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Les discrètes ouvrières de la forêt
La Suisse compte sept espèces de fourmis des bois (Formica s.str), qui forment des colonies hautement organisées, construisent des nids en forme de dômes et jouent un rôle essentiel dans l’écosystème forestier.
Elles ameublissent le sol, le maintiennent aéré et décomposent la matière organique. Les ouvrières se nourrissent surtout de miellat et de fragments de végétaux, mais collectent aussi des proies riches en protéines – insectes, arthropodes, charognes – qu’elles traînent jusqu’à la fourmilière pour nourrir le couvain et la reine. Elles participent notamment à la régulation de certains ravageurs forestiers comme la nonne (Lymantria monacha), dont les chenilles peuvent causer des dégâts aux épicéas et aux pins et même leur être fatales.
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Stéphan Vitzthum / Biosphoto
- Fourmi des bois
Les fourmis des bois s’intéressent tout particulièrement aux graines de perce-neige, violettes de Reichenbach, corydales, sceaux de Salomon, mélanpyres, anémones des bois, lamiers, etc., qui possèdent une excroissance très nutritive, l’élaïsome. Les fourmis emportent ces semences dans leur nid et rongent l’excroissance en cheminant ou une fois arrivées à destination. La partie non consommée est abandonnée sur place. Les fourmis participent ainsi à la propagation de ces espèces végétales, un processus que les scientifiques nomment myrmécochorie.
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Blickwinkel / F. Hecker
- Graines de corydale avec élaiosome
Elles-mêmes figurent au menu d’animaux comme le pic noir, le pic vert et le pic épeiche, le torcol fourmilier, le grand tétras et l’ours brun. Pour certaines espèces, la fourmilière fait office d’auberge, dans laquelle elles vivent discrètement, parfois en parasites, tel le clytre des saules, un coléoptère qui dévore les œufs et les larves de ses hôtes. Les pics et les geais des chênes prennent des «bains» dans les fourmilières pour se débarrasser de leurs parasites, en exposant leur plumage aux jets d’acide formique (mécanisme de défense des fourmis). mar
Des chenilles qui savent se défendre
Les chenilles de certains papilionidés (Papilionidae), une famille de lépidoptères représentés en Suisse notamment par le machaon, ne sont pas sans défense face à leurs prédateurs. Elles disposent d’un organe bifide caché entre la tête et le torse: l’osmétérium. Face à un danger, elles le font saillir en utilisant la pression de l’hémolymphe (un fluide corporel propre aux insectes). Ces petites cornes, jaunes, orange ou rouges selon les espèces, envoient un signal visuel dissuasif. Elles agissent aussi par voie olfactive en sécrétant une substance nauséabonde qui met en fuite les prédateurs. Les chenilles arquent simultanément leurs segments antérieurs pour paraître plus grandes et plus menaçantes. Une stratégie qui combine efficacement couleur, puanteur et posture. mar
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Joël Héras / Biosphoto
- En cas de danger, certaines chenilles – ici une chenille du papillon machaon – déploient leur fourche cervicale.
Pourquoi les limites forestières remontent
Une étude menée par l’Université de Bâle (en allemand) a montré que 42% des limites forestières mondiales étaient remontées en altitude entre 2000 et 2020, 25% ont reculé vers le bas. Si la température est un facteur déterminant pour l’implantation potentielle des arbres, il ressort de l’étude que les limites forestières et leur évolution ne dépendent pas uniquement du réchauffement climatique, mais aussi de l’activité humaine. Dans les Alpes par exemple, de plus en plus d’alpages de haute altitude sont abandonnés. Or, là où le pastoralisme recule, les arbres peuvent regagner du terrain, ce qui permet à la limite forestière réelle de remonter en altitude.
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Matthias Sorg
- Lisière de forêt à Derborence (VS)
L’étude montre qu’à l’échelle mondiale, plus une région a été exploitée par le passé, plus les changements d’utilisation affectent les limites forestières. La température et l’utilisation des sols ont un impact bien souvent équivalent. D’autres perturbations – comme les incendies – jouent aussi un rôle. Quelque 38% des déplacements mondiaux vers le bas des limites forestières sont liés à des incendies. Or, aujourd’hui, de nombreux feux de forêt ne sont pas totalement dissociables de l’influence humaine. Selon les scientifiques, le changement climatique et les activités humaines augmentent leur fréquence et leur ampleur. epp
Plus d’hermines grâce aux petites structures
En Suisse, plus de 50% des espèces caractéristiques des milieux naturels agricoles sont sur la liste rouge des espèces menacées. Putois et belettes sont en première ligne, mais certaines espèces qui ne figurent pas sur la liste, comme l’hermine, le sont aussi. Toutes ont besoin de paysages variés et richement structurés, où les possibilités de se cacher, de chasser et de se reproduire sont nombreuses, ce qui se fait de plus en plus rare en zone agricole.
Dans le cadre de deux études, les chercheurs de l’Institut d’écologie et évolution de l’Université de Berne ont pour la première fois examiné l’impact des projets régionaux de promotion de la biodiversité – notamment des petites structures comme les tas de pierres et de branches – sur les hermines et les belettes. Les résultats montrent que les petites structures augmentent de manière significative la présence de l’hermine dans les zones agricoles, a fortiori quand les projets bénéficient d’un suivi technique, qu’ils sont planifiés de manière ciblée et coordonnés entre plusieurs exploitations agricoles à l’échelle du paysage. S’agissant de la belette, il n’a pas été possible d’évaluer les effets, en raison du faible nombre d’individus présents.
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Matthias Sorg
- Tas de branches et de pierres dans la zone agricole. Des micro-habitats bienvenus pour l’hermine et d’autres animaux.
Selon les conclusions de l’équipe, renforcer la collaboration et promouvoir les petits habitats permettrait d’améliorer durablement la biodiversité, ce qui serait bénéfique pour la nature, l’agriculture et la société. Avec l’action «Lièvres & Cie», Pro Natura s’engage depuis six ans déjà en faveur de plus de nature dans les régions agricoles. Des centaines de petites structures ont notamment vu le jour sur l’ensemble du territoire Suisse. epp
Plus d’infos sur l’action de Pro Natura: www.pronatura.ch/fr/action-lievre-cie
Notre empreinte écologique reste trop élevée
Une nouvelle étude commandée par l’Office fédéral de l’environnement (en allemand) sur l’empreinte écologique de la Suisse entre 2000 et 2023 révèle que l’impact environnemental total a diminué d’environ un cinquième par personne depuis 2000. Notre empreinte reste pourtant nettement supérieure aux limites planétaires et elle n’a pratiquement pas changé, en valeur absolue, au cours de la période considérée. L’étude a calculé l’empreinte induite par notre consommation uniquement (électricité, denrées alimentaires, voitures, vêtements, matériaux de construction, etc.), en Suisse comme à l’étranger. Il en ressort qu’une grande partie est générée à l’étranger: environ 77% en 2023, contre 64% en 2000. Pour agir sans dépasser les limites planétaires et parvenir à une économie respectueuse des ressources, les auteurs de l’étude estiment qu’il faudrait réduire l’empreinte écologique totale de 73%.
Les émissions de gaz à effet de serre ont fait l’objet d’un calcul à part. Il existe en effet un budget mondial des émissions de gaz à effet de serre, calculé scientifiquement, dans l’objectif de parvenir à limiter le réchauffement planétaire à 1,5°C. Selon les auteurs, le budget par personne qui en découle pour la Suisse pour les années 2016 à 2100 devrait être épuisé dès 2024. Depuis 2016, nous dépassons chaque année d’environ dix fois le budget annuel par personne. nig
Informations complémentaires
Info
Cet article a été publié dans le Magazine Pro Natura.
Le Magazine Pro Natura vous dévoile les petites merveilles de la nature, vous informe au sujet de gros projets et vous présente des personnalités captivantes. Il porte un éclairage sur les dessous des décisions politiques et révèle où, comment et pourquoi Pro Natura lutte pour la nature. Tous les membres Pro Natura le reçoivent cinq fois par an.