Le Doubs © Matthias Sorg

Le Doubs: une rivière idyllique menacée

Le Doubs, près de Saint-Ursanne (JU), abrite des espèces de poissons uniques en Suisse. Pour que cela perdure, cette rivière a de toute urgence besoin de notre soutien.

Le Doubs, milieu naturel idyllique en apparence préservé, serpente le long de la frontière franco-suisse puis dans le Jura au nord-ouest de la Suisse avant de retourner en France. Au Clos du Doubs, la rivière forme une grande boucle près de Saint-Ursanne. Y vivent plusieurs espèces de poissons menacées d’extinction qu’on ne peut observer nulle-part ailleurs en Suisse:

Céline Barrelet
Chargée de projet «Doubs vivant»
Tel. 0041 31 330 28 05
@email


Roi du Doubs © Yannick Goughenheim © Yannick Goughenheim
Roi du Doubs
  • la truite du Doubs (Salmo rhodanensis)
  • le toxostome (Parachondrostoma toxostoma)
  • le roi du Doubs, apron du Rhône ou apron (Zingel asper)
     

Un paradis pour l’être humain, un enfer pour les poissons

Seuil à Bellefontaine © Doubs Vivant © Doubs Vivant
Seuil à Bellefontaine

À première vue idyllique, le Doubs, sauvage et romantique, est dans un piètre état. Bien qu’autorités et organisations de protection de la nature tentent depuis des années d’améliorer la qualité de la rivière pour les nombreux êtres vivants qui la peuplent, les effectifs piscicoles ne se sont pas encore rétablis.

Plusieurs facteurs en sont à l’origine:

  • les engrais utilisés dans les champs sont lessivés par les pluies et rejoignent la rivière. Les nutriments favorisent alors la prolifération d’algues. Celles-ci recouvrent les galets nus, indispensables au frai des poissons;
  • de nombreux seuils et barrages au fil du Doubs entravent la migration des poissons;
  • jusqu’en 2017, les brusques variations du niveau d’eau ont entrainé à plusieurs reprises la mort de nombreux poissons en les échouant sur les rives. Ce problème a été résolu en aval de la dernière centrale électrique, mais il subsiste encore sur un tronçon entre les barrages.
     

Une eau de mauvaise qualité

Le Doubs s’écoule paisiblement entre Le Noirmont et Saint-Ursanne. Deux grands arbres ombragent sa rive. © Matthias Sorg © Matthias Sorg
Les apparences sont trompeuses: la qualité de l’eau du Doubs laisse à désirer.

Le Doubs est fortement pollué: c’est ce que révèlent trois études mandatées par Pro Natura. Les nutriments et les micropolluants libérés par les stations d’épuration ou les exploitations agricoles et forestières finissent dans la rivière. Il peut s’agir de résidus d’antibiotiques, de minuscules particules de plastique ou de pesticides.

Séparément, aucune de ces substances ne dépasse sa valeur limite dans l’eau; ensemble, leur «effet cocktail» reste inconnu.
 

Le roi du Doubs sera-t-il sauvé par la Convention de Berne?

Seuil à Saint-Ursanne © Doubs vivant © Doubs vivant
Infranchissables pour les poissons, les barrages entravent toute migration.

Pro Natura s’engage depuis de nombreuses années à l’échelle nationale en faveur du Doubs, aux côtés d’autres organisations de protection de la nature – sans grand succès. En 2011, nous nous sommes donc tournés vers la Convention de Berne, traité international du Conseil de l’Europe relatif à la protection de la vie sauvage de l’Europe, qui porte ce nom parce qu’elle a été signée à l’Hôtel du gouvernement de Berne. La Suisse en a fait partie dès le premier jour.

Aux côtés de la Fédération Suisse de Pêche et du WWF ainsi que de plusieurs organisations partenaires françaises, nous avons déposé une plainte qui a abouti. En 2013, la Convention de Berne a émis une série de recommandations que la France et la Suisse doivent désormais appliquer.
 

Notre engagement et celui de la Confédération et des cantons ont déjà porté quelques fruits:

  • un plan d’action national a été mis sur pied pour sauver le Doubs;
  • les centrales hydroélectriques ne causent plus d’importantes variations du niveau d’eau sur une grande partie du tracé;
  • les berges des affluents du Doubs ont été renaturées;
  • la rénovation des grandes stations d’épuration le long du Doubs est planifiée pour les années à venir,
  • tout comme la destruction des barrages afin que les poissons puissent à nouveau migrer vers l’amont. À Saint-Ursanne, des «passes à poisson» ont déjà été aménagées.

Ces succès sont réjouissants et extrêmement importants pour le Doubs en tant que milieu naturel. Malheureusement, ils ne suffisent pas pour reconstituer les effectifs piscicoles de la rivière. Bien au contraire! L’Office fédéral de l’environnement n’a recensé que quelques spécimens isolés du roi du Doubs au cours de ces dernières années. En 2020, aucun spécimen n’a été aperçu.

Le temps presse, redoublons d’efforts!

Bien que les autorités s’efforcent d’agir, la Suisse réagit trop lentement face aux problèmes rencontrés par le Doubs. Pour sauver le roi du Doubs et d’autres espèces rares, des progrès s’imposent, plus rapidement et à tous les niveaux. Notre aide à toutes et tous est nécessaire pour que le Doubs puisse offrir à l’avenir aussi un habitat pour les poissons. Toutes les parties impliquées doivent s’engager encore davantage.

Projet «Doubs vivant»

En collaboration avec le WWF et la Fédération Suisse de Pêche, Pro Natura a lancé le projet «Doubs vivant» afin de regrouper plus efficacement les actions en sa faveur. L’objectif est de promouvoir les projets les plus bénéfiques à la nature. Par ailleurs, ce projet nous permet de renforcer notre coopération avec les autorités.

Capsules vidéo «Doubs vivant»

Le projet «Doubs vivant» attire l’attention sur les problèmes du Doubs à l’aide de capsules vidéo. Nous voulons accélérer sa guérison grâce au soutien de la population et des milieux politiques.

En guise d’introduction, nous présentons cette espèce de poisson unique en son genre: pourquoi le roi du Doubs est-il si spécial? Pourquoi son habitat devient-il plus restreint? Les personnes en coulisses ont également leur mot à dire: Céline Barrelet, cheffe de projet «Doubs vivant», parle de la beauté et des problèmes du Doubs; l’équipe de plongée d’Aquarius relate ses excursions aventureuses dans les eaux calmes et profondes à la recherche du roi du Doubs.
 

Vidéo: À la recherche du roi du Doubs

Dans cette deuxième vidéo, nous remontons l’une des sources de l’état de santé détériorée du Doubs :  les micropolluants. Quels sont les effets des résidus de détergents, de crèmes solaires et autres médicaments ? Pourquoi ce cocktail de corps étrangers se révèle-t-il si dangereux pour le Roi du Doubs, l’apron, ainsi que pour toutes les espèces vivant le long du Doubs ? Céline Barrelet, cheffe de projet « Doubs vivant » visite la station d’épuration récemment rénovée du Locle et met le doigt sur les défis urgents auxquels font face toutes les stations d’épuration : ce que l’humain jette dans les eaux usées doit en être retiré. 

Quand les micropolluants menacent la qualité de l’eau

Les pesticides et engrais utilisés par l’agriculture semblent ne pas concerner la vallée profonde et sauvage du Doubs. Mais les apparences sont trompeuses. Dans le Jura karstique, l’eau emprunte des itinéraires complexes avant d’atteindre le Doubs. Et de l’impacter. Céline Barrelet, cheffe de projet et Mirjam Wespi, agricultrice, expliquent en quoi ces substances sont nocives pour les espèces et les habitats, montrent les solutions qu’offre une exploitation extensive et pourquoi une transformation de notre agriculture est nécessaire.

Vidéo: le Doubs et l’agriculture

Des ventouses aux pattes? Apprenez-en davantage sur les stratégies de survie des différentes espèces qui peuplent la rivière et ses abords. Dans cette quatrième vidéo, nous vous parlons des merveilles du Doubs: de poissons, d’amphibiens et d’oiseaux, d’espèces menacées et disparues. Patrice Malavaux, garde-pêche, nous fait découvrir le monde méconnu mais fascinant des invertébrés.

Video: Les espèces du Doubs

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