La loutre est de retour - une réussite encourageante!
À l’occasion de la Journée mondiale de la loutre le 27 mai 2026
Le 11 janvier 2026, la neige révèle des traces de loutre sur les rives de l'Aar à Selzach, une première depuis 91 ans dans le canton de Soleure. Le 15 janvier, une caméra de surveillance de la faune sauvage filme une loutre nager dans le canal de la Linth. Ce sont les toutes premières images de cette espèce dans le canton de Glaris. D’autres individus ont également fait leur apparition de manière sporadique dans les cantons du Tessin, de Lucerne et de Zurich. Des jeunes loutrons ont également été aperçus dans les cantons des Grisons, de Saint-Gall et de Berne.
Réapparue après 30 ans
La dernière loutre a été repérée en 1989 sur les bords du lac de Neuchâtel. De multiples raisons expliquent alors sa disparition: la chasse, l'aménagement des cours d'eau ainsi que la pollution de nos milieux aquatiques par des produits chimiques hautement toxiques et persistants, tels que les PCB, la dieldrine et le DDT. Malgré sa mise sous protection en 1952 et l’interdiction de certains polluants en 1986, l’espèce n’a pu être sauvée en Suisse. Son retour constitue un exemple de collaboration réussie entre les organisations de protection de la nature, les associations de pêcheur·se·s et la population pour mieux préserver les eaux en Suisse et dans les pays voisins. La sauvegarde de la loutre et de ses milieux naturels à l’étranger a favorisé le rétablissement de ses populations et a permis à ce petit mustélidé de partir à la conquête de la Suisse par le bassin versant du Danube via l’Inn (GR).
Avoir une grosse fourrure ne suffit pas
La loutre d’Europe possède la fourrure la plus dense de tous les mammifères indigènes (jusqu’à 70 000 poils par cm2), ce qui lui permet de rester au sec même dans l’eau glacée. Cependant, son pelage ne suffit pas à lui seul à assurer sa survie en Suisse. Solitaire, la loutre vit le long de cours d’eau sur de vastes tronçons de 20 à 40 kilomètres, tant sur les rives que dans l’eau. Ce mode de vie très énergivore exige de la loutre d’ingérer quotidiennement environ 15% de son poids en nourriture. Elle dépend donc de populations de poissons en bonne santé. Le retour de cet habile prédateur leur impose de réapprendre à coexister avec lui. En Suisse cependant, deux espèces de poissons sur trois sont menacées d’extinction.
La Suisse doit impérativement revitaliser ses cours d’eau
Pour s’abriter de la loutre, les poissons dépendent d’une multitude de refuges et de cachettes – ce qui fait cruellement défaut dans la plupart de nos cours d'eau canalisés et aménagés. Sur les 50 kilomètres de revitalisation prévus chaque année par la loi, la Suisse n'en réalise pas même la moitié. De récentes études qualifient l'état de nos cours d'eau de mauvais. Afin que la loutre puisse survivre chez nous de façon pérenne aux côtés d’autres espèces aquatiques menacées, telles que l’anguille, le nase ou le hotu, le saumon et l’écrevisse à pattes blanches, il est impératif de multiplier les revitalisations de cours d’eau. Avec l’«Action Castor & Cie» et le projet «Par en-dessous», Pro Natura et Pro Lutra apportent leur soutien à des projets efficaces pour la protection de la loutre.
Informations complémentaires:
- Chronologie du retour de la loutre par Pro Lutra
- Étude de la SCNAT «Comprendre et agir pour la biodiversité en Suisse», chapitre «Biodiversité des milieux aquatiques»