Barrage-voûte

Energie hydraulique – chance ou menace?

L’énergie hydraulique est une source d’énergie ne générant quasiment pas d’émissions nocives, c’es aussi la colonne vertébrale de notre approvisionnement en électricité. Son exploitation a cependant des conséquences dramatiques pour la nature. Elle est ainsi une des principales causes des déficits écologiques de nos cours d’eau.

Ruisseaux à sec, débits fortement réduits, barrages, habitats aquatiques détruits, dynamique d’écoulement non naturelle: ce sont les conséquences de l’exploitation de l’énergie hydraulique pour la nature et le paysage. L’eau de nos rivières est dérivée dans plus de 1400 captages et approvisionne plus de 1000 centrales hydroélectriques. Le potentiel d’exploitation est donc largement épuisé, un développement respectueux de la nature n’est plus possible que de manière très limitée.

De par son fort développement au cours du siècle dernier, l’énergie hydraulique est aujourd’hui la colonne vertébrale de notre approvisionnement en électricité. Aujourd’hui, 57% de l’électricité produite en Suisse provient de l’énergie hydraulique. Le prix payé était et reste encore élevé. La poursuite du développement par la création d’installations sur des sites jusqu’ici inexploités détruirait les derniers cours d’eau naturels de Suisse. Par conséquent, Pro Natura s’oppose au bétonnage intégral de nos cours d’eau.

Questions-réponses sur l’énergie hydraulique

Quelles sont les répercussions de l’exploitation de l’énergie hydraulique sur les cours d’eau et comment peuvent-elles être atténuées? Pour le savoir, consultez notre rubrique de questions et de réponses FAQ. 

Auswirkungen von Schwall und Sunk

Qu’est-ce que le débit résiduel?

L’eau qui subsiste dans un cours d’eau à l’aval d’un prélèvement est appelée débit résiduel. Un débit minimal s’avère indispensable afin que le cours d’eau puisse assurer ses fonctions écologiques. C’est pourquoi des dispositions réglementent les débits résiduels depuis 1991: un captage ne doit pas détourner la totalité des eaux, mais en laisser une partie (généralement peu importante) au profit de la nature.

Les prélèvements avec un «débit résiduel zéro», entraînant l’assèchement du cours d’eau, sont le fait de concessions d’exploitation conclues sans l’exigence d’un débit résiduel, car datant d’avant la Loi fédérale sur la protection des eaux de 1991. Les exploitants des centrales hydroélectriques pouvaient ainsi détourner toute l’eau. La loi actuelle oblige les cantons à un assainissement afin qu’une partie au moins du minimum légal subsiste en tant que débit résiduel dans les cours d’eau. Le délai imparti de 20 ans a pris fin en 2012. À ce jour, tous les captages concernés n’ont pas encore été assainis.

Qu’est-ce qu’une exploitation par éclusées?

La force hydraulique par accumulation (barrages) présente un avantage technique: elle est disponible à la demande. Les turbines d’une centrale à accumulation peuvent être rapidement mises en service. Et stoppées tout aussi rapidement.

Lorsque les turbines sont activées, une crue artificielle - une éclusée - est générée en aval du point de restitution. Dès qu’elles s’arrêtent, le débit retombe subitement. Il en résulte une situation artificielle d’étiage, nommée débit plancher.

Les variations dans les régimes d’éclusées sont souvent très importantes, s’opèrent brusquement et parfois plusieurs fois par jour. Ces bouleversements artificiels et soudains des débits ont des effets dévastateurs sur les eaux. Le frai, les poissons et les organismes aquatiques sont emportés par l’éclusée. A l’étiage par contre, ils sont menacés d’échouer et de mourir sur une zone de marnage.
Les crues naturelles ont lieu surtout au printemps et en automne. Le débit des torrents et rivières est naturellement faible durant les mois d’hiver. C’est à cette période justement que le régime d’éclusées occasionne le plus de dégâts. L’impact est particulièrement nuisible pour des animaux comme la truite fario, profitant du faible écoulement hivernal pour frayer.

En sus des problèmes liés aux débits, le régime d’éclusées modifie également la température de l’eau. Ajoutons à cela les dommages infligés au lit du cours d’eau. La qualité du milieu aquatique est massivement altérée et les échanges avec la nappe phréatique sont rendus difficiles.  
La révision de la Loi sur la protection des eaux précise que les atteintes majeures causées par le régime d’éclusées devraient être éliminées à l’horizon 2030.

Quelle différence entre les centrales au fil de l’eau et celles à accumulation?

Les centrales au fil de l’eau utilisent le courant de l’eau, sans véritablement l’entraver. Situées sur de grands cours d’eau pour la plupart, elles mettent à profit le potentiel énergétique de masses importantes d’eau sur des déclivités relativement peu prononcées.

Les centrales à accumulation stockent l’eau dans des barrages pour la turbiner au moment de la plus grande demande (problématique des régimes d’éclusées). Elles arrêtent la production lorsque la demande se révèle faible.

Leur impact sur la nature est divers. Les centrales au fil de l’eau réduisent la connectivité fluviale. Elles entravent les animaux aquatiques dans leurs migrations. Le sable et le gravier, importants pour le fond de la rivière, ne sont plus charriés. Les centrales à accumulation quant à elles disposent souvent de grands tronçons de débits résiduels et engendrent des régimes d’éclusées.

Qu’est-ce qu’une centrale à accumulation par pompage?

Quelques centrales à accumulation ne turbinent pas seulement l’eau des torrents, mais remontent également l’eau par pompage vers des barrages situés en amont. De telles centrales pompent cette eau avec une électricité la meilleure marché possible, afin de turbiner au moment choisi pour produire une électricité de pointe plus onéreuse.

L’opération de pompage consomme davantage d’électricité qu’elle n’en fournit. Par contre, l’eau stockée peut générer à un moment donné du courant de pointe. Comme le prix de l’électricité est soumis à des variations quotidiennes considérables et qu’il s’avère élevé lors des périodes de forte consommation, les centrales d’accumulation par pompage se sont révélées jusqu’à maintenant très rentables - surtout lorsque les pompes disposent d’une électricité avantageuse, en général produite par des centrales à charbon ou nucléaires . 5 % environ de la consommation totale d’électricité de Suisse sont utilisés chaque année pour le pompage (2016: 2,9 TWh).

Pro Natura s’oppose-t-elle à la force hydraulique?

Non. Pro Natura est favorable à l’exploitation de la force hydraulique dans la mesure où suffisamment d’espace est ménagé à la faune et à la flore au bord et dans l’eau. L’exploitation doit donc répondre aux critères de la durabilité et ne pas entraîner la disparition d’espèces par la destruction de leurs bases vitales. Dans un pays comme la Suisse, dotée d’une exploitation intensive de la force hydraulique, le potentiel d’expansion est faible. La mise en œuvre des mesures d’assainissement, telles que prévues par la Loi sur la protection des eaux, s’avère urgente.

Que puis-je faire?

Le plus important, en tant que consommatrice et consommateur, est d’utiliser l’électricité avec modération. Et encore: nous pouvons exiger de nos fournisseurs un courant écologique certifié «naturemade star».  Pro Natura participe avec d’autres organisations au label de qualité «naturemade star».

Si votre fournisseur régional n’en dispose pas, l’achat de certificats  «naturemade star» auprès d’entreprises le fournissant sur tout le territoire peut y pallier.

Rien de plus simple que de se rendre sur le site Naturmade