Politique de subventions: la main gauche ne sait pas ce que fait la main droite © Isabelle Bühler/Pro Natura

Politique de subventions: comment l’Etat nuit
à la biodiversité

08.10.2020

Bien qu’elle ait pris des engagements contraires, la Suisse soutient des mesures qui ont un impact négatif sur la biodiversité à hauteur d’environ 40 milliards de francs par an. En revanche, seule une infime partie de cette somme est consacrée à des mesures favorisant la biodiversité.

Le constat est amer. La politique de subventionnement de notre pays anéantit la biodiversité. Pour nous, amis et amies de la nature, il serait tentant de baisser les bras, de penser que nos actions pour la nature et les moyens financiers que nous y investissons sont risibles face au rouleau compresseur de la politique de subventionnement confédérale. Au contraire, c’est le moment d’agir.

Au niveau national, l’étude du WSL devrait être une piqûre de rappel pour enfin avancer sur le dossier de la Politique agricole PA 22+ actuellement en discussion au Parlement, étant donné que la politique agricole est à l’origine de nombreux subventionnements dommageables pour la biodiversité. De la réorientation des projets d’amélioration structurelle pour une meilleure prise en compte de la biodiversité à l’abandon du soutien au marché laitier, il y a matière à améliorer de manière significative le système de subventionnement actuel. Et pourtant, le lobby agricole et certains élus font tout pour que le débat soit reporté aux calendes grecques.

Plus grave, nous ignorons toujours tout sur l’impact des subventions communales et cantonales sur la nature. Nous devons faire pression sur nos élus cantonaux et communaux pour qu’ils analysent précisément le système de subventions en place et son impact sur la biodiversité. Cette première étape laborieuse est pourtant essentielle pour rendre visibles les effets secondaires des politiques actuelles de soutien économique directs et indirects. Les intérêts économiques et politiques en jeu sont considérables, la restructuration du système de subventions selon des aspects écologiques ne se fera donc pas du jour au lendemain.

Quant à nous, consommatrices et consommateurs, essayons de ne pas nous laisser influencer dans nos choix d’achats. Coupons court à la surconsommation de viande et de produits laitiers visée par un matraquage publicitaire, subventionnée par la Confédération et financée par nos impôts, en achetant tout simplement moins. Notre environnement se portera mieux et nous aussi.

Le fédéralisme favorise la consommation de terres

Habitat © Isabelle Bühler/Pro Natura © Isabelle Bühler/Pro Natura

Presque tous les cantons et communes s’efforcent d’encourager l’implantation ou le développement des secteurs industriel et commercial et celui des services au moyen d’incitations financières (allégements fiscaux, prêts, garanties de crédits). Les bases de cette pratique sont déjà jetées au niveau de l’aménagement du territoire: afin de garantir un large potentiel de développement, chaque commune établit ses propres zones commerciales et industrielles. Des sols précieux pourraient être préservés pour la nature si l’on encourageait plutôt les «clusters» régionaux.

La dégradation des derniers cours d’eau intacts est encouragée

Energie © Isabelle Bühler/Pro Natura © Isabelle Bühler/Pro Natura

Aucun autre pays d’Europe n’exploite autant ses eaux pour la production d’électricité que la Suisse. C’est bien sûr réjouissant car l’hydroélectricité n’émet pas de CO2 et couvre environ 60% de nos besoins en électricité. Mais la construction d’environ 1'400 centrales hydroélectriques a également eu des impacts considérables sur la biodiversité. En Suisse, il n’y a plus guère de cours d’eau qui coule sans entrave, trois quarts des espèces de poissons sont au minimum menacées et 60% des plantes aquatiques sont menacées. Du point de vue de la biodiversité, il est donc important que les derniers cours d’eau de montagne qui coulent librement ne soient pas sacrifiés à la production d’électricité – d’autant plus que ces petits cours d’eau n’ont qu’un potentiel de production limité.

 

Le nombre excessif de têtes de bétail est délibérément subventionné

Agriculture © Isabelle Bühler/Pro Natura © Isabelle Bühler/Pro Natura

En Suisse, la production de viande est encouragée de différentes manières: il existe par exemple des contributions pour le stockage de la viande de veau, des contributions pour l’élimination des sous-produits animaux, des subventions pour l’élevage, des contributions pour lutter contre les maladies animales, des taux de TVA réduits sur les aliments concentrés pour animaux ou des aides financières pour les mesures de commercialisation. L’industrie de la viande reçoit chaque année près de 6 millions de francs de la Confédération pour la promotion des ventes. Une initiative parlementaire visant à supprimer ces contributions a été rejetée par le Parlement sous prétexte que la publicité pour la viande suisse soutient notre économie. Celui-ci a en revanche fermé les yeux sur les coûts écologiques du nombre élevé de têtes de bétail (émissions d’azote et de gaz à effet de serre, etc.) et les conséquences négatives pour notre santé d’une consommation excessive de viande.

L’autofinancement du trafic routier est un leurre

Cet article a été publié dans le Pro Natura Magazine.

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La Confédération, les cantons et les communes dépensent près de 8,5 milliards par année pour la construction et l’entretien des routes. Ces dépenses sont couvertes par les recettes de l’impôt et de la surtaxe sur les huiles minérales, de l’impôt sur les véhicules automobiles, de la vignette autoroutière et de l’impôt sur les véhicules à moteur. Le lobby de l’automobile prétend donc volontiers que le trafic routier s’autofinance mais c’est un leurre car les coûts externes du transport, qui représentent plusieurs fois le budget dévolu aux routes, sont supportés par la collectivité. Les taxes sur les transports étant liées, elles sont affectées à l’amélioration de l’infrastructure routière; il en résulte une sorte d’effet boule de neige dévastateur: plus il y a de voitures sur les routes, plus il y aura d’argent disponible pour la construction de routes dans les années à venir, avec des dommages environnementaux de plus en plus importants.

Cet article a été publié dans le Pro Natura Magazine.



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