L'humeur du matin au dessus du lac © Matthias Sorg

Convention sur la diversité biologique: la diversité des espèces à la croisée des chemins

19.05.2020

À l’origine, la communauté internationale pensait négocier les objectifs de biodiversité pour les dix prochaines années – dans le but d’enrayer l’extinction des espèces – au mois d’octobre en Chine. Mais à cause de la crise mondiale du coronavirus, notamment, elle pourrait bien être forcée de tirer un trait sur cette rencontre et son objectif. La pandémie nous démontre pourtant qu’en cas de crise, une action immédiate et engagée est possible.

Les maisons ont remplacé les prairies. Les haies, les arbres fruitiers et les champs multicolores ont cédé la place à des monocultures s’étendant parfois à perte de vue. Des pesticides polluent nombre de ruisseaux et, chaque année, il fait plus chaud sur la Terre. Il y a moins d’oiseaux chanteurs dans nos jardins. Il faut de plus en plus d’eau pour empêcher les plantes de nos balcons de mourir de soif. Chaque jour, nous en faisons l’expérience: la biodiversité et le climat sont en crise. Nous devons agir. C’est notamment ce qu’ont fait en 2018 14 000 citoyennes et citoyens zurichois, en contribuant au succès de l’initiative cantonale pour la nature par leur signature. Cette initiative demande la mise à disposition de fonds suffisants pour la préservation et la promotion de la nature dans le canton de Zurich.

Les moyens financiers nécessaires connus depuis des décennies

L’initiative demande qu’au moins 55 millions de francs suisses par an soient consacrés à la protection de la nature dans le canton. Une belle somme, pourrait-on penser. Mais ces 55 millions ne représentent que 10 % du montant que le canton investit annuellement dans le réseau routier et ferroviaire. Et 0,25 % du budget cantonal annuel.

Les sommes énoncées par l’initiative ne sortent pas de nulle part. En 1995, le Conseil d’État zurichois a lui-même calculé qu’il faudrait 49 millions de francs par an pour protéger la nature dans le canton. Jusqu’à présent, seul un tiers de cette somme a été investi dans la biodiversité.

Les choses bougent aux échelons cantonal et national

Les Zurichoises et Zurichois ne sont pas les seuls à se soucier de leur nature. Dans toute la Suisse, des actions sont en cours pour amener enfin les gouvernements cantonaux à protéger la biodiversité. En Thurgovie aussi, une initiative populaire a abouti: elle demande une stratégie cantonale en matière de biodiversité ainsi que l’investissement de millions supplémentaires pour la mettre en œuvre.

Au niveau national, Pro Natura et d’autres associations environnementales revendiquent également un changement de cap: l’initiative biodiversité vise à renforcer la protection de la diversité biologique dans la Constitution. Cela permettrait d’avoir enfin assez d’argent ainsi que plus de terres à disposition pour mieux protéger la flore et la faune de Suisse.

Objectifs internationaux: pas atteints

Les débats sur la scène internationale montrent également que la crise de la biodiversité n’est pas un phénomène nouveau et surprenant: dès 1992, les Nations Unies ont adopté la «Convention sur la diversité biologique» dans le but de mettre un terme à l’extinction des espèces.

28 ans plus tard, les succès semblent bien maigres: les objectifs intermédiaires que les parties contractantes se sont fixés à plusieurs reprises n’ont pas été réalisés. La Suisse n’a pas non plus mis en œuvre les «objectifs d’Aichi» fixés en 2010, qu’elle aurait dû atteindre en 2020.

En fait, une conférence des parties contractantes prévue en octobre 2020 à Kunming, en Chine, aurait été la prochaine étape pour la protection mondiale de la biodiversité. À cause de la pandémie de coronavirus, la conférence – lors de laquelle les Nations Unies pourront fixer de nouveaux objectifs pour résoudre les problèmes environnementaux actuels – sera reportée au printemps 2021.

Un changement de cap s’impose

Indépendamment de la pandémie actuelle, il est difficile de dire aujourd’hui dans quelle direction la lutte contre l’extinction des espèces va se développer. En effet, les objectifs définis jusqu’à ce jour par la première version du traité, dite «zero draft», risquent de conduire à tout aussi peu de résultats que les «objectifs d’Aichi» qui les ont précédés. Tel est l’avis de Friedrich Wulf, chef de projet Politique et affaires internationales chez Pro Natura.

Le problème est le suivant: bien que des objectifs internationaux soient fixés, la réalisation de ces objectifs n’est pas soumise à un examen contraignant et n’est pas exigible. Il restera donc impossible de contrer l’extinction des espèces. Certes, le «zero draft» vise aussi à demander des comptes aux secteurs économique, commercial et agricole afin de protéger la nature dans le monde entier à long terme. Mais sans réglementation contraignante pour la mise en œuvre, le changement de cap nécessaire de toute urgence est presque impossible. Dans le cadre de son réseau Friends of the Earth International, Pro Natura se bat pour que les gouvernements assument enfin leurs responsabilités et que la Convention sur la diversité biologique ne reste pas un tigre de papier.