Val Cama © Matthias Sorg

Nouvelle campagne Pro Natura: Oser le chaos

30.06.2020

La nouvelle campagne de Pro Natura veut montrer que l’être humain et la nature ont beaucoup à gagner de la préservation de toutes sortes d’espaces sauvages.

La notion d’espaces sauvages évoque diverses representations pour chacun d’entre nous. Beaucoup d’amoureux de la nature imaginent les vastes étendues inviolées de Laponie, du Groenland ou du Canada. Ces régions du monde comptent en effet des zones de nature sauvage au sens scientifique du terme: l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) les définit comme «de vastes aires intactes ou légèrement modifiées, qui ont conservé leur caractère et leur influence naturels, sans habitations humaines permanentes ou significatives». En Suisse, seul le Parc National répond à ces critères.

Mais les espaces sauvages évoquent aussi des surfaces plus modestes que l’être humain n’exploite pas, n’entretient pas, ne modèle pas à son gré. Ces zones à caractère sauvage, dans lesquelles la nature peut évoluer librement, sont souvent proches des agglomérations. Des collaboratrices et collaborateurs de Pro Natura vous présentent dans ce numéro un coin de nature sauvage qui leur est cher et dont la valeur pour les êtres humains et la nature est indéniable.

La nature aux commandes

Avec la nouvelle campagne «Espaces sauvage – plus de place pour la nature!», Pro Natura souhaite promouvoir les espaces où la nature se développe librement et déploie sa propre dynamique. Il nous appartient de préserver cette nature, non seulement dans les Alpes, mais aussi dans les Préalpes, le Jura et sur le Plateau suisse.

Les paysages intacts sont des habitats naturels essentiels pour la faune et la flore. Lorsque la nature est laissée à elle-même, elle obéit à des dynamiques propres à chaque écosystème, même si cet ordre sous-jacent semble à première vue chaotique. Les forêts naturelles subissent régulièrement l’action destructrice des tempêtes, des avalanches, des coulées torrentielles et des inondations. Il arrive même que certaines espèces désertent temporairement les zones touchées. Face à ces phénomènes que nous considérons comme des dommages, la tentation est grande d’intervenir pour corriger le cours des choses.

Des cycles naturels emergent

Or, ces bouleversements font place nette pour de nombreuses espèces de plantes et d’animaux, qui peuvent ainsi recoloniser les lieux. Si nous avons la patience de laisser faire la nature, la silviculture cède le pas à des cycles forestiers naturels avec de vieux arbres de très grande taille, du bois mort et une nouvelle generation de jeunes arbres. Il faut juste savoir attendre, et en fin de compte, c’est la biodiversité qui en profite.

Pour les scientifiques, la nature sauvage est un laboratoire à ciel ouvert, tout particulièrement à l’heure du changement climatique. Il est passionnant d’observer l’évolution d’une aire entièrement soumise aux caprices de la nature, car rien n’y est prévisible. Mieux connaître ces processus nous aide à mieux faire face à un environnement en rapide évolution.

Protéger les zones sauvages, une longue tradition

Avec sa campagne, Pro Natura ne souhaite pas remettre en cause les mesures de protection de la nature fondées sur l’entretien et la conservation des écosystèmes. Nous ne sommes pas dans une logique du tout ou rien, mais plaidons au contraire pour la conciliation de deux approches complémentaires. Il convient de privilégier l’une ou l’autre en fonction des terrains. Dans la majorité des 700 réserves naturelles de Pro Natura, des mesures d’entretien sont consenties, souvent parce que les dynamiques naturelles propres aux vastes aires sauvages n’y sont plus à l’oeuvre.

La protection des espaces sauvages est l’une des priorités de Pro Natura depuis sa fondation en 1909. L’association – appellee alors Ligue suisse pour la protection de la nature – a vu le jour pour permettre la création du Parc National Suisse, un projet qui deviendra réalité en 1914.

Les Alpes demeurent le plus vaste réservoir de nature sauvage de Suisse, et même d’Europe centrale. Mais ces 150 dernières années, les infrastructures liées au tourisme, à la production d’énergie et aux transports ont détruit de nombreux paysages naturels de haute valeur. Des projets de construction menacent des espaces sauvages. Pro Natura a fait du combat pour empêcher le massacre des régions encore intactes une de ses priorités.

Sans exclure l’être humain

Notre engagement en faveur de la nature sauvage concerne aussi le maintien de cours d’eau naturels. En effet, la construction de barrages ou l’endiguement des rivières entraîne la disparition de paysages naturels riches en biodiversité. Les vastes lits fluviaux et les plaines alluviales hébergent les forêts pluviales d’Europe centrale. Là où nous leur permettons de renaître, la nature sauvage prospère avec luxuriance.

Les dernières tourbières de Suisse sont elles aussi des milieu propices à la vie sauvage. Elles se sont constituées durant près de 10 000 ans, mais il ne nous a fallu que quelques siècles pour les détruire à 90 %. Ces lieux sauvages à la beauté brute abritent un quart des plantes menacées de Suisse. Il est urgent de les revitalizer et de sauver ces espèces très fragiles.

Soulignons toutefois que si les espaces sauvages excluent toute intervention humaine, l’homme reste le bienvenu en tant que visiteur. Il est important qu’il puisse pratiquer du sport et des activités de loisirs. Cependant, pour éviter de perturber les animaux et les plantes, nous devons nous conformer à certaines règles. Pro Natura prend des mesures pour sensibiliser le public et canaliser les déplacements, afin que les activités de plein air demeurent compatibles avec la protection de la nature.

La nature sauvage commence au jardin

Pas besoin d’aller dans les Alpes pour être en contact avec la nature sauvage. On la trouve à proximité immédiate de nos lieux d’habitation, et même au coeur des villes. Les jardins, parcs, cimetières, talus et terrains en friche sont des milieux accueillants pour de nombreuses espèces animales et végétales. Des surfaces modestes, certes, mais qui, reliées entre elles, offrent à la nature sauvage un espace pour s’épanouir librement.

En laissant un coin de notre jardin «vivre sa vie», nous expérimentons à petite échelle ce qu’est un espace sauvage. Plantes, animaux et champignons pourront s’y établir et nous offrir de belles surprises. C’est aussi cela que veut favoriser notre campagne, qui s’étendra sur plusieurs années.

Jan Gürke gère la campagne de Pro Natura «Espaces sauvages – plus de place pour la nature!».

Cet article a été publié dans le Pro Natura Magazine.



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