Quelle est la position de Pro Natura sur la chasse et la pêche?
En sa qualité d’organisation de protection de la nature, Pro Natura œuvre en faveur d’une gestion durable de la biodiversité et de nos moyens d’existence. Elle ne se prononce ni sur la légitimité de la chasse ou de la pêche, ni sur l’acceptabilité éthique de tuer des animaux. Ces questions relèvent du domaine de la protection des animaux. Mais il est évident que Pro Natura encourage les pratiques respectueuses et rejette explicitement les méthodes de chasse et de capture cruelles. Il nous semble juste, par exemple, que les pièges à mâchoires ou les poissons d’appât vivants soient interdits en Suisse. Devenir chasseur ou pêcheur suppose, outre un certain «instinct de chasse», un intérêt marqué pour la nature. Pour Pro Natura, il y a là de quoi se réjouir, au vu de la relation distante qu’entretient une grande partie de la population avec la nature. Mais cet intérêt à lui seul ne suffit pas. Les chasseuses et chasseurs suisses doivent suivre une formation poussée en biologie de la faune sauvage, en écologie, en droit de la chasse, en maniement des armes et en hygiène de la viande. L’obtention du permis de pêche passe aussi par un examen.
Les raisons qui poussent à pratiquer ces activités sont nombreuses: il peut s’agir du désir d’authenticité lié à une consommation responsable de viande et au sentiment de faire partie de la nature, de la responsabilité envers les animaux et les milieux naturels ou encore de l’intérêt pour les questions écologiques. Les grosses prises et les trophées exceptionnels sont rarement la raison première.
En Suisse, la chasse et la pêche sont réglementées par les lois fédérales et cantonales, ainsi que par la loi sur la protection des animaux. La Confédération fixe les règles générales, notamment en matière d’espèces animales protégées, de périodes de protection et de méthodes interdites. Les cantons réglementent la pratique à proprement parler (système de chasse à patente ou de chasse affermée, octroi des permis de chasse, saison de pêche, etc.).
À cet égard, il faut bien distinguer la pêche professionnelle de la pêche dite sportive: tandis que les professionnels tirent leurs revenus de la ressource naturelle que sont les poissons, qu’ils capturent généralement dans les lacs avec des filets, les pêcheurs à la ligne attrapent des poissons un par un, à l’aide d’une canne à pêche et pendant leur temps libre. Contrairement à la chasse, la pêche est presque exclusivement soumise à la loi sur la protection des animaux, car la loi sur la pêche régit avant tout l’exercice de la pêche professionnelle.
Contribuer à protéger la nature
Les chasseuses et chasseurs contribuent à la valorisation des milieux naturels en effectuant des heures de gestion cynégétique dans le cadre de leur formation ou sous la forme d’activités régulières au sein de leur association, par exemple en entretenant les lisières de forêt et les haies. Ils soutiennent la recherche sur la faune sauvage, s’engagent en faveur de la protection des animaux (via le sauvetage des faons, la prévention des accidents routiers impliquant le gibier ou la recherche d’animaux sauvages blessés) ou s’investissent, politiquement et sur le terrain, en faveur de la mise en réseau des milieux naturels. Les associations de pêche contribuent à la revitalisation des berges et, lors des vagues de chaleur, au déplacement des poissons et des écrevisses vers des eaux plus fraîches. Comme on le voit, protection de la nature et chasse ou pêche ne sont pas incompatibles.
Collaboration avec Pro Natura
Sur certains projets, comme l’entretien des zones protégées ou la création d’étangs et de haies, Pro Natura travaille main dans la main avec des associations de chasse et de pêche. L’association prend aussi souvent position sur les modifications apportées aux législations relatives à la chasse ou à la pêche. Ses interventions portent toutefois rarement sur la pratique en tant que telle, mais plutôt sur d’autres questions régies par ces bases légales, telles que la gestion des espèces protégées comme le castor ou le loup.
En Suisse, la chasse et la pêche représentent des instruments importants pour préserver la biodiversité et protéger les milieux naturels. L’objectif est d’assurer une gestion durable des populations de gibier et de poissons, tout en garantissant l’équilibre écologique.
Il existe un potentiel de conflit
Il existe évidemment un potentiel de conflit entre les deux parties: certains chasseurs considèrent par exemple les prédateurs comme des concurrents et réclament leur abattage, alors que les associations de protection de la nature insistent sur leur rôle essentiel dans l’écosystème forestier. Une partie de la communauté des pêcheurs est favorable au repeuplement artificiel des cours d’eau avec des espèces non indigènes telles que la truite arc-en-ciel, ce que rejettent les associations. De même, la chasse d’espèces menacées comme le lièvre variable est controversée, bien que les facteurs de menace relèvent avant tout du morcellement de leur habitat et du réchauffement climatique.
Dans notre paysage largement cultivé, la chasse peut contribuer à créer un équilibre entre les intérêts d’usage et les besoins de la faune sauvage. Elle permet par exemple de réguler les populations de sangliers dans les terres cultivées ou de cerfs élaphes dans les forêts protégées. Selon Pro Natura, la chasse et la pêche sportive doivent remplir certaines conditions pour être légitimes: la reconnaissance du droit d’exister de toutes les espèces indigènes, y compris les prédateurs; la préservation des populations et la protection des milieux naturels; le respect des périodes de protection et la gestion de la faune sauvage fondée sur des faits scientifiques.
Mais là où la chasse contribue à la résolution des conflits, les mesures de prévention déployées dans l’agriculture et la sylviculture doivent être considérées comme au moins aussi importantes – qu’il s’agisse de protéger les champs à l’aide de clôtures, de respecter une distance minimale avec la forêt ou de créer des zones de tranquillité pour le gibier. Il est réjouissant de constater que la jeune génération de chasseurs et de pêcheurs partage, dans sa majorité, ce point de vue.
La nature en Suisse a besoin d’alliés. Il faut impérativement que les acteurs de la chasse, de la pêche et de la protection de la nature s’engagent ensemble en faveur de la biodiversité. Car dans le contexte politique actuel, la nature a plus que jamais besoin de soutien.
SARA WEHRLI, cheffe de projet Politique de la chasse et Grands prédateurs chez Pro Natura
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Info
Cet article a été publié dans le Magazine Pro Natura.
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