et de l’escalade des coûts, c’est pourquoi une candidature suisse serait bien perçue.

Dans ces circonstances, cette candidature pourrait-elle être jugée d’un œil moins critique?
C’est tout à fait possible car le CIO ne procède pas seulement de manière rationnelle dans son choix du site d’accueil. Les aspects politiques sont également en jeu, de même que les relations personnelles, et malheureusement aussi la corruption. 

Les derniers Jeux d’hiver de Sotchi ont coûté au moins 50 milliards de francs à la Russie. Sion déclare qu’elle peut organiser l’événement pour deux milliards. Est-ce réaliste pour vous? 
Le CIO n’a pas de méthode de calcul standardisée. Cela donne aux sites d’accueil la possibilité de procéder individuellement à des déductions de coût. Tokyo, qui accueillera les Jeux d’été 2020, a rapporté récemment au CIO qu’elle se dirigeait vers un coût de l’ordre de 30 milliards. Comme le CIO a répondu que ce n’était pas acceptable, le Japon a intégré tous les investissements dans son budget ordinaire et prétendu que toutes les constructions nécessaires aux JO auraient de toute façon été réalisées. Pékin, pour les Jeux d’hiver 2022, recourt aux mêmes astuces. Avant de pouvoir juger si le faible coût de la candidature suisse est crédible, il faudrait que j’étudie très précisément le dossier.

RAPHAEL WEBER, rédacteur en chef du Magazine Pro Natura.

 

Andrew Zimbalist : Circus Maximus ; The Economic Gamble Behind Hosting the Olympics and the World Cup. Brookings Institution Press, 224 pages, anglais, ISBN 978-0815727248

Dieser Artikel wurde im Pro Natura Magazin publiziert.

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