Une petite révolution pour plus de biodiversité
Parfois, un événement tout à fait ordinaire peut être l’occasion d’une petite révolution. Il y a quatre ans, un agriculteur de Möriken-Wildegg (AG) a pris sa retraite. Comme personne de sa famille ne souhaitait reprendre l’exploitation, trois parcelles en fermage appartenant à la bourgeoisie locale se sont libérées. Pour la bourgeoisie, la réattribution des surfaces devait permettre de promouvoir une agriculture écologique et durable. Comme dans beaucoup de communes suisses, l’attribution de terres affermées appartenant à des communes se décide par tirage au sort. La chance que le sort favorise le candidat le plus approprié était donc assez faible.
C’est ainsi qu’est née l’idée d’un concours. «Tous les candidats devaient être comparés et évalués selon des critères d’attribution uniformes», explique le conseiller municipal Beat Fehlmann (UDC), initiateur du projet. «Comme dans le secteur du bâtiment, pourquoi ne pas inviter les entreprises à faire une offre?»
Bien que la nouvelle procédure ait provoqué des remous parmi les agriculteurs, le Conseil communal a décidé d’étendre la procédure à toutes les parcelles agricoles de la bourgeoisie et de la commune. Le canton d’Argovie a approuvé le projet et a également placé sous le nouveau régime contractuel ses parcelles situées en bordure de la zone alluviale de la Bünz. Cinquante hectares de terres agricoles ont ainsi été réunis, permettant de réaliser plus facilement des mises en réseau à grande échelle, comme le prévoit le concept communal d’aménagement du territoire.
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Christian Flierl
- Beat Fehlmann, initiateur du projet, avec Brigitte Becker qui lui succède.
Tous les contrats de bail ont été résiliés pour l’été 2020 et le concours a été lancé. Afin de garantir un processus transparent, la commune a engagé un bureau de conseil externe: Agrofutura a apporté son soutien pour les questions de droit du bail et l’élaboration du catalogue de critères.
Amphibiens, lièvres et alouettes
Le catalogue contient plusieurs critères d’admission et de qualification. Par exemple, seules les personnes prêtes à participer au programme cantonal Labiola étaient admises au concours. «Un objectif important de ce programme est d’exploiter les habitats de grande valeur écologique d’une manière optimale pour la protection de la nature et de les mettre en réseau à grande échelle», explique Daniel Schaffner d’Agrofutura.
Le concept global d’aménagement du territoire de la commune de Möriken-Wildegg prévoit d’ailleurs ce type de mises en réseau, et notamment la création d’une liaison transversale pour les amphibiens avec des mares, des haies, des tas de branches et de pierres dans la plaine qui s’étend entre les zones alluviales de la Bünz et le Chestenberg. Il est également prévu de favoriser les espèces typiques des milieux ouverts comme le lièvre et l’alouette des champs sur les surfaces de grandes cultures, par exemple avec des lisières riches en herbes et des semis espacés qui permettent d’obtenir des distances plus importantes entre les rangées de céréales. Les rangées de semis espacées offrent des abris pour les jeunes lièvres et des sites de nidification aux alouettes des champs. Ces deux espèces, autrefois assez répandues sur le territoire de la commune, sont devenues beaucoup plus rares aujourd’hui.
Sur la bonne voie
Finalement, sept des huit agriculteurs installés dans le village se sont portés candidats pour les terres à louer. Celles-ci ont été réparties en sept lots de terres arables convoitées et sept lots de petites et très petites surfaces. Les agriculteurs ont été invités à choisir un lot dans chacune des catégories. «Bien sûr, il y a eu des perdants», précise Beat Fehlmann, «mais personne n’a remis en question la légitimité de la procédure».
Un tour sur la plaine de Möriken donne une bonne idée de ce qui a déjà été réalisé ces deux dernières années. Sur plusieurs parcelles, les rangées de céréales sont inhabituellement espacées. Au milieu de la zone agricole, on trouve des mares, des saules têtards, des haies basses, des tas de branches et de pierres. «Nous sommes sur la bonne voie», se félicite la conseillère communale Brigitte Becker (PLR), qui a repris le dossier Paysage de Beat Fehlmann il y a une année. Le projet suscite également l’intérêt d’autres communes: «La société souhaite de beaux paysages riches en espèces. Les communes qui louent des terres agricoles disposent de leviers importants dans ce sens.»
Nicolas Gattlen, rédacteur du Magazine Pro Natura